Un livret interne de la Direction générale de la police nationale, consulté par Valeurs actuelles, fait état de 1 588 254 faits constatés entre janvier et août 2026, en hausse de 18,73 % sur un an. Les violences sexuelles et les escroqueries enregistrent les plus fortes progressions, les atteintes aux biens reculent légèrement. La DGPN précise que ces chiffres ne remplacent pas les statistiques officielles.
Le document est un outil de pilotage, pas une publication statistique. Il recense 1 588 254 faits constatés par l’ensemble des services entre janvier et août 2026, soit 18,73 % de plus que sur la même période de 2025. Pour le seul mois d’août, 188 989 faits contre 157 091 un an plus tôt, une hausse de 20,31 %.
Le nombre d’affaires élucidées progresse de 27,19 %. Le taux d’élucidation, lui, plafonne à 35,88 %. Autrement dit, près de deux faits constatés sur trois ne trouvent pas d’auteur identifié.
Ce dernier chiffre est le plus structurant du document, et le moins commenté. Une hausse des faits constatés accompagnée d’un taux d’élucidation inférieur à 36 % décrit d’abord un problème de capacité de traitement.
Les voitures restent, les violences montent
Les atteintes aux biens, longtemps l’essentiel de la délinquance quotidienne, reculent de 2,26 % sur huit mois. Les cambriolages baissent de 2,29 %, les vols de voitures de 6,75 %, les vols à la tire de 8,02 % et les vols de deux-roues motorisés de 13,89 %.
Les atteintes volontaires à l’intégrité physique suivent la trajectoire inverse : 339 999 faits depuis janvier, en hausse de 10,77 %. Les coups et blessures volontaires progressent de 8,16 %, les séquestrations de 11,32 %, les violences et mauvais traitements sur enfants de 16,74 %. Les vols avec violence sans arme augmentent de 4,89 %, tandis que ceux commis avec une arme blanche diminuent de 18,66 %.
Les infractions économiques et financières progressent de 29,87 % depuis janvier, portées par 142 924 escroqueries et abus de confiance, en hausse de 41,54 % sur un an. Le taux d’élucidation y tombe à 18,55 %, contre 22,01 % en 2025 et 23,45 % en 2024. C’est la délinquance qui progresse le plus vite et celle que les services élucident le moins.
Le chiffre qu’il faut lire deux fois
En huit mois, 38 978 faits de violences sexuelles ont été portés à la connaissance des services, contre 29 522 sur la même période l’an dernier. La hausse atteint 32,03 %. Dans le détail, 18 206 viols ont été enregistrés, soit 31,64 % de plus en un an, et 20 772 procédures pour harcèlement et autres agressions sexuelles. Sur le seul mois d’août, les viols enregistrés bondissent de 42,35 %.
L’article qui révèle ces données pose lui-même la réserve méthodologique, et elle est décisive. Ces chiffres mesurent les faits enregistrés par les forces de l’ordre, pas les infractions réellement commises. Ils varient avec la propension des victimes à porter plainte et avec les pratiques d’enregistrement des services.
Sur les violences sexuelles, cette distinction n’est pas un détail de forme. Le taux de plainte y a toujours été très bas, et toute politique publique qui encourage le dépôt de plainte fait mécaniquement monter la courbe des faits enregistrés. Une hausse de 32 % peut décrire une aggravation, une meilleure prise en charge, ou les deux. Le document ne permet pas de trancher.
Les infractions liées aux stupéfiants progressent de 6,7 %, dont 8,31 % pour le trafic et 6,67 % pour l’usage. Les procédures pour proxénétisme augmentent de 43,36 %.
Ce que la DGPN écrit elle-même
Le livret indique que 104 608 étrangers ont été mis en cause parmi les 506 607 personnes identifiées sur les 107 index étudiés, soit 20,65 % du total. La proportion atteint 28,65 % pour les atteintes aux biens et 28,78 % pour les infractions économiques et financières, et monte à 34,54 % parmi les mis en cause pour atteintes aux biens au mois d’août.
Un chiffre de mise en cause n’est ni une condamnation ni une donnée de population comparable en l’état : il ne dit rien de la structure d’âge, de la répartition territoriale ou des populations de passage, autant de variables que le document ne fournit pas.
La DGPN prend d’ailleurs soin de préciser que ces données sont destinées au « pilotage opérationnel des services » et n’ont pas vocation à remplacer les statistiques officielles du Service statistique ministériel de la sécurité intérieure. C’est le SSMSI qui produit les séries méthodologiquement comparables d’une année sur l’autre.
Un document de pilotage interne n’est pas un bilan de la délinquance en France, et ses auteurs l’écrivent noir sur blanc. Ce qu’il montre en revanche sans ambiguïté, c’est un système qui enregistre de plus en plus et élucide de moins en moins. C’est ce rapport-là qui devrait occuper le débat.