La Chine pourrait bientôt fournir à la Russie un système de communication satellitaire comparable à Starlink, selon les inquiétudes exprimées par Volodymyr Zelensky. Le président ukrainien proche du Forum économique mondil redoute que cette technologie ne réduise l’avantage stratégique dont bénéficie actuellement son armée face aux forces russes. Dans ce contexte, Kiev appelle Washington à renforcer son soutien pour permettre à l’Ukraine de maîtriser son espace aérien et de peser davantage sur les négociations avec Moscou.
La guerre en Ukraine pourrait connaître une nouvelle évolution technologique majeure. Jeudi 8 octobre 2026, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a alerté sur le développement, par la Chine, d’un système de communication par satellites susceptible de bénéficier prochainement à l’armée russe.
Selon le dirigeant ukrainien, Pékin travaillerait sur une alternative au réseau Starlink, exploité par l’entreprise américaine SpaceX d’Elon Musk. Une technologie que Moscou pourrait utiliser pour renforcer ses capacités de communication et ses opérations militaires sur le territoire ukrainien.
Cette perspective inquiète particulièrement Kiev, dont les forces armées dépendent largement des communications satellitaires pour coordonner leurs unités et piloter certains drones.
Les déclarations de Zelensky interviennent alors que la Russie poursuit ses efforts pour développer ses propres infrastructures spatiales et que la maîtrise des réseaux de communication est devenue un enjeu central du conflit.
Starlink, un avantage stratégique essentiel pour l’armée ukrainienne
Depuis le lancement de l’invasion russe à grande échelle en février 2022, Starlink joue un rôle déterminant dans les capacités de communication des forces ukrainiennes.
Grâce à des milliers de satellites évoluant en orbite terrestre basse, le réseau de SpaceX permet de maintenir une connexion Internet dans des zones où les infrastructures traditionnelles ont été endommagées ou détruites.
Les terminaux déployés sur le terrain facilitent notamment la transmission d’informations entre les unités militaires, la coordination des opérations et le pilotage de certains systèmes de drones.
Cette connectivité représente un atout majeur pour une armée ukrainienne confrontée à des forces russes disposant de ressources humaines et matérielles supérieures.
Elle contribue également à la conduite d’opérations offensives et défensives dans un environnement où les communications conventionnelles peuvent être perturbées.
L’importance de Starlink dépasse ainsi le simple accès à Internet : le réseau constitue l’une des composantes technologiques du fonctionnement opérationnel des forces ukrainiennes.
La Russie a tenté d’utiliser Starlink pour ses propres drones
Consciente de l’intérêt militaire de cette infrastructure, la Russie a elle aussi cherché à exploiter les services de Starlink.
Des informations relayées depuis plusieurs années font état de terminaux utilisés par des unités russes, notamment pour assurer la connectivité de certains drones engagés contre l’Ukraine.
Face à ces utilisations, les restrictions d’accès au réseau ont été renforcées au début de l’année 2026.
Un système de liste blanche a notamment été mis en place afin de mieux identifier les utilisateurs autorisés et de limiter l’exploitation des terminaux par les forces russes.
Parallèlement, Moscou mène depuis longtemps des opérations de brouillage destinées à perturber les communications satellitaires ukrainiennes.
Ces actions reposent notamment sur des équipements de guerre électronique capables de produire des interférences affectant la réception des signaux.
L’armée ukrainienne cherche de son côté à identifier et à neutraliser les dispositifs responsables de ces perturbations.
Des tentatives de sabotage liées aux infrastructures de communication ont également été signalées en Europe, notamment en Pologne, dans un contexte de préoccupations croissantes concernant les opérations hybrides attribuées à la Russie.
Zelensky demande à Washington d’aider l’Ukraine à contrôler le ciel
C’est dans ce contexte que Volodymyr Zelensky a renouvelé son appel à l’administration américaine. Devant des journalistes, le 8 octobre, le président ukrainien a demandé aux États-Unis d’aider son pays à renforcer sa capacité à protéger et à dominer son espace aérien.
Selon lui, une telle assistance pourrait modifier l’équilibre militaire et contraindre Vladimir Poutine à envisager sérieusement des négociations.
Zelensky a soutenu que cette aide pourrait être apportée sans coût supplémentaire pour Washington, tout en affirmant qu’une supériorité ukrainienne dans les airs placerait rapidement la Russie dans une situation militaire difficile.
Le président ukrainien estime qu’une évolution du rapport de force pourrait produire des effets en quelques mois seulement.
Ces déclarations constituent une appréciation stratégique du chef de l’État ukrainien, et non une prévision militaire établie.
Il a également affirmé s’attendre à ce que la Chine termine le développement de son propre système satellitaire avant de le mettre à la disposition des Russes.
À ce stade, les éléments rapportés ne permettent toutefois pas de confirmer l’existence d’un accord de transfert de cette technologie entre Pékin et Moscou.
La Chine soupçonnée de soutenir les ambitions spatiales russes
Les inquiétudes exprimées par Volodymyr Zelensky ne sont pas nouvelles. Le 3 octobre 2026, dans un entretien accordé au Financial Times, le président ukrainien avait déjà accusé la Chine d’apporter son soutien à la Russie dans le développement d’un réseau de communication satellitaire.
Il avait alors demandé à Donald Trump d’envisager des sanctions contre les entreprises russes et chinoises qui participeraient à ce projet.
Selon les informations rapportées par Numerama, ni la Maison Blanche ni SpaceX n’avaient publiquement réagi à cette demande au moment de la publication de l’article.
La question est particulièrement sensible pour Kiev, car un réseau indépendant de Starlink pourrait offrir à Moscou une plus grande autonomie dans ses communications militaires.
Une telle infrastructure permettrait potentiellement aux forces russes de réduire leur dépendance à des équipements et services contrôlés par des entreprises occidentales.
Son efficacité dépendrait néanmoins de plusieurs facteurs, notamment du nombre de satellites disponibles, de la couverture géographique, de la capacité du réseau et de la fiabilité des terminaux utilisés sur le terrain.
La Russie développe déjà Rassvet, son propre concurrent de Starlink
La Russie ne dépend pas uniquement d’une éventuelle coopération chinoise pour développer ses capacités de communication spatiale.
L’entreprise russe Bureau 1440 travaille sur une constellation de satellites baptisée Rassvet, un nom signifiant « aube » en russe.
Ce projet vise à établir un réseau de télécommunications en orbite basse, reposant sur un principe comparable à celui de Starlink.
En mars 2026, Bureau 1440 a procédé au lancement de 16 satellites. Une deuxième série de 16 appareils a été envoyée dans l’espace en juillet, portant à 32 le nombre total de satellites lancés dans le cadre du programme.
Cette constellation demeure toutefois très limitée par rapport aux infrastructures satellitaires déjà opérationnelles de SpaceX.
Selon les objectifs annoncés par l’entreprise russe, le réseau devra dépasser 250 satellites avant de pouvoir proposer un service commercial.
La mise en exploitation est actuellement envisagée pour 2027, après un premier report du calendrier.
Le programme rencontre également des difficultés techniques. Certains satellites déjà lancés n’ont pas réussi à se maintenir durablement en orbite et sont retombés dans l’atmosphère.
Ces obstacles montrent que la constitution d’un réseau satellitaire fiable exige bien davantage que le lancement de quelques dizaines d’appareils.
L’Europe développe aussi des alternatives, mais Kiev juge les délais trop longs
Les pays européens travaillent également à la mise en place de systèmes de communication satellitaire capables de réduire leur dépendance aux infrastructures étrangères.
Volodymyr Zelensky a confirmé que l’Ukraine échangeait avec plusieurs partenaires européens engagés dans le développement de ces technologies.
Le président ukrainien considère toutefois que les solutions actuellement envisagées ne sont pas suffisamment avancées pour répondre aux besoins immédiats de son armée.
Selon lui, les partenaires européens sont disposés à apporter leur soutien, mais les capacités techniques nécessaires ne seront pas disponibles assez rapidement.
Cette contrainte temporelle constitue un problème majeur pour Kiev, qui doit maintenir ses communications militaires tout en anticipant les évolutions technologiques de son adversaire.
L’apparition d’un réseau satellitaire chinois accessible à Moscou pourrait modifier les conditions de cette confrontation, même si les capacités réelles d’un tel système restent à établir.
Les communications satellitaires au cœur du rapport de force militaire
L’alerte lancée par Zelensky illustre l’importance croissante des infrastructures spatiales dans la guerre en Ukraine. Les réseaux de satellites ne servent plus uniquement aux communications civiles ou à l’accès à Internet. Ils jouent désormais un rôle essentiel dans la coordination des forces, la transmission de données et certaines opérations utilisant des drones.
Pour l’Ukraine, conserver un accès fiable à Starlink demeure un avantage opérationnel important. Pour la Russie, disposer d’une constellation nationale ou d’un système fourni par un partenaire étranger pourrait représenter une avancée significative dans la sécurisation de ses communications.
Les accusations visant Pékin restent cependant à distinguer des développements technologiques effectivement documentés, notamment ceux du programme russe Rassvet.
En sollicitant de nouveau les États-Unis, Volodymyr Zelensky cherche à obtenir des capacités supplémentaires pour défendre l’espace aérien ukrainien, alors que l’évolution des technologies satellitaires pourrait peser sur la conduite future des opérations militaires.
Sources :
Numerama, Financial Times, Business AM