Trois jours après le lancement de « 100% Mabrouk », la société des journalistes de BFMTV a dénoncé dans un courrier interne le choix des premiers invités de l’émission. La direction de la chaîne aurait reconnu « des erreurs » et assuré que ces personnalités ne reviendraient pas à l’antenne. L’arrivée de Sonia Mabrouk sur BFMTV, venue de CNews et d’Europe 1, continue de travailler une rédaction qui entre en année présidentielle.
Le texte est interne, il a circulé le mercredi 26 août et Le Parisien l’a publié dans la journée. La société des journalistes (SDJ) de BFMTV y écrit avoir assisté « avec stupeur » à la venue de Sophie de Menthon sur le plateau de « 100% Mabrouk », le lundi 24 août, jour de lancement de l’émission. Le lendemain, mardi 25 août, c’était au tour de l’essayiste Céline Pina, ancienne chroniqueuse de CNews.
Le courrier détaille les propos reprochés aux deux invitées. Sophie de Menthon avait dit du viol dont Nafissatou Diallo s’est déclarée victime dans l’affaire Dominique Strauss-Kahn, en 2011, qu’il était ce qui lui était arrivé de mieux dans sa vie. Céline Pina, selon le même texte, avait associé le maire de New York Zohran Mamdani aux auteurs des attentats de 2001 et minimisé la mort d’enfants palestiniens.
Diffusée depuis le 24 août entre 18h45 et 21h, « 100% Mabrouk » réalise pour l’instant des audiences que Puremédias, qui a rapporté l’affaire à partir des informations du Parisien, qualifie d’encourageantes. Le lundi et le mardi ont suffi pour que la rédaction écrive.
La direction concède le mot « erreurs »
Toujours selon la SDJ, la direction de BFMTV a reconnu « des erreurs » dans la validation de ces deux invitations et assuré que ces personnes ne reviendraient pas à l’antenne. L’état-major de la chaîne aurait également promis d’être plus vigilant sur le parcours des invités, et de ne plus faire venir en plateau d’anciens chroniqueurs de CNews.
La société des journalistes ne s’en contente pas. « Il n’est pas question que notre chaîne d’informations devienne sur cette émission une pâle copie d’une chaîne d’opinion », écrit-elle, en indiquant que la rédaction restera attentive à mesure que s’ouvre la période présidentielle.
Le grief n’est pas né cette semaine. En février 2026, quand l’arrivée de la journaliste avait été annoncée, la même SDJ rappelait son attachement aux principes d’« indépendance, pluralisme, rigueur et traitement non partisan de l’information ». Sonia Mabrouk avait alors quitté CNews et Europe 1 après s’être opposée au maintien à l’antenne de Jean-Marc Morandini, condamné pour corruption de mineurs.
Vingt minutes sans contradicteur
Le second point de friction ne concerne pas un invité mais un format. BFMTV met en place un rendez-vous hebdomadaire d’une vingtaine de minutes entre Sonia Mabrouk et le maire de Béziers Robert Ménard. Les syndicats SNJ et CGT, cités par 20 Minutes, situent ce face-à-face le dimanche et relèvent l’absence de tout contradicteur en plateau.
Un journaliste de la rédaction, cité par Le Parisien, y voit « une atteinte grave au pluralisme des courants politiques ». La direction, elle, décrit un rendez-vous conçu comme « une discussion au long cours », prolongé par un trio d’éditorialistes de sensibilités différentes chargé de faire le bilan de l’échange. D’après 20 Minutes, la chaîne cherche par ailleurs une personnalité de gauche pour équilibrer la séquence.
Derrière l’antenne, un armateur marseillais
BFMTV appartient depuis 2024 à CMA Média, pôle média du groupe de transport maritime CMA CGM, membre du Forum économique mondial. Son président-directeur général, Rodolphe Saadé, a racheté à Patrick Drahi l’ensemble Altice Média, qui réunissait BFMTV et RMC, pour 1,55 milliard d’euros. Le même groupe contrôle les quotidiens La Provence, Corse-Matin et La Tribune, ce qui fait de l’armateur l’un des principaux propriétaires de médias en France.
Sophie de Menthon, elle, préside depuis 1995 le mouvement patronal ETHIC. Elle a siégé au Conseil économique, social et environnemental de 1997 à 1999, puis de 2009 à 2015, et a participé en 2003 à la commission Stasi sur la laïcité.
Ces affiliations n’expliquent pas à elles seules la ligne d’une émission. Elles situent le terrain sur lequel la rédaction de BFMTV a choisi de porter le débat : celui de l’identité éditoriale d’une chaîne d’information générale, à huit mois du premier tour de l’élection présidentielle.
La direction promet désormais d’examiner le parcours des invités avant de les installer en plateau. La SDJ, elle, dit rester « vigilante ».