Un smartphone affichant des applications de réseaux sociaux

Sonia Bellina : une vague de harcèlement vise l’influenceuse tuée

« Il y en a même qui disent qu’elle a mérité ce qui lui est arrivé. » Une semaine après la découverte d’un corps calciné dans les vignes de Saint-Gilles, dans le Gard, la famille de l’influenceuse Sonia Bellina dénonce une vague de commentaires haineux. Son avocat annonce des signalements aux plateformes et à Pharos, ainsi que des plaintes.

Un corps calciné a été découvert le 12 août 2026 dans les vignes de Saint-Gilles, dans le Gard. Le parquet de Nîmes a ouvert une enquête pour assassinat. Une semaine plus tard, la procureure Cécile Gensac a évoqué auprès de BFMTV « la probabilité » qu’il s’agisse de Sonia Bellina, créatrice de contenu de 29 ans originaire du département, portée disparue.

L’identification formelle, qui passe par des analyses ADN ou dentaires a par la suite été confirmée. Deux hommes ont été placés en garde à vue. L’enquête se poursuit.

Une audience, puis une meute

Sonia Bellina publiait depuis six ans des vidéos en play-back, des reprises de répliques et des directs sur TikTok. Elle réunissait près de 260 000 abonnés, une audience solide et sans commune mesure avec celle des influenceuses parisiennes les plus exposées.

C’est cette communauté qui a d’abord relayé sa disparition. Puis les commentaires ont tourné. Sa sœur, citée par Midi Libre, décrit une bascule : « Les gens vont trop loin, c’est affreux et ils racontent n’importe quoi. C’est du harcèlement, il y en a même qui disent qu’elle a mérité ce qui lui est arrivé. » Elle ajoute que « des gens utilisent les photos de ma sœur pour faire du buzz ».

La riposte judiciaire

Me Mourad Battikh, avocat de la famille, a publié un communiqué constatant que « la famille traverse une épreuve d’une violence extrême ». Il y dénonce la diffusion massive de « rumeurs, spéculations, propos outrageants et mises en cause, accompagnées d’images et d’éléments relevant de la vie privée », qui « ajoutent une souffrance inutile » et « nuisent au bon déroulement de l’enquête ».

Le cabinet procède à la constatation des preuves. Sont annoncés des signalements aux plateformes et à Pharos, la plateforme officielle de signalement des contenus illicites, des demandes d’identification des auteurs, des plaintes et des actions judiciaires.

Ce que le droit permet, et ce qu’il met du temps à faire

Plusieurs fondements juridiques peuvent être mobilisés en parallèle. L’article 9 du code civil protège la vie privée et permet d’obtenir en référé, donc en quelques jours, le retrait de contenus et d’images. Le harcèlement en meute est prévu par le code pénal depuis la loi du 3 août 2018, qui vise expressément les propos tenus par plusieurs personnes sans concertation préalable. La diffusion d’images d’une personne décédée peut par ailleurs engager la responsabilité de son auteur à l’égard des proches.

Dans les faits, le délai reste le principal obstacle. Identifier un compte suppose une réquisition judiciaire auprès de la plateforme, souvent établie hors de France. Entre le signalement et la réponse, le contenu a circulé, été copié, réhébergé.

C’est la raison pour laquelle les cabinets spécialisés commencent désormais par faire constater les publications par huissier avant toute plainte. La preuve disparaît plus vite que l’auteur.

Un mécanisme documenté

Le harcèlement post mortem visant des victimes de faits divers, majoritairement des femmes, est identifié depuis plusieurs années par les associations de lutte contre le cyberharcèlement. Le schéma est stable : spéculation sur la vie privée de la victime, recherche d’une responsabilité personnelle dans sa propre mort, réutilisation de ses images pour capter de l’audience.

Le harcèlement en ligne est puni par l’article 222-33-2-2 du code pénal de deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende, peines aggravées lorsque les faits sont commis par plusieurs personnes agissant de concert, même sans concertation préalable.

Une enquête pour assassinat est en cours, l’identification n’est pas confirmée, et des milliers de personnes ont déjà rendu leur verdict. Depuis, les habituelles Sibylles dénoçant les messages haineux arpentent les plateaux de télévision. À commencer par Magali Berdah, qui a réclamé la levée de l’anonymat sur BFMTV. Méfiance tout de même, alors que les défenseurs des libertés dont l’ONG Civilization Works dénoncent la mise en place d’un systême de censure transnationale sous couvert de lutte contre les messages haineux ou les fausses informations.


Source : Midi Libre – https://www.midilibre.fr/2026/08/19/meurtre-de-sonia-bellina-commentaires-haineux-misogynie-une-vague-de-harcelement-contre-linfluenceuse-tuee-dans-le-gard-13514952.php