Sommet Canada-UE : l'Europe fait sa demande, Ottawa lit le contrat

Sommet Canada-UE : l’Europe fait sa demande, Ottawa lit le contrat

Le sommet Canada-UE s’ouvre à Montréal jeudi 29 et vendredi 30 octobre, sur fond de guerre commerciale entre Ottawa et Washington. Ursula von der Leyen y défend un statut inédit de membre associé de l’Union pour le Canada, que plusieurs capitales européennes, Berlin en tête, refusent. Échaudés par un Ceta toujours pas ratifié par dix pays dont la France, les Canadiens attendent surtout du concret.

Les hôtels cinq étoiles de Montréal affichent complet. Certaines chambres se louent jusqu’à 2 000 dollars canadiens la nuit, le double du tarif habituel, rapporte Le Figaro. Les commerçants se frottent les mains. La diplomatie, elle, avance à tâtons : à la veille de l’ouverture, le menu du sommet restait flou.

Le Premier ministre canadien Mark Carney, qui a siégé au conseil d’administration du Forum économique mondial, reçoit la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, membre du conseil d’administration du Forum économique mondial, ainsi que le président du Conseil européen António Costa. Huit ministres canadiens sont du voyage, des Finances à l’Intelligence artificielle en passant par la Défense, selon La Presse.

Un statut qui n’existe nulle part

En septembre, Ursula von der Leyen avait pris tout le monde de court en proposant de faire du Canada le premier membre associé de l’Union européenne. Le problème tient en une ligne : ce statut ne figure dans aucun traité. Plusieurs États membres s’y opposent, l’Allemagne en tête, qui en aurait fait une ligne rouge selon Radio-Canada. Le chancelier Friedrich Merz avait d’ailleurs suggéré en mai de réserver ce type de formule à l’Ukraine.

Selon La Presse, la déclaration commune attendue vendredi ne fera pas référence au statut de membre associé. Ottawa ne l’avait jamais réclamé et préférait parler d’une alliance pour l’avenir. Cela n’a pas empêché la présidente de la Commission d’y revenir dès son arrivée, lors d’un discours au Mount Royal Club, en décrivant une association sans adhésion. Mark Carney, qui répétait depuis des semaines que le nom importait peu, a fini par prononcer l’expression lui-même, en anglais, devant des gens d’affaires. Le nom n’a aucune importance, jusqu’au moment où on le prononce.

Le Ceta, un précédent qui pèse

Le scepticisme canadien a une date de naissance. L’Accord économique et commercial global, le Ceta, est appliqué de manière provisoire depuis près de dix ans. Dix pays européens ne l’ont toujours pas ratifié, dont la France. Et selon La Presse, l’accord a surtout profité aux entreprises européennes.

Ottawa vient donc chercher des contreparties tangibles. Des chaînes d’approvisionnement communes en minéraux critiques. Des débouchés pour son gaz naturel liquéfié, au nom de la sécurité énergétique européenne. Un accord sur le commerce numérique, peaufiné la semaine dernière en Irlande par le ministre du Commerce international Maninder Sidhu. L’accès des jeunes Canadiens au programme Erasmus+ et une reconnaissance mutuelle des qualifications professionnelles, évoquée par l’ambassadeur du Canada auprès de l’UE, Jonathan Wilkinson. Plus discrètement, le Canada plaide pour que l’Europe reconnaisse l’équivalence de ses normes, afin de ne pas avoir à les réécrire.

Donald Trump, agent matrimonial malgré lui

Ce rapprochement doit beaucoup à Washington. Le Canada et les États-Unis se livrent une guerre commerciale depuis bientôt deux ans. Les guerres en Ukraine et en Iran ont achevé de bousculer les priorités. Le politologue Frédéric Mérand, de l’Université de Montréal, rappelle à La Presse une époque où les sommets Canada-UE étaient parfois annulés, faute d’intérêt d’un côté comme de l’autre. Il juge aujourd’hui le symbole très fort.

Mark Carney a choisi une formule chargée d’histoire pour résumer l’enjeu : renforcer la souveraineté du pays pour être « maîtres chez nous », slogan de la Révolution tranquille québécoise qui donnera son nom au prochain budget fédéral. António Costa, lui, a qualifié d’audacieuse la proposition de la Commission, tout en concédant que l’alliance ne passerait pas forcément par ces termes.

Au sommet Canada-UE, Bruxelles parle mariage et Ottawa parle contrat. Après dix ans de Ceta en suspens, les Canadiens ont appris à lire les petites lignes avant de signer.


Source : Le Figaro – https://www.lefigaro.fr/conjoncture/echaudes-par-le-ceta-les-canadiens-attendent-du-concret-d-une-alliance-renforcee-avec-l-union-europeenne-20261028