Des affrontements violents ont éclaté dans la nuit de mercredi à jeudi à Mogadiscio, capitale de la Somalie, où la police mène une vaste opération contre des milices armées. Derrière ces combats, le pays replonge dans une crise politique aiguë, marquée par des contestations du pouvoir et des tensions autour du mandat présidentiel, sur fond d’instabilité chronique.
Selon les informations rapportées par Le Figaro, des affrontements ont éclaté dans la nuit du mercredi 3 au jeudi 4 juin à Mogadiscio, où des témoins évoquent des tirs nourris et des colonnes de fumée visibles dans plusieurs quartiers de la capitale.
Dans un communiqué officiel, la police somalienne affirme mener une « opération de sécurité de grande envergure » visant des « milices lourdement armées ». Elle précise que ces groupes auraient lancé des attaques au mortier contre plusieurs zones résidentielles de Mogadiscio. Les autorités indiquent que l’opération « touche à sa fin », sans avancer de bilan précis.
Un responsable policier cité par les médias explique qu’il s’agit d’une réponse à des attaques coordonnées contre les forces de l’ordre. Le porte-parole de la police, Abdifatah Adan, a déclaré que des policiers avaient été « attaqués par des milices » avant de répliquer. Selon des sources sécuritaires, les échanges de tirs auraient duré environ quinze minutes dans certains secteurs de la ville avant de s’interrompre.

Des affrontements liés à une crise politique ouverte
Ces violences interviennent dans un contexte de forte tension politique. D’après les éléments rapportés par 20 Minutes, la crise s’est aggravée depuis mars 2026, après l’adoption d’une réforme constitutionnelle qui modifie la durée des mandats présidentiels et législatifs, désormais portés de quatre à cinq ans.
Le président Hassan Sheikh Mohamud, au pouvoir depuis 2022, est accusé par l’opposition de chercher à prolonger son mandat sans scrutin. Le camp présidentiel affirme au contraire que le chef de l’État bénéficie d’une prolongation automatique d’un an en raison de la transition institutionnelle en cours.
L’ancien Premier ministre Hassan Ali Khaire a affirmé avoir été visé directement lors des affrontements. Dans une déclaration relayée sur les réseaux sociaux, il a dénoncé une attaque menée, selon lui, par des forces gouvernementales, alors qu’une manifestation de l’opposition était annoncée pour le jeudi 4 juin. Il a également imputé la responsabilité des violences au pouvoir en place, estimant qu’elles s’inscrivent dans une stratégie de répression politique.
Une capitale sous pression et des élections incertaines
Comme le rapporte L’Orient-Le Jour, des témoins ont décrit une situation confuse dans plusieurs quartiers de Mogadiscio, notamment dans le district de Dabka, où des unités de la police fédérale auraient affronté des forces liées à l’opposition.
Selon un responsable sécuritaire cité par des sources locales, la situation serait revenue au calme après environ quinze minutes d’échanges armés, certains témoins évoquant même l’usage de lance-roquettes durant les affrontements. Les autorités affirment que les « pertes humaines sont en cours d’évaluation », sans communication officielle précise à ce stade.
La Somalie est entrée, selon le gouvernement, dans une « période de transition » depuis la fin officielle du mandat présidentiel en mai 2026. L’opposition conteste cette lecture, dénonçant une prise de pouvoir prolongée. Cette crise institutionnelle survient alors que des élections étaient théoriquement prévues en juin 2026, mais apparaissent désormais très incertaines.
Depuis plus de vingt ans, le pays reste confronté à l’insurrection des shebab, affiliés à Al-Qaïda, qui contrôlent encore de vastes zones rurales et mènent régulièrement des attaques contre les forces gouvernementales et civiles. Dans ce contexte, les 15 années d’instabilité sécuritaire continue rendent toute perspective électorale particulièrement fragile.
Sources :
Le Figaro
20 Minutes
L’Orient-Le Jour
