Le procureur de la République de Toulon, Raphaël Balland, a annoncé le 27 juillet 2026 que les ossements découverts fin mai dans les Bouches-du-Rhône sont ceux de deux soldats disparus, Jacques Pakeso et Mike Gineste. Les deux militaires ultramarins avaient disparu en 2022 et 2023. Une famille du Var, mise en examen le 29 mai, est soupçonnée de les avoir séquestrés puis tués.
Jacques Pakeso est né en 1997 à Nouméa. Il arrive à Saint-Mandrier-sur-Mer pour effectuer ses classes à la Marine nationale. En mai 2022, il cesse de donner signe de vie. Mike Gineste est né en 1988 à Papeete. La Légion étrangère le considère comme déserteur depuis mai 2023, alors que ses états de service sont excellents et que son contrat vient d’être renouvelé.
Un légionnaire au dossier irréprochable qui vient de resigner ne s’évapore pas un matin de mai. L’institution militaire, elle, a coché la case désertion. Quatre ans plus tard, les analyses ADN pratiquées sur des restes osseux retrouvés fin mai dans les Bouches-du-Rhône ont établi qu’il s’agissait des deux hommes. Le parquet de Toulon a rendu publique cette identification dans un communiqué du 27 juillet, rapporté par Actu17. Les familles ont été prévenues.
Douze ans, sept autres récits
L’enquête vise une famille du Var composée de deux parents, deux fils et deux filles. Sept autres jeunes militaires originaires des îles du Pacifique ont raconté aux enquêteurs avoir subi le même engrenage. Ils affirment avoir été « progressivement dépouillés de leurs moyens de paiement », puis de leurs documents d’identité, avant d’être violentés et séquestrés. Les faits allégués s’étalent entre 2011 et 2023.
Douze ans. Neuf militaires concernés au total, si l’on ajoute les deux morts aux sept témoins. Tous originaires de Nouvelle-Calédonie, de Polynésie française ou des collectivités du Pacifique, tous arrivés seuls en métropole, à des milliers de kilomètres de leurs familles, pour rejoindre une caserne ou un centre de formation. Le profil des victimes présumées n’a rien d’un hasard statistique.
Cinq mises en examen, cinq détentions
Le 29 mai, cinq membres de la famille ont été mis en examen pour traite des êtres humains en bande organisée et séquestrations. La mère et les deux fils sont en outre poursuivis pour meurtre. La plus jeune des filles a été mise en examen pour non-dénonciation de crimes. Cinq personnes demeurent en détention provisoire. Toutes bénéficient de la présomption d’innocence, aucune n’a été jugée à ce jour.
La traite des êtres humains en bande organisée est punie de vingt ans de réclusion criminelle par l’article 225-4-2 du code pénal. Le meurtre, de trente ans. Le dossier est instruit à Toulon, la section de recherches de la gendarmerie maritime conduit les investigations.
Le parquet cherche encore des noms
Dans son communiqué, le parquet de Toulon lance un appel à témoins. Il demande aux personnes disposant d’informations sur d’éventuelles autres disparitions de jeunes originaires des îles du Pacifique de se manifester auprès de la section de recherches de la gendarmerie maritime. Cette précision dit assez ce que les enquêteurs redoutent : que la liste ne soit pas close.
Entre 2011 et 2023, aucune alerte institutionnelle ne semble avoir relié ces disparitions entre elles. Un marin porté manquant, un légionnaire classé déserteur : deux administrations différentes, deux dossiers séparés, aucun recoupement. Ce sont des ossements retrouvés dans les Bouches-du-Rhône qui ont fini par faire le lien.
Jacques Pakeso avait 25 ans quand il a disparu. Mike Gineste en avait 35. Leurs familles ont attendu quatre ans et trois ans pour obtenir un nom sur un rapport d’expertise. L’appel à témoins du parquet suggère que d’autres pourraient attendent encore.
Source : Actu17 — actu17.fr