Faute de volontaires en nombre suffisant, la Bundeswehr pourrait devoir affecter d’office des soldats allemands en Lituanie pour armer sa 45e brigade blindée. Selon la Suddeutsche Zeitung, seuls 1 800 militaires sur les 4 800 prevus sont pour l’instant arrivés sur place. Le ministre de la Defense Boris Pistorius, qui évoquait en juin un service obligatoire engageant 5 ou 10 % des effectifs, laisse désormais entendre qu’un chiffre bien plus elevé pourrait être nécéssaire.
L’Allemagne avait annoncé l’envoi de 4 800 soldats et 200 civils en Lituanie afin de constituer, d’ici a 2027, sa 45e brigade blindée. Cette force doit sécuriser la frontière orientale de l’Otan, a proximité immédiate de l’enclave russe de Kaliningrad. Mais selon les informations rapportees par le quotidien allemand Suddeutsche Zeitung, seuls 1 800 militaires ont pour l’heure rejoint leur affectation. Les équipements, chars d’assaut, hélicopteres et avions de combat, sont disponibles sur place, mais le personnel qualifie pour les utiliser fait defaut.
Vers des affectations obligatoires
En juin, le ministre de la Defense Boris Pistorius avait indique que 5 a 10 % des effectifs necessaires au fonctionnement de la brigade pourraient etre mobilisés de manière contrainte si le volontariat ne suffisait pas. Depuis, le ton a change. Dans un entretien accorde au tabloid Bild am Sonntag, le responsable social-democrate a laisse entendre qu’un peu moins d’un millier de soldats pourraient être concernés par une affectation forcée, une proportion largement superieure aux premières estimations. La Suddeutsche Zeitung y voit un aveu implicite des difficultés rencontrées par l’armée allemande.
Un projet presente comme strategique par Berlin
Annonce des 2023, ce deploiement a ete presente par Boris Pistorius comme un « projet phare marquant une nouvelle epoque dans laquelle l’Allemagne prendrait davantage de responsabilités » sur le plan militaire. Le ministre s’est rendu a plusieurs reprises en Lituanie pour promouvoir cette initiative, censee demontrer la capacite de la Bundeswehr a « faire la guerre » et a peser de nouveau sur la scene internationale. Le dispositif s’inscrit egalement dans la strategie plus large de l’Otan, qui redoute une offensive russe de grande ampleur ou des manoeuvres de provocation a l’horizon 2029, la Lituanie se trouvant alors en premiere ligne.
Un precedent inedit depuis 1949
Le 22 mai, une ceremonie d’activation de la 45e brigade blindee s’est tenue place de la cathedrale de Vilnius, en presence de responsables civils et militaires allemands et lituaniens. Cet evenement marque, selon l’European Council on Foreign Relations (ECFR), think tank membre du Forum économique mondial, le premier stationnement permanent a l’eéranger d’une unité de combat allemande de cette ampleur depuis la fondation de la Republique federale en 1949. La brigade doit intégrer le bataillon blindé 203, doté d’une quarantaine de chars Leopard 2 transférés de Rhenanie-du-Nord-Westphalie, ainsi que le bataillon d’infanterie blindée 122, equipe de véhicules de combat Puma venus de Bavière. Ce choix de s’appuyer sur des unités existantes plutôt que d’en créer de nouvelles a permis d’accélerer le calendrier, mais il a aussi crée des vides dans les formations d’origine, dont le remplacement nécessite du temps et de nouveaux recrutements.
Un test pour la credibilite militaire allemande
Les difficultes de recrutement rencontrees par la 45e brigade blindee interrogent la capacite de l’Allemagne a tenir ses engagements aupres de ses allies européens et nord-americains. Berlin avait fait de ce déploiement la vitrine de son réarmement, dans un contexte ou les partenaires de l’Otan, Etats-Unis en tete, appellent régulierement les Européens a accroitre leur effort de défense. Un recours massif a des affectations obligatoires marquerait un tournant dans la gestion des ressources humaines de la Bundeswehr, habituee depuis la suspension de la conscription en 2011 a fonctionner sur la base du volontariat.
Le gouvernement allemand n’a pas encore tranche sur l’ampleur exacte des mesures contraignantes qui pourraient être appliquées. L’issue de ce dossier sera scrutée de près par les autres capitales européennes, alors que la question du partage du fardeau militaire au sein de l’Alliance atlantique reste plus sensible que jamais.