Les sœurs Le Pen sont rattrapées par un catalogue. Selon une enquête de Libération publiée le 29 octobre, la Serp, maison de disques fondée par Jean-Marie Le Pen, a réédité dans les années 1990 des discours et des chants à la gloire du régime nazi et de la Collaboration. Elle était alors dirigée par Marie-Caroline Le Pen, et Marine Le Pen en était actionnaire, d’après le quotidien.
Mars 1963. Jean-Marie Le Pen fonde la Société d’études et de relations publiques, la Serp, avec Pierre Durand, Philippe Marçais et Léon Gaultier, ancien membre de la Waffen-SS et futur cofondateur du Front national. L’idée : une agence de relations publiques. Faute de clients, elle devient maison de disques, rappelle le quotidien luxembourgeois L’essentiel, qui reprend l’enquête de Libération.
Le catalogue démarre avec l’OAS, l’Algérie française et le militantisme d’extrême droite. Il glisse ensuite vers des enregistrements nostalgiques de Vichy et du IIIe Reich.
Les années 1990, version CD
C’est sur cette période que porte l’essentiel des révélations. Sous la gérance de Marie-Caroline Le Pen, la société a réédité au format CD des discours et des enregistrements faisant l’apologie du régime nazi, de la Collaboration et de leur idéologie antisémite, selon Libération. À cette époque, Marine Le Pen figurait parmi les actionnaires, toujours selon le journal.
Les disques se vendaient dans une boutique de la rue de Beaune, dans le VIIe arrondissement de Paris, et dans un second point de vente installé au siège du Front national.
Un avertissement déjà jugé
Les pochettes portaient un avertissement : les enregistrements n’auraient aucune visée apologétique et serviraient aux historiens à comprendre la période. Une formule héritée de l’époque Jean-Marie Le Pen. Selon Libération, la justice avait déjà écarté cet argument lorsqu’elle avait condamné le fondateur du Front national pour l’un de ces disques. L’argument historique n’a donc pas convaincu les juges une première fois.
Une fermeture sans vente
La Serp a officiellement cessé son activité en 2000. Pas pour des raisons commerciales, selon le quotidien, mais à cause de la crise politique et familiale qui a secoué le Front national à la fin des années 1990. Libération affirme que les parts détenues par les filles de Jean-Marie Le Pen n’ont pas été cédées avant la fermeture.
Le contexte familial donne une autre épaisseur à ces révélations. Marie-Caroline Le Pen et son mari, Philippe Olivier, sont aujourd’hui décrits comme faisant partie du premier cercle de conseillers de Marine Le Pen. Les articles consultés ne font pas état, à ce stade, d’une réaction du Rassemblement national ou des intéressées.
Un fondateur souvent condamné
Jean-Marie Le Pen, mort en janvier 2025, a été condamné à plusieurs reprises au cours de sa carrière politique, notamment pour ses propos qualifiant les chambres à gaz de « détail » de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. La Serp appartenait à cette première époque du mouvement, celle où la frontière entre militantisme et nostalgie du nazisme était régulièrement franchie par certains de ses fondateurs.
Léon Gaultier, l’un des cofondateurs de la société, en est l’illustration. Ancien membre de la Waffen-SS, il a ensuite participé à la création du Front national en 1972. Les révélations de Libération montrent que cet héritage commercial a survécu jusqu’à la génération suivante, au sein même de la famille.
Le Front national est devenu Rassemblement national en 2018 et a passé des années à se dédiaboliser. Ces révélations sur les sœurs Le Pen rappellent qu’un nom se change plus vite qu’une discographie.