Slovénie : Janez Janša évoque « une Union européenne qui doit se sauver d’elle-même »

Dans un message publié sur X le 31 octobre 2026, Janez Janša, figure de la droite conservatrice slovène, livre une critique sévère de l’évolution de l’Union européenne. De la Roumanie à la Pologne, en passant par l’Allemagne, l’Espagne et la Slovénie, il dénonce dix situations qu’il considère comme révélatrices d’un affaiblissement des principes démocratiques européens. Une prise de position qui relance les interrogations sur l’État de droit, la souveraineté nationale et les contradictions politiques de l’UE.

L’Union européenne aurait-elle fini par s’éloigner des principes qui ont présidé à sa construction ? C’est, en substance, la question soulevée par Janez Janša dans une longue publication diffusée sur le réseau social X, samedi 31 octobre 2026. Le dirigeant du Parti démocratique slovène (SDS), ancien Premier ministre à plusieurs reprises, y dresse un inventaire de dix événements politiques, institutionnels et économiques survenus dans différents États membres.

Son constat est sans détour. Selon lui, au moment où la Slovénie rejoignait l’Union européenne, en mai 2004, personne n’aurait imaginé que de telles situations puissent un jour se produire au sein de l’espace communautaire sans entraîner de conséquences majeures.

Accompagné d’une photographie montrant des forces de police devant le Tribunal constitutionnel polonais, à Varsovie, son message a rapidement dépassé le million de vues. Cette audience témoigne de l’intérêt suscité par une intervention qui mêle critiques institutionnelles, dénonciation des politiques migratoires et remise en cause des orientations énergétiques européennes.

De la Roumanie à la Pologne, les institutions démocratiques au centre des critiques

La première situation évoquée par Janez Janša concerne la Roumanie. En décembre 2024, la Cour constitutionnelle roumaine a annulé le premier tour de l’élection présidentielle organisé quelques semaines auparavant. Cette décision exceptionnelle est intervenue dans un contexte de soupçons d’ingérence étrangère et d’irrégularités liées à la campagne numérique.

L’épisode a soulevé des questions sur la protection des processus électoraux, le rôle des juridictions constitutionnelles et les conditions dans lesquelles une élection peut être invalidée.

Janša cite ensuite la Pologne, où les tensions entre le pouvoir exécutif et certaines institutions judiciaires alimentent depuis plusieurs années un conflit politique profond. Il évoque notamment la présence de forces de police devant le Tribunal constitutionnel, dans un contexte de confrontation autour de la direction et de la légitimité de cette institution.

Le dirigeant slovène fait également référence à l’intervention des forces de l’ordre dans les locaux de la télévision publique polonaise, ainsi qu’au remplacement de sa direction. Ces événements renvoient aux bouleversements intervenus dans l’audiovisuel public après l’arrivée au pouvoir de la coalition conduite par Donald Tusk, en décembre 2023.

Pour les autorités polonaises, les réformes engagées dans les médias publics ont notamment été présentées comme une tentative de rétablir leur indépendance après les années de gouvernement du parti Droit et justice (PiS). Leurs adversaires ont, à l’inverse, contesté les méthodes employées et leur conformité aux procédures légales.

C’est précisément cette question des moyens utilisés par les gouvernements que Janša place au cœur de son argumentation.

Slovénie et Hongrie : la justice et les médias publics également visés

La Slovénie occupe une place particulière dans cette dénonciation. Janez Janša revient sur son propre emprisonnement en 2014, intervenu quelques semaines avant les élections législatives, alors que son parti occupait une position importante dans le paysage politique national.

Condamné dans l’affaire Patria, un dossier de corruption lié à un contrat d’armement, il avait été incarcéré avant que la Cour constitutionnelle slovène n’annule ultérieurement les décisions judiciaires le concernant. L’affaire s’est finalement achevée sans nouveau jugement définitif, en raison de la prescription.

Cet épisode demeure un élément marquant de son parcours politique et de ses critiques à l’égard du fonctionnement de certaines institutions slovènes.

Il dénonce également les modifications intervenues dans la gouvernance de la radiotélévision publique slovène, RTV Slovenija, notamment l’interruption anticipée de mandats de dirigeants et les changements de personnel. Il présente ces mesures comme une opération de reprise en main politique, une interprétation qui relève de son appréciation des réformes.

La Hongrie figure elle aussi à deux reprises dans son inventaire. Janša évoque la suppression d’un programme d’information sur la télévision publique nationale ainsi que l’emprisonnement de membres d’un précédent gouvernement, auxquels il affirme que les possibilités de défense auraient été refusées.

Ces accusations nécessitent d’être distinguées des faits judiciaires ou administratifs établis. Elles s’inscrivent néanmoins dans une critique plus générale des rapports entre pouvoir politique, justice et liberté de l’information.

Immigration en Espagne : une politique de régularisation dénoncée

Le huitième point concerne l’Espagne et sa politique migratoire. Janez Janša accuse les autorités espagnoles d’avoir accordé, par une procédure accélérée, près d’un million de nationalités à des migrants en situation irrégulière.

Cette formulation appelle une distinction essentielle entre régularisation administrative, obtention d’un titre de séjour et acquisition de la nationalité. Ces trois procédures correspondent à des statuts juridiques différents et ne produisent pas les mêmes droits.

Le chiffre et la qualification avancés par le responsable slovène ne peuvent donc être considérés comme établis sur la seule base de sa publication.

Cette critique s’inscrit dans les débats européens sur l’immigration, la gestion des frontières et les politiques nationales d’accueil. Les divergences entre gouvernements sur ces questions constituent depuis plusieurs années l’un des principaux points de tension au sein de l’Union.

Allemagne : la sortie du nucléaire et les relations énergétiques avec la Russie

Les deux derniers points de son message déplacent le débat vers les politiques énergétiques et environnementales.

Janez Janša critique d’abord la décision allemande d’abandonner l’énergie nucléaire, tout en développant des infrastructures gazières liées à la Russie. L’Allemagne a effectivement achevé sa sortie du nucléaire en avril 2023, avec l’arrêt de ses trois derniers réacteurs en activité.

Cette décision s’inscrit dans une politique énergétique engagée bien avant la crise provoquée par l’invasion russe de l’Ukraine en février 2022.

Le dirigeant slovène rapproche cette stratégie de la construction de gazoducs reliant la Russie à l’Allemagne, notamment dans le contexte du projet Nord Stream 2. Il y voit une contradiction entre les objectifs de sécurité énergétique, les choix industriels et les orientations environnementales.

Il élargit ensuite son propos à la politique climatique européenne. Selon lui, la taxation des énergies carbonées, combinée à la fermeture de centrales nucléaires et aux délocalisations industrielles, pourrait favoriser le transfert d’activités économiques vers des pays appliquant des normes environnementales moins contraignantes.

Cette critique renvoie à la question des fuites de carbone, un phénomène dans lequel des activités industrielles fortement émettrices sont déplacées vers des territoires où les contraintes climatiques sont moins importantes.

« Une UE est née qui doit se sauver d’elle-même »

C’est par cette formule que Janez Janša achève son message. Une phrase volontairement frappante, qui résume sa lecture de l’évolution politique de l’Union européenne depuis l’élargissement de 2004.

À cette époque, l’adhésion de la Slovénie et de neuf autres États avait constitué une étape majeure dans la réunification du continent après la guerre froide. L’Union européenne apparaissait notamment comme un espace de stabilité institutionnelle, de développement économique et de consolidation démocratique.

Plus de deux décennies après cette adhésion, Janša estime que certaines décisions prises au sein des États membres entrent en contradiction avec les engagements qui avaient accompagné cette intégration.

Sa critique ne vise pas uniquement les institutions européennes de Bruxelles. Elle concerne également les gouvernements nationaux, les juridictions, les médias publics et les choix économiques adoptés dans différents pays.

Le message rassemble cependant des situations de nature très différente : annulation d’un scrutin, décisions judiciaires, réorganisation de médias publics, politiques migratoires et stratégies énergétiques. Leur rapprochement relève d’une interprétation politique, et non de la démonstration d’un dysfonctionnement institutionnel commun.

Une prise de parole qui dépasse les frontières slovènes

Figure historique de la droite slovène, Janez Janša a dirigé le gouvernement à plusieurs reprises, notamment entre 2004 et 2008, entre 2012 et 2013, puis entre 2020 et 2022. Président du SDS, il défend depuis longtemps des positions conservatrices sur les questions de souveraineté, d’immigration et de gouvernance européenne.

Son discours présente certaines convergences avec celui du Premier ministre hongrois Viktor Orbán, notamment dans la critique des orientations politiques et institutionnelles de l’Union européenne.

La formule finale de Janša cristallise ainsi sa position : l’Union européenne serait désormais confrontée, selon lui, à des contradictions internes suffisamment profondes pour nécessiter une remise en question de son propre fonctionnement.

Sources :

Nova24TV – Janez Janša et sa critique de l’Union européenneNiezależna – Reprise du message original de Janez Janša

Gouvernement slovène – Biographie officielle et retour au pouvoir de Janez Janša en juin 2026

Reuters – Crise du Tribunal constitutionnel polonais, 31 octobre 2026

Euronews – Vérification sur la régularisation des migrants en Espagne