Après avoir publiquement proposé un débat à Alain Soral, Shannon Seban a annoncé le 18 août sur ses réseaux sociaux qu’elle renonce à cette confrontation. Elle craint notamment d’offrir une exposition supplémentaire au polémiste et de contribuer à sa légitimation. La responsable politique entend désormais concentrer son action sur la lutte contre la haine en ligne et l’impunité dont bénéficient certains militants installés à l’étranger.
Le débat entre Shannon Seban et Alain Soral n’aura finalement pas lieu. Après plusieurs jours de réflexion, la secrétaire nationale des Républicains annonce avoir renoncé à cette confrontation qu’elle avait elle-même proposée en réaction à un message publié par le polémiste.
« La nuit porte conseil. Et j’ai finalement décidé de ne pas débattre avec Alain Soral », explique-t-elle dans une déclaration diffusée sur les réseaux sociaux. Depuis l’annonce de cette possible rencontre, Shannon Seban affirme avoir reçu de nombreux messages, certains favorables à son initiative, d’autres l’invitant à revenir sur sa décision.
Elle reconnaît avoir initialement réagi « sous le coup de l’émotion ». Son objectif, assure-t-elle, n’était pas seulement de répondre à Alain Soral, mais aussi de s’adresser directement à son public, notamment aux jeunes susceptibles d’être influencés par ses discours.
« Je voulais parler à ceux qui l’écoutent, à cette jeunesse qu’il est en train de radicaliser, qui finit parfois par prendre ses obsessions antisémites pour des vérités à force de les entendre sans contradiction », explique-t-elle.
Le risque d’une nouvelle exposition médiatique
Suite à l’acceptation du débat par Soral, Thomas Guénolé, politologue qui s’est lui-même déclaré disposé à débattre avec le polémiste est intervenu pour demander à Shannon Seban de renoncer. Il estimait qu’une victoire dans un tel exercice nécessiterait « une préparation, une culture historique et une maîtrise argumentative considérables ». Son jugement à l’égard de Shannon Seban était sans appel : « Sincèrement, je ne crois pas que vous en ayez les moyens. » Thomas Guénolé lui conseille donc de « laisser ce combat à ceux qui sont capables de le mener ».
Après avoir échangé avec ses proches et ses conseils, Shannon Seban dit cependant avoir pris conscience d’une limite majeure. Débattre avec Alain Soral reviendrait également à lui offrir une nouvelle tribune et une séquence médiatique supplémentaire.
Selon elle, l’acceptation immédiate du polémiste aurait dû constituer un signal d’alerte. La responsable politique estime toutefois qu’Alain Soral dispose déjà d’une importante audience en ligne et n’a pas besoin de ce débat pour continuer à diffuser ses idées.
Seban affirme également avoir tenu compte du travail mené depuis plusieurs années par les associations, les militants, les intellectuels, les responsables politiques et les citoyens engagés contre l’antisémitisme. Shannon Seban dit ne pas vouloir fragiliser leur action ni contribuer indirectement à redonner une forme de légitimité à celui qu’ils combattent.
« Alors non, ce débat n’aura pas lieu », tranche-t-elle.
La question de la haine diffusée depuis l’étranger
Au-delà de cette controverse, Shannon Seban souhaite désormais attirer l’attention sur la capacité de personnalités condamnées par la justice à poursuivre leurs activités depuis l’étranger et à toucher un public important grâce aux réseaux sociaux.
Elle cite notamment le cas de Boris Le Lay, militant d’extrême droite installé au Japon, qu’elle avait poursuivi après des propos antisémites tenus à son encontre. Malgré sa condamnation, celui-ci continue, selon elle, à diffuser ses contenus en ligne.
Cette situation pose à ses yeux deux questions centrales : celle de la coopération judiciaire internationale et celle de la responsabilité des grandes plateformes numériques dans la circulation des discours haineux.
Shannon Seban alerte plus largement sur l’exposition quotidienne des jeunes générations aux contenus antisémites, racistes, complotistes et extrémistes sur les réseaux sociaux. Elle entend désormais consacrer davantage d’énergie à la lutte contre leur banalisation et contre le sentiment d’impunité de leurs auteurs.
« Le débat avec Alain Soral n’aura pas lieu, mais croyez-moi, le combat, lui, continue », conclut-elle. Un combat sans débat.