Le séisme en Colombie du 10 août a fait 304 morts, plus de 4 500 blessés et 426 disparus, selon le dernier bilan de l’unité nationale de gestion des risques de désastre. Le président colombien, Abelardo de la Espriella, a chiffré mardi 18 août les dégâts à 9,57 milliards de dollars, une estimation préliminaire portant sur un tiers du territoire. Plus de 26 500 logements ont été détruits, et la phase de recherche de survivants est close.
La secousse a duré moins d’une minute. L’institut géologique américain (USGS) l’a mesurée à une magnitude de 7,4, le 10 août 2026 à 12 h 34 TU, soit 7 h 34 à Bogota. L’épicentre se situe à 5 kilomètres au sud de San José del Palmar, dans le département du Chocó, sur le versant Pacifique du pays. La profondeur du foyer atteint 110 kilomètres. L’USGS a placé l’événement en alerte rouge, son niveau maximal, avec une intensité ressentie allant jusqu’au degré VIII sur l’échelle de Mercalli.
Les destructions ont frappé les villes de la côte Pacifique et la région caféière. Des immeubles se sont effondrés à Cali, à Pereira et à Manizales. Selon les Nations unies, 15 départements et 472 municipalités sont concernés, pour plus de 186 000 personnes touchées.
Cette région a déjà connu le même scénario. Le 25 janvier 1999, un séisme de magnitude 6,2 avait ravagé Armenia, dans le département de Quindío, tuant environ 1 900 personnes et endommageant Pereira et Manizales. Les enquêtes menées après la catastrophe avaient montré que les immeubles construits selon les normes parasismiques adoptées en 1984 avaient tenu, contrairement aux bâtiments plus anciens. La Colombie se situe à la jonction de plusieurs plaques tectoniques, dont celles de Nazca et sud-américaine.
Un tiers du pays
Le chiffrage des dégâts a été confié à une entreprise privée. Le résultat, communiqué mardi par le chef de l’État, atteint 9,57 milliards de dollars, concentrés sur un tiers du territoire colombien. « Imaginez l’ampleur du désastre », a déclaré Abelardo de la Espriella, qui a présenté ce montant comme provisoire, appelé à être ajusté au fur et à mesure des remontées régionales.
Le détail dit la même chose autrement. Plus de 26 500 habitations ont été détruites. L’ONU recense 1 631 établissements scolaires endommagés, dont 263 partiellement ou totalement effondrés, ce qui prive plus de 75 000 élèves d’un accès sûr à leur école. Au moins 16 routes et 10 ponts sont hors service, notamment au Chocó, où les glissements de terrain compliquent l’acheminement de l’aide. Des groupes armés non étatiques en restreignent l’accès dans certaines zones rurales.
Le déblaiement a remplacé la recherche
Une semaine après la catastrophe, les équipes colombiennes dégagent les décombres. Les chances de retrouver des survivants sont désormais jugées minimes. Les 426 personnes portées disparues ne figurent pas dans le bilan des 304 morts.
L’aide internationale s’organise. La Banque mondiale a débloqué 200 millions de dollars le 13 août, destinés à la santé publique, au logement et aux petites et moyennes entreprises, et engagé une évaluation rapide des pertes économiques. Les États-Unis et l’Union européenne ont également apporté leur concours. Les agences des Nations unies visent plus de 100 000 personnes : le Programme alimentaire mondial réclame 23 millions de dollars pour trois mois de distribution.
Le séisme a frappé des régions déjà fragiles. Avant le 10 août, près de sept millions de Colombiens vivaient en situation d’insécurité alimentaire modérée ou sévère. Au Chocó et dans le Valle del Cauca, les deux départements les plus touchés, la proportion approchait un habitant sur trois.
Un gouvernement de trois jours
Abelardo de la Espriella avait été investi le 7 août, trois jours avant la secousse. Le nouveau président, que l’AFP classe à l’extrême droite et présente comme un allié de Washington, affronte là sa première épreuve. Il a chargé le ministre du logement, Jaime Andrés Beltran, de mettre en oeuvre un plan de reconstruction associant entreprises du bâtiment, banques, assureurs, gouverneurs et maires. Le ministre a été critiqué pour un séjour à la plage en famille pendant la crise.
Le président colombien a aussi demandé mardi au secrétaire d’État américain, Marco Rubio, une suspension temporaire des droits de douane frappant les produits colombiens. Fin juillet, ces droits sont passés de 10 % à 12,5 %, à l’exception notamment du café et du pétrole. Le chef de l’État a fait état sur X d’une volonté américaine d’aboutir, sous réserve d’une procédure à respecter.
La reconstruction des villes détruites se comptera en années. Le bilan officiel, lui, reste provisoire.