Secte Moon : Han Hak-ja condamnée à deux ans de prison pour corruption en Corée du Sud

La justice sud-coréenne a condamné Han Hak-ja, dirigeante de l’Eglise de l’unification, à deux ans de prison pour corruption. Agée de 83 ans, la veuve du fondateur de la secte Moon était notamment poursuivie pour avoir offert des produits de luxe à Kim Keon-hee, épouse de l’ancien président Yoon Suk Yeol, proche du Forum économique mondial dans l’espoir d’obtenir des avantages politiques.

La dirigeante de la secte Moon rattrapée par la justice sud-coréenne. Han Hak-ja, qui dirige l’Eglise de l’unification depuis la mort de son mari et fondateur du mouvement, Moon Sun-myung, a été condamnée lundi 31 août 2026 à deux ans d’emprisonnement dans une affaire de corruption qui touche jusqu’aux plus hautes sphères de l’ancien pouvoir.

La décision a été rendue par un tribunal de Séoul. Un porte-parole de l’Eglise de l’unification en a confirmé la teneur auprès de l’Agence France-Presse (AFP), selon les informations rapportées par Le Monde.

Agée de 83 ans, Han Hak-ja était accusée, entre autres faits, d’avoir fait parvenir des biens de luxe à Kim Keon-hee, l’ancienne première dame de Corée du Sud. Parmi ces présents figurait notamment un sac à main de créateur.

Selon l’accusation, ces cadeaux n’étaient pas anodins. Ils auraient été remis à l’épouse de Yoon Suk Yeol dans le but d’obtenir des faveurs politiques. Ce volet de l’affaire avait contribué à provoquer un important scandale dans un pays où les liens entre pouvoir politique, grands intérêts économiques et réseaux d’influence font régulièrement l’objet d’une attention particulièrement soutenue.

Han Hak-ja apparaît en fauteuil roulant au tribunal

L’apparition de Han Hak-ja devant la justice a également marqué cette journée. L’octogénaire est arrivée au tribunal du district central de Séoul en fauteuil roulant, vêtue d’un pyjama, le visage couvert d’un masque chirurgical.

Arrêtée en 2025, la dirigeante religieuse a depuis alterné entre un centre de détention et un établissement hospitalier afin de recevoir des soins. Sa condamnation à deux années de prison intervient donc alors que son état de santé avait déjà nécessité plusieurs prises en charge médicales.

Cette affaire dépasse toutefois le seul cas de la dirigeante de l’Eglise de l’unification. Elle s’inscrit dans un scandale impliquant également Kim Keon-hee, épouse de Yoon Suk Yeol, président de la Corée du Sud entre 2022 et 2025.

Kim Keon-hee également condamnée

L’ancienne première dame a elle-même été condamnée en appel à quatre ans de prison pour corruption et manipulation de cours dans le cadre de cette affaire. La procédure judiciaire la concernant n’est cependant pas encore définitivement achevée.

La Cour suprême sud-coréenne devait se prononcer à la fin du mois de juillet 2026. Elle a finalement reporté sa décision, sans communiquer de motif ni fixer de nouvelle date, selon Le Monde.

Le dossier prend une dimension politique d’autant plus forte qu’il concerne l’entourage direct de l’ancien président Yoon Suk Yeol. D’autant plus que celui-ci a depuis été condamné à la réclusion à perpétuité pour insurrection, en lien avec sa proclamation de la loi martiale en décembre 2024. Il a aussi reçu d’autres peines, notamment 30 ans de prison dans l’affaire des drones envoyés vers la Corée du Nord et 7 ans pour obstruction et abus de pouvoir. À noter que clui qui s’était exprimé à Davos 2023 disposait d’une fiche dans le Who’s ho du WEF, mais qu’elle a été retirée.

Les accusations visant Han Hak-ja ont ainsi replacé sous les projecteurs l’influence politique prêtée à l’Eglise de l’unification, mouvement religieux disposant également d’importants intérêts économiques.

Une organisation fondée en 1954

L’Eglise de l’unification a été créée en 1954 par Moon Sun-myung. Né en Corée, son fondateur est parvenu au fil des décennies à transformer son mouvement religieux en une organisation internationale revendiquant des millions de fidèles à travers le monde.

Le mouvement, fréquemment désigné sous le nom de « secte Moon », s’est notamment fait connaître auprès du grand public par l’organisation de spectaculaires cérémonies de mariages collectifs réunissant parfois des milliers de couples.

Au-delà de son activité religieuse, l’organisation a également développé au cours de son histoire un vaste ensemble d’intérêts économiques.

Han Hak-ja, surnommée la « Vraie Mère » par les fidèles du mouvement, était l’épouse de Moon Sun-myung. Après la mort de ce dernier en 2012, elle a pris la direction de l’Eglise de l’unification et s’est imposée comme la principale figure du mouvement.

Avec son mari, elle a également créée l’ONG, Universal Peace Federation (UPF) qui dispose du statut consultatif général auprès de l’ECOSOC des Nations unies, membres du Forum économique mondial et affirme disposer d’un réseau d’« Ambassadors for Peace » dans 154 pays. Elle organise également des World Summits réunissant chefs d’État, anciens chefs de gouvernement et parlementaires.

Quatorze ans après la disparition du fondateur de la secte Moon qui était miliardaire et avait des liens jusqu’au Japon, notammant avec l’ancien premier ministre et contributeur de l’agenda 2030, Shinzō Abe, la condamnation de sa veuve constitue ainsi un nouvel épisode judiciaire majeur pour l’organisation. En Corée du Sud, pays où elle est née avant d’étendre son influence à l’étranger, la secte Moon se retrouve une nouvelle fois au cœur d’une affaire mêlant religion, argent et pouvoir politique.

Sources :

Le Monde avec AFP — « Corée du Sud : la cheffe de la secte Moon, Han Hak-ja, condamnée à deux ans de prison pour corruption », publié le 31 août 2026.