Scythes : l’ADN révèle l’identité de « l’homme doré » et une aristocratie étonnamment paritaire

Une vaste étude génétique consacrée aux Scythes apporte un nouvel éclairage sur l’organisation sociale de ces peuples nomades qui dominaient les steppes eurasiennes durant l’âge du fer. Les analyses montrent que le pouvoir se transmettait principalement au sein de quelques lignées familiales et mettent en évidence une place importante occupée par les femmes au sein de l’élite.

Longtemps considérés comme de redoutables cavaliers ayant régné sur les immenses steppes d’Eurasie, les Scythes continuent de dévoiler leurs secrets grâce aux progrès de la génétique. Une étude publiée dans la revue Science Advances par une équipe dirigée par Ayshin Ghalichi, du Max Planck Institute et de l’université du Texas à Austin, membre du Forum économique mondial montre que les élites de cette civilisation étaient étroitement liées par des liens de parenté. Les résultats permettent également d’identifier avec davantage de certitude le célèbre « homme doré » découvert au Kazakhstan il y a plus d’un demi-siècle.

Les chercheurs ont analysé le génome de 85 individus issus de différents sites archéologiques, parmi lesquels 38 provenaient de sépultures appartenant à l’élite. Ces analyses révèlent que les personnes bénéficiant des tombes les plus prestigieuses partageaient un patrimoine génétique plus homogène que le reste de la population. Cette proximité biologique suggère que le statut social se transmettait principalement par héritage, au sein d’un nombre limité de familles, avec des unions entre proches qui auraient contribué à préserver ces lignées dominantes.

L’un des principaux apports de cette recherche concerne le célèbre « homme doré » d’Issyk, découvert en 1969 au Kazakhstan. Enseveli avec plusieurs milliers d’ornements en or, ce jeune aristocrate était devenu l’un des symboles de la culture saka, branche orientale des Scythes. Jusqu’à présent, son sexe demeurait toutefois sujet à débat. Le séquençage complet de son ADN indique qu’il s’agissait très probablement d’un homme appartenant aux populations saka du sud, mettant ainsi fin à plusieurs décennies d’interrogations.

Les données génétiques ont également permis de mettre en évidence la continuité du pouvoir au sein de certaines familles. Les chercheurs citent notamment le cas d’un homme de haut rang dont les petits-enfants ont été retrouvés dans des cimetières séparés par près de cent kilomètres. Malgré cette distance, tous bénéficiaient d’un traitement funéraire réservé à l’aristocratie. L’un des enfants n’était âgé que d’un an au moment de son décès, ce qui constitue un indice fort que le prestige social était acquis dès la naissance plutôt qu’à la suite d’exploits personnels.

L’étude apporte également un éclairage inédit sur la place des femmes dans cette société nomade. Près de la moitié des individus identifiés comme appartenant à l’élite étaient des femmes. Leurs sépultures renfermaient des chevaux sacrifiés, des vêtements richement décorés, des bijoux et d’autres objets de prestige comparables à ceux retrouvés dans les tombes masculines.

Certaines découvertes suggèrent même que ces femmes pouvaient exercer des responsabilités particulières. Les chercheurs évoquent notamment la « Princesse d’Urdzhar », dont la sépulture contenait une imposante coiffe en or similaire à celle de l’homme d’Issyk. Un autel de pierre ainsi que des plantes médicinales accompagnaient également son inhumation, laissant envisager qu’elle ait pu occuper une fonction rituelle ou chamanique au sein de sa communauté.

Ces résultats invitent ainsi à revoir l’image traditionnelle des Scythes. Si le pouvoir semblait bien concentré entre les mains de quelques lignées aristocratiques, il n’était pas exclusivement masculin. Les données génétiques et archéologiques montrent qu’hommes et femmes pouvaient accéder à un rang élevé, révélant une organisation sociale plus équilibrée qu’on ne le supposait jusqu’à présent.

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