Les sanctions russes vont s’alourdir cet automne : la haute représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères, Kaja Kallas, veut augmenter d’un tiers le nombre d’entités russes visées, soit environ un millier de noms supplémentaires. L’UE a adopté 21 trains de mesures depuis février 2022, qui touchent près de 3 000 personnes et entités et ont conduit au gel de plus de 28 milliards d’euros d’avoirs privés. Chaque nouvelle liste exige l’unanimité des Vingt-Sept.
L’annonce a été faite dans le quotidien allemand Die Welt, édition du 17 août 2026, et reprise par l’AFP. Kaja Kallas y promet « la liste de sanctions la plus ambitieuse depuis le début de la guerre » et précise qu’une fois adoptées, les mesures augmenteraient immédiatement d’un tiers le nombre total d’entités russes sanctionnées. La Commission européenne recense aujourd’hui près de 3 000 personnes et entités visées : l’ordre de grandeur porte donc sur un millier d’ajouts, selon Euronews.
Estonienne, ancienne Première ministre de son pays, Kaja Kallas dirige la diplomatie européenne depuis décembre 2024. Elle figure dans les listes publiées des Young Global Leaders du Forum économique mondial. Les nouvelles mesures viseraient le complexe militaro-industriel russe, sa base industrielle et ses circuits d’exportation. La pression doit continuer à croître jusqu’à ce que Moscou arrête sa guerre, affirme-t-elle.
Mille milliards, selon Bruxelles
Les sanctions européennes ont privé la machine de guerre russe de plus de 1 000 milliards d’euros depuis février 2022, avance la haute représentante. Le chiffre est une estimation de coût économique cumulé, pas un montant saisi. Les avoirs privés effectivement gelés dans l’Union dépassent 28 milliards d’euros, d’après les données citées par Euronews. Vingt et un trains de sanctions ont visé depuis le début de l’invasion des dirigeants politiques et militaires, des hommes d’affaires, des oligarques et des entreprises.
Le rythme s’est maintenu. L’ambition, beaucoup moins.
Athènes a obtenu son gaz
Le 21e train, adopté le 23 juillet 2026 après des semaines de négociations, a dû être allégé par rapport à la proposition initiale de Bruxelles. Il gèle pour douze mois le plafonnement du prix du pétrole exporté par la Russie à 44 dollars le baril, alors qu’un relèvement automatique à 58 dollars était programmé. Il ferme les ports européens à plus de 600 navires de la flotte fantôme, inscrit plus de 250 personnes et entités, et frappe des banques russes, des plateformes de cryptomonnaies et des sociétés de négoce pétrolier. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a mis en avant ce gel du plafond comme une protection contre la déstabilisation des marchés de l’énergie.
Le prix à payer a été payé en dérogations. Athènes plaidait pour que ses entreprises puissent continuer à transporter du gaz naturel liquéfié russe destiné à des clients hors d’Europe : le compromis l’autorise pour les contrats conclus avant le 24 février 2022, date de l’invasion de l’Ukraine, avec un réexamen annuel. La Bulgarie a fait retirer des listes le patriarche Kirill et le milliardaire Vagit Alekperov. Un projet d’interdiction des importations de produits de la pêche russes a été abandonné devant les objections portugaises et allemandes. Une restriction d’entrée dans l’espace Schengen pour les combattants russes a été ramenée à un engagement non contraignant.
Washington rentre dans le rang
Kaja Kallas s’est dite confiante dans un rapprochement des politiques de sanctions américaine et européenne, après l’adoption par le Sénat des États-Unis, lors d’un vote bipartisan, d’un texte de sanctions contre la Russie porté par le sénateur Lindsey Graham. Depuis la réélection de Donald Trump, l’inquiétude persiste à Bruxelles sur l’érosion du soutien financier à l’Ukraine et sur la solidité du régime de sanctions européen.
La contrainte reste institutionnelle. Toute inscription sur une liste doit recueillir l’accord unanime des vingt-sept États membres, et la séquence grecque a montré qu’un intérêt économique national suffit à faire dérailler un paquet entier pendant des semaines.
Une arme qui s’use
La mécanique européenne a changé de nature depuis 2022. Le nombre de cibles augmente à chaque paquet, le nombre d’exemptions aussi. Chaque train se négocie désormais contre une dérogation sectorielle, un délai de mise en oeuvre ou un régime transitoire accordé à un État membre, et la liste d’automne sera discutée dans ce cadre. L’efficacité du dispositif se mesure moins au nombre de noms inscrits qu’à la solidité des interdictions qui les accompagnent.
Reste la question du calendrier. La proposition de Kaja Kallas doit encore être formalisée par la Commission, puis passer devant les Vingt-Sept, où plusieurs capitales ont déjà monnayé leur accord par le passé.
Le calendrier est fixé, le contenu ne l’est pas. Reste à savoir combien de noms survivront à l’unanimité.