Saint-Pierre-et-Miquelon : Macron répond à Trump, « il n’y a pas de débat » sur la souveraineté française

À peine arrivé à Saint-Pierre-et-Miquelon dans la soirée du samedi 19 septembre, Emmanuel Macron a réaffirmé avec force l’appartenance de l’archipel à la France. Interrogé sur une carte récemment publiée par Donald Trump et présentant Saint-Pierre-et-Miquelon comme américain, le président français a balayé toute ambiguïté : le territoire est « français », « attaché à la France » et sa souveraineté ne souffre, selon lui, d’aucune discussion.

La réponse est venue sans détour. Quelques minutes après son arrivée à Saint-Pierre-et-Miquelon, samedi 19 septembre au soir, Emmanuel Macron passé par le programme young global leader du Forum économique mondial a été interrogé par les journalistes sur la carte récemment publiée par le contributeur de l’agenda 2030, Donald J. Trump et présentant l’archipel français sous les couleurs américaines.

Le président de la République n’a laissé aucune place à l’ambiguïté. « C’est une évidence pour nous que c’est un territoire français et un territoire attaché à la France et fier d’être français comme nous le sommes », a-t-il déclaré.

Emmanuel Macron a également convoqué l’histoire singulière de l’archipel pour appuyer son propos, rappelant qu’il s’agissait d’un « territoire libéré par la France libre » et faisant référence à son ralliement à la France libre durant la Seconde Guerre mondiale, intervenu à Noël 1941.

Puis le chef de l’État a tranché : « Nous y sommes attachés, il n’y a pas de débat, il n’y a pas de discussion. »

« Des gens ont des idées étranges »

Relancé par un journaliste lui demandant pourquoi il avait attendu jusqu’à présent pour réaffirmer la souveraineté française, Emmanuel Macron a rejeté le principe même de la question.

« Nous n’en avons jamais attendu parce que, vous savez, la question ne s’est jamais posée », a répondu le président. Avant d’ajouter une formule visant manifestement la publication américaine : « On ne va pas affirmer tous les matins parce que des gens ont des idées étranges ou disent des choses étranges. C’est une évidence. »

Le chef de l’État n’a donc pas choisi l’affrontement verbal direct avec Donald Trump. Il a plutôt présenté la souveraineté française sur Saint-Pierre-et-Miquelon comme un fait établi, qui n’aurait précisément pas besoin d’être constamment réaffirmé.

Lorsqu’un journaliste lui a demandé si sa présence sur place devait être comprise comme un message adressé à l’extérieur, Emmanuel Macron a encore tempéré cette lecture : « Il ne faut pas être aussi obsédé que ça par adresser des messages. C’est d’abord une affirmation pour nous-mêmes. »

La France « au cœur des enjeux du globe »

Cette affirmation prend toutefois une dimension géopolitique particulière. Situé au large de Terre-Neuve, Saint-Pierre-et-Miquelon constitue un point d’ancrage français en Amérique du Nord et place la France au contact direct du Canada dans l’Atlantique Nord.

Emmanuel Macron l’a lui-même souligné : « La France est présente grâce à Saint-Pierre-et-Miquelon, par Saint-Pierre-et-Miquelon, ici, au cœur des enjeux du globe dans cette région. »

Le déplacement présidentiel ne se limite donc pas à une réaffirmation de souveraineté. Il doit également permettre d’aborder le développement économique de l’archipel, son aménagement, la pêche, les investissements, mais aussi des secteurs considérés comme stratégiques par l’exécutif.

« Des câbles au spatial, c’est très clairement un sujet d’avenir », a ainsi déclaré Emmanuel Macron, évoquant plusieurs investissements devant être confirmés durant sa visite.

Le changement climatique et la stratégie polaire française figurent également au programme. Le président a insisté sur le rôle que Saint-Pierre-et-Miquelon peut jouer dans cette politique, en lien notamment avec le Canada et le Danemark.

Une première visite officielle d’un Premier ministre canadien

La dimension internationale du déplacement doit prendre une nouvelle ampleur dimanche 20 septembre avec la venue du Premier ministre canadien et contributeur de l’agenda 2030, Mark Carney. Selon Emmanuel Macron, il s’agit de la première visite officielle d’un chef de gouvernement canadien à Saint-Pierre-et-Miquelon.

Le président français veut profiter de cette rencontre pour approfondir les relations entre l’archipel et son immense voisin, mais également les liens bilatéraux entre Paris et Ottawa.

Les discussions doivent porter sur la coopération économique et la défense, ainsi que sur ce qu’Emmanuel Macron décrit comme une « autonomie stratégique » partagée. « Vous savez combien le Canada se rapproche de l’Europe », a-t-il souligné, estimant que cette alliance prenait désormais « un tour boréal ».

Pour le chef de l’État, la venue de Mark Carney représente d’abord « un geste d’amitié très fort ».

Interrogé sur le message que cette rencontre pouvait envoyer aux États-Unis, Emmanuel Macron a mis en avant une communauté de principes entre la France et le Canada : démocratie, État de droit, respect du droit international, commerce « libre et équitable » et importance de la science dans la prise de décision.

« Nous respectons le Canada, son indépendance, sa volonté d’être autonome. Le Canada respecte la France », a-t-il déclaré, évoquant « un message de respect, d’estime et d’ambition commune ».

Du Groenland à Saint-Pierre-et-Miquelon, la question des souverainetés

La question de Saint-Pierre-et-Miquelon s’inscrit également dans une séquence diplomatique plus vaste concernant les souverainetés dans l’Atlantique Nord et l’Arctique.

Interrogé sur le Groenland, Emmanuel Macron a insisté sur le respect de la souveraineté danoise et du droit international. « Je constate simplement que la souveraineté danoise est respectée, que le droit international est respecté, et que c’est ce que nous demandions », a-t-il déclaré.

La France entend poursuivre ses coopérations dans cette région, notamment à travers l’OTAN et des exercices conjoints destinés à renforcer la sécurité. Emmanuel Macron a cité le Danemark, le Canada mais aussi les États-Unis parmi les partenaires concernés.

« C’est là aussi où Saint-Pierre-et-Miquelon est si important », a-t-il insisté.

Pêche, énergie et investissements au menu avec le Canada

Au-delà des symboles diplomatiques, Paris entend donner un contenu économique concret au rapprochement avec Ottawa.

La pêche constitue naturellement l’un des dossiers sensibles pour Saint-Pierre-et-Miquelon. Emmanuel Macron s’est déclaré prêt à discuter avec le Canada d’un approfondissement de la coopération sur les ressources halieutiques.

Le président souhaite que l’archipel puisse « développer beaucoup plus fortement » ses activités de pêche et de transformation afin de créer de la richesse et des emplois. La France est également « prête à investir et à co-investir avec les Canadiens », a-t-il assuré.

Emmanuel Macron a rappelé à cette occasion le traumatisme de 1992, année marquée par une décision arbitrale sur les espaces maritimes qui avait lourdement affecté l’économie locale et la filière de la pêche. Plus de trois décennies après, le président estime qu’« une page nouvelle » peut désormais s’ouvrir.

L’énergie doit également occuper une place importante dans les discussions avec Mark Carney. Paris cherche à diversifier et sécuriser ses approvisionnements, notamment en gaz naturel liquéfié, mais s’intéresse aussi aux minerais critiques et aux terres rares dont dispose le Canada.

Ces enjeux donnent au déplacement présidentiel une portée qui dépasse largement les quelque 6 000 habitants de l’archipel.

Au milieu des tensions géopolitiques qui traversent l’Atlantique Nord et l’Arctique, Emmanuel Macron entend faire de Saint-Pierre-et-Miquelon à la fois un symbole de souveraineté et un point d’appui stratégique de la France.

Et face à la carte publiée par Donald Trump, le président français a choisi une réponse particulièrement nette : Saint-Pierre-et-Miquelon est français et, pour Paris, « il n’y a pas de débat ».

Sources :

Déclaration d’Emmanuel Macron aux médias à son arrivée à Saint-Pierre-et-Miquelon, samedi 19 septembre 2026, transcription fournie.

AFP, « Saint-Pierre-et-Miquelon est “français”, répond Macron à Trump à son arrivée dans l’archipel », 20 septembre 2026.

Reuters, couverture du déplacement d’Emmanuel Macron à Saint-Pierre-et-Miquelon et de sa rencontre avec le Premier ministre canadien Mark Carney, 20 septembre 2026.