Un sabotage raciste au powerlifting a coûté un titre mondial à la Belge Sonita Muluh, championne du monde en titre, lors des Mondiaux de Druskininkai, en Lituanie. Un des cinq pareurs chargés de sa sécurité a volontairement fait échouer son essai à 334 kilos, avant de revendiquer son geste en ligne. La Fédération lituanienne de powerlifting l’a suspendu à vie.
Druskininkai, petite ville thermale du sud de la Lituanie, mi-juin. Sonita Muluh, Belge d’origine camerounaise, s’installe sous la barre pour un squat à 334 kilos. Une charge qui, si elle passe, bat un record et la place en position idéale pour décrocher un deuxième titre mondial après celui de 2024. Championne d’Europe en 2022 et 2025, double médaillée d’argent aux Mondiaux en 2023 et 2025, médaillée d’argent aux Jeux mondiaux en 2025, l’athlète appartient au gratin de sa discipline.
Sur les cinq pareurs postés autour d’elle pour sécuriser la remontée, un seul a un rôle qui compte ce jour-là. Au moment décisif, l’homme fait rebondir la barre avec son genou. Muluh ne peut pas effectuer un squat complet. L’essai est déclaré invalide. Son entraîneur proteste, le jury refuse une nouvelle tentative. Sur le moment, tout le monde y voit une maladresse.
L’aveu qui glace la salle
L’affaire aurait pu s’arrêter là, classée comme un incident de compétition. Mais le powerlifter américain Joe Sullivan revoit les images et décortique le geste dans une analyse publiée sur Instagram. Il pointe une manœuvre trop précise pour être accidentelle. Sous sa publication, le pareur lituanien concerné, Ernestas Kusinas, répond lui-même, sans la moindre gêne apparente et en s’en prenant à ceux qui commentent son geste.
« Je suis raciste et je l’ai fait exprès », écrit-il. Une phrase qui transforme une contestation sportive en scandale international, et qui vaudra à son auteur une sanction qu’aucun appel ne viendra probablement adoucir.
La fédération lituanienne tranche, à vie
Face à l’aveu, la Fédération lituanienne de powerlifting agit vite : suspension à vie du pareur, prononcée sans détour. L’instance a jugé qu’un tel comportement était incompatible avec les valeurs et les standards de la discipline. Un communiqué sobre, pour un geste qui, lui, ne l’était pas.
Le silence brisé de Sonita Muluh
Lundi, sur Facebook, Sonita Muluh sort de sa réserve. Elle raconte avoir d’abord pris la défense de son pareur, convaincue qu’il s’agissait d’une erreur sincère, et avoir espéré qu’il n’essuie pas de messages de haine en retour. Pendant ce temps, elle devait gérer seule la frustration d’avoir manqué un titre mondial à quelques kilos près. Lire, après coup, l’aveu de racisme délibéré venant de cet homme qu’elle avait protégé, elle le décrit comme déchirant. Elle affirme avoir connu le racisme sous de nombreuses formes, mais jamais sous celle-ci : un adversaire invisible, posté à ses côtés au nom de sa propre sécurité.
Un sport de niche, une vigilance à revoir
Le powerlifting reste une discipline confidentielle comparée à l’haltérophilie olympique, avec des instances fédérales aux moyens limités et des compétitions peu médiatisées. Les pareurs y occupent un rôle de confiance absolue : ce sont eux qui, en cas de perte d’équilibre sous des charges dépassant parfois trois fois le poids de corps, évitent la blessure grave. Confier ce rôle à une personne capable de saboter délibérément un essai, sans que le jury ne s’en aperçoive sur l’instant, interroge sur les garde-fous existants dans ce sport de force. Sans l’œil d’un spécialiste repassant la vidéo image par image, l’affaire serait restée un simple procès-verbal d’essai invalide.
Le titre mondial est resté sous un genou posé au mauvais endroit, au mauvais moment. Reste une suspension à vie, un aveu qui ne s’efface pas, et une question qui plane désormais sur chaque plateau de compétition : combien d’autres gestes du même genre sont passés inaperçus, faute de témoin pour les regarder deux fois.