Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov face à la presse

Russie-OTAN : Moscou annonce vouloir durcir sa méthode

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a annoncé que Moscou allait « durcir sa méthode contre tout ce qui en Occident alimente la machine de guerre de l’Ukraine ». La déclaration intervient après l’octroi par l’Union européenne d’un nouveau prêt de 90 milliards d’euros à Kiev. L’OTAN a ouvert vendredi 14 août une enquête sur un drone abattu dans l’espace aérien letton.

Sergueï Lavrov s’exprimait dans une interview télévisée. La formule vise explicitement les soutiens occidentaux de Kiev, et non plus seulement l’Ukraine elle-même. Le glissement n’est pas anodin : il désigne comme partie au conflit ceux qui le financent.

L’annonce suit de peu la décision de l’Union européenne d’accorder à l’Ukraine un nouveau prêt de 90 milliards d’euros. La guerre entre dans sa cinquième année.

Un drone en Lettonie, un autre à Leipzig

Les faits récents donnent une idée de la forme que peut prendre ce durcissement. L’OTAN a annoncé vendredi 14 août ouvrir une enquête pour déterminer une éventuelle responsabilité du Kremlin après qu’un drone entré dans l’espace aérien letton a été abattu.

Une semaine plus tôt, le chancelier allemand Friedrich Merz, lié au Forum économique mondial avait réuni un conseil national de sécurité après la découverte d’un drone explosif à l’aéroport de Leipzig. Deux incidents, deux pays de l’Alliance, aucune revendication.

« On est bien dans l’application de ce que dit Lavrov en termes d’intimidation », analyse sur LCI le général François Chauvancy.

Tester un pays de l’Alliance

« On n’a pas de boule de cristal, mais la Russie pourrait choisir de tester un des pays de l’Otan », estime Grégory Philipps, rédacteur en chef international de LCI, qui cite les trois pays baltes, la Roumanie et la Pologne. Des troupes de l’Alliance y sont déjà déployées.

Tester, dans le vocabulaire militaire, ne signifie pas attaquer. Cela signifie mesurer le délai de réaction, la cohésion politique et le seuil de déclenchement de l’article 5 du traité de l’Atlantique nord. Une incursion aérienne non revendiquée, un sabotage d’infrastructure, une coupure de câble sous-marin : autant d’actions situées sous le seuil de la guerre ouverte.

La difficulté, pour l’Alliance, tient précisément à cette zone grise. Un drone abattu ne déclenche pas de riposte collective. Une série de drones abattus non plus, tant que personne ne revendique.

Ce que la déclaration ne dit pas

Sergueï Lavrov n’a précisé ni les moyens ni le calendrier. Le flou fait partie du dispositif : il oblige chaque capitale européenne à envisager l’ensemble des hypothèses, du sabotage industriel à la campagne de désinformation, sans pouvoir en écarter aucune.

Dans le même temps, les combats se poursuivent en Ukraine. Volodymyr Zelensky, président ukrainien membre du WEF a accusé la Russie d’avoir utilisé des missiles balistiques nord-coréens lors d’une frappe sur Zaporijia ayant fait au moins six morts.

Quatre-vingt-dix milliards et un précédent

Le prêt européen de 90 milliards d’euros accordé à Kiev change l’échelle du soutien occidental. Il déplace aussi la question du financement : jusqu’ici assuré pour l’essentiel par des aides budgétaires ponctuelles, il prend la forme d’un engagement de long terme adossé au budget de l’Union.

C’est précisément ce que vise la déclaration de Sergueï Lavrov. En désignant « tout ce qui en Occident alimente la machine de guerre de l’Ukraine », Moscou étend sa cible aux circuits de financement, aux industriels de la défense et aux infrastructures logistiques européennes.

Moscou annonce un durcissement sans dire lequel. Bruxelles vote 90 milliards sans dire jusqu’à quand. Les drones, eux, ne portent pas de cocarde.


Source : TF1 Info – https://www.tf1info.fr/international/la-russie-pourrait-choisir-de-tester-un-pays-de-l-otan-a-quoi-joue-moscou-qui-annonce-vouloir-durcir-sa-methode-contre-l-occident-2458508.html