Entre la Russie et le Royaume-Uni, la menace passe désormais par le petit écran. Sur le plateau de l’émission russe 60 Minutes, le député de la Douma Adalby Shkhagoshev a affirmé que Moscou pourrait frapper l’Angleterre très douloureusement, tandis qu’une carte affichait cinq zones britanniques. La porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, menace pour sa part les installations militaires britanniques, en réponse aux missiles Storm Shadow livrés à Kiev.
La scène se déroule sur la télévision d’État russe. Interrogé sur les raisons pour lesquelles la Russie n’a pas attaqué d’alliés de l’Otan, Adalby Shkhagoshev répond que Moscou surveille la situation et dispose de plans, selon le Daily Express, repris par AOL. Il évoque des lignes rouges dont le franchissement menacerait la sécurité et les frontières de la Russie.
À l’écran, une carte en russe met en évidence cinq zones correspondant approximativement à Londres, au Norfolk, à Bristol, à Bath et à Édimbourg. Le tabloïd britannique reconnaît lui-même qu’il n’était pas clairement établi ce que cette carte représentait. Le titre de l’article, lui, parle de lieux anéantis. La propagande a trouvé son relais.
Zakharova vise les Storm Shadow
La menace la plus officielle vient du ministère des Affaires étrangères. Maria Zakharova a averti que des installations militaires britanniques, en Ukraine ou ailleurs, pourraient être ciblées si Kiev utilisait des armes britanniques contre le territoire russe. Sa déclaration vise les missiles Storm Shadow fournis par Londres, ainsi que la technologie permettant de les produire.
Sur le même plateau, l’expert militaire Mikhaïl Khodaryonok a assuré que la Russie avait les moyens de frapper des cibles militaro-industrielles britanniques et que les dirigeants du Royaume-Uni devraient tôt ou tard rendre des comptes.
60 Minutes, une émission à part
L’émission 60 Minutes, diffusée sur la chaîne publique Rossiya 1, est connue pour ses débats au ton martial et ses scénarios d’escalade contre l’Occident. Les menaces qui y sont proférées par des députés ou des commentateurs ne constituent pas la doctrine officielle du Kremlin. Elles servent aussi à entretenir un climat, à destination du public russe comme des capitales européennes.
Le Daily Express, de son côté, publie régulièrement des cartes de cibles potentielles au Royaume-Uni, alimentées par ce type de déclarations. Les deux machines se nourrissent l’une l’autre.
Londres silencieux
L’article ne rapporte aucune réaction du gouvernement britannique. Le Royaume-Uni reste l’un des principaux soutiens militaires de l’Ukraine, et ses livraisons de missiles à longue portée irritent Moscou depuis leur début. Ces menaces interviennent alors que l’Ukraine multiplie les frappes de drones contre les raffineries russes.
Le Storm Shadow, missile de la discorde
Le Storm Shadow est un missile de croisière franco-britannique, produit par le groupe européen MBDA, connu en France sous le nom de Scalp. D’une portée de plus de 250 kilomètres, il permet de frapper des cibles loin derrière la ligne de front. Le Royaume-Uni a été le premier pays à en livrer à l’Ukraine, en mai 2023. Depuis, Moscou n’a cessé de dénoncer ces livraisons comme une implication directe de Londres dans le conflit.
Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères depuis 2015, est coutumière de ces avertissements. Sa déclaration s’adresse moins aux téléspectateurs de 60 Minutes qu’aux chancelleries européennes.
Une carte sans légende, un député sur un plateau, un tabloïd qui titre sur l’anéantissement : la tension entre la Russie et le Royaume-Uni se joue aussi à l’audimat. Le danger est que l’on finisse par ne plus distinguer le bruit du signal.
Source : Daily Express – https://www.express.co.uk/news/world/2261639/russia-strike-uk-ww3-map