En Russie, des camps de vacances militaires accueillent gratuitement des enfants de 7 à 17 ans. Revue des troupes le matin, entraînement physique, jeux de camouflage, maniement et démontage d’armes : les équipes de TF1 ont filmé l’un de ces séjours à Touapsé, sur la mer Noire. Hérités de l’époque soviétique, ces camps de vacances militaires connaissent un regain depuis l’invasion de l’Ukraine.
Ils ont entre 7 et 17 ans et presque tous portent le treillis. Il n’est pourtant pas obligatoire. À Touapsé, ville côtière de la mer Noire, la journée commence par une revue des troupes, puis par un entraînement sportif rythmé par les ordres d’un instructeur, Vadim Sedov, filmé par les équipes de TF1 pour le journal de 20 heures. Course, pompes, exercices en série, sous le regard d’encadrants eux aussi en tenue militaire.
L’instructeur interroge un garçon sur ce que signifie aimer son pays. L’enfant répond : sa famille, sa ville, sa terre. Le programme, explique Vadim Sedov, vise à donner une éducation patriotique et un mode de vie sain, avec des jeunes rapides et coordonnés, comme un régiment.
Le cache-cache en terrain hostile
L’éducation militaire passe d’abord par le jeu. Une partie de cache-cache devient une mission de camouflage en terrain hostile. Interrogé sur ce qu’il préfère, l’un des garçons répond : « Ce que je préfère, c’est qu’on apprend à manier les armes ». Il précise qu’il sait désormais les démonter.
Ces colonies ont été créées à l’époque soviétique pour former la jeunesse de l’URSS. Elles ont survécu à la disparition de celle-ci et retrouvent un second souffle depuis février 2022. Le directeur du camp, prénommé Pavel, s’exprime devant une statue de Lénine : il évoque une demande de patriotisme et la nécessité que les enfants sachent répondre aux dangers de manière autonome.
Apprendre à stopper une hémorragie
La guerre est entrée dans le programme par la trousse de secours. Alors que le territoire russe est régulièrement visé par des drones ukrainiens, le camp a ajouté un atelier de premiers soins. Le médecin Vladimir Chevtsov y met en scène une hémorragie du bras qu’il faut arrêter. Les enfants apprennent à poser une attelle rudimentaire, à traiter une coupure et à évacuer un blessé.
Le praticien décrit ces gestes comme les premiers soins à prodiguer sur le terrain, loin de chez soi. Des situations très éloignées du quotidien d’un enfant de 10 ans.
1,75 million d’enfants dans l’Armée des jeunes
Ces séjours s’inscrivent dans un dispositif national beaucoup plus large. Créée en 2016 à l’initiative du ministre de la défense de l’époque, Sergueï Choïgou, l’organisation Iounarmia, littéralement l’Armée des jeunes, revendiquait 1,75 million de membres scolarisés au printemps 2025, selon The Moscow Times. Son budget a été porté à 1 milliard de roubles pour 2025, soit environ 11 millions de dollars, contre 480 millions de roubles l’année précédente.
L’objectif affiché par les autorités russes est de 3,25 millions de membres d’ici à 2030. Le mouvement, financé par le projet national Jeunesse et Enfants et par le ministère de la défense, fait l’objet de sanctions occidentales. Kiev l’accuse d’avoir participé à l’endoctrinement d’enfants ukrainiens dans les territoires occupés, une accusation que Moscou rejette.
Trente-quatre heures par an, dont dix-sept sur le terrain
Le camp d’été n’est qu’un maillon. À compter du 1er septembre 2026, les collégiens et lycéens russes suivent un enseignement rebaptisé « bases de la sécurité et de la défense de la patrie », dont la part militaire passe de 20 % à 50 % du contenu, selon le ministre de l’éducation, Sergueï Kravtsov. Le volume est fixé à 34 heures par année scolaire, dont au moins 17 consacrées à l’entraînement militaire de base : maniement d’armes à feu, usage de grenades, pilotage de drones, gestes de secours.
Un programme pilote de 64 heures, centré sur la discipline, les techniques de combat et la survie, doit par ailleurs être expérimenté dans plusieurs régions. Les colonies de vacances prennent le relais l’été, gratuitement, ce qui en fait une offre difficile à concurrencer dans les régions les moins favorisées.
Aucune donnée publique ne permet de mesurer combien de ces adolescents rejoignent ensuite l’armée. Les organisateurs des camps affirment qu’ils sont nombreux.
Les séjours ne coûtent rien aux familles. Les plus jeunes ont sept ans.