Royaume-Uni : Burnham met en cause l’Iran et la Russie

Les accusations britanniques contre l’Iran et la Russie concernent deux dossiers distincts. Le premier ministre Andy Burnham, proche du Forum économique mondial attribue très probablement à une coordination iranienne un incident près d’une base aérienne et affirme que Moscou est intervenu dans le référendum sur le Brexit, sans que les éléments étayant ces évaluations aient été rendus publics.

Au Royaume-Uni, Andy Burnham a durci, lundi 12 octobre, la position de son gouvernement sur un incident de sécurité survenu fin septembre près de la base aérienne de la RAF Fairford, dans le Gloucestershire. Devant la Chambre des communes, le premier ministre a présenté comme très probable une coordination de l’opération depuis l’Iran et comme presque certaine une direction par le Corps des gardiens de la révolution islamique. Le Monde rapporte cette mise en cause, qui marque une nouvelle étape dans les déclarations britanniques sur l’affaire.

Parallèlement, Andy Burnham a affirmé que la Russie était intervenue dans le référendum de 2016 sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Ces deux prises de position ne portent ni sur la même période ni sur les mêmes faits. Dans les deux cas, toutefois, elles soulèvent une question commune : la portée des évaluations communiquées par le gouvernement, alors que les éléments permettant au public de les examiner restent limités.

Une enquête antiterroriste près de Fairford

L’incident de Fairford remonte au 27 septembre. Selon le suivi de la BBC et l’Associated Press, cinq ressortissants britanniques ont alors été arrêtés à proximité de la base, dans une enquête portant notamment sur des soupçons de préparation d’un acte terroriste et sur des infractions liées aux explosifs. L’alerte a conduit à l’évacuation de dizaines de logements aux alentours.

Deux autres hommes ont ensuite été arrêtés à Londres dans le cadre des investigations. Les sept personnes ont été remises en liberté sous contrôle judiciaire, tandis que l’enquête antiterroriste se poursuivait. Ces arrestations et la poursuite des investigations ne constituent pas, à elles seules, une démonstration publique du rôle attribué par le gouvernement britannique à l’Iran.

Fairford est une installation de la Royal Air Force également utilisée par l’armée de l’air américaine, notamment pour des bombardiers lourds. D’après Deutsche Welle, les bombardiers américains B-1 qui s’y trouvaient ont quitté la base après l’incident, tandis que les B-52 y sont restés. Les informations disponibles ne permettent pas d’établir à elles seules la raison précise de ces mouvements d’appareils.

L’Iran conteste la mise en cause britannique

La déclaration du premier ministre devant les députés précise le degré de certitude revendiqué par Londres. Elle distingue une opération jugée très probablement coordonnée depuis l’Iran d’une direction attribuée avec une certitude encore plus élevée aux gardiens de la révolution. Les autorités britanniques n’ont toutefois pas rendu publics, dans les comptes rendus consultés, les éléments détaillés sur lesquels repose cette évaluation.

Le ministre britannique des Affaires étrangères, Ed Miliband, également proche du WEF a annoncé la convocation de l’ambassadeur iranien et des sanctions visant deux Iraniens. Selon Deutsche Welle, ces mesures comprennent notamment un gel des avoirs et une interdiction d’entrée au Royaume-Uni. Elles constituent la réponse diplomatique annoncée par Londres à la suite de sa mise en cause de l’Iran.

Téhéran rejette les accusations et demande au gouvernement britannique de produire ses preuves, rapportent Deutsche Welle et l’Associated Press. À ce stade, la position iranienne et l’évaluation britannique demeurent opposées. L’absence de publication des éléments détaillés ne permet pas de départager publiquement leurs versions sur l’éventuelle organisation de l’incident depuis l’Iran.

Une affirmation sur le scrutin de 2016

L’autre déclaration d’Andy Burnham concerne le référendum sur le Brexit, organisé dix ans plus tôt. Dans des extraits du podcast The Rest Is Politics diffusés les 11 et 12 octobre, le premier ministre a expliqué avoir demandé, après son arrivée à Downing Street en juillet, si la Russie était intervenue dans le scrutin. Il a indiqué que la réponse reçue avait été affirmative, selon la BBC et l’Associated Press.

Les deux médias présentent ces propos comme la première reconnaissance publique, par un premier ministre britannique, d’une intervention russe dans le référendum. Andy Burnham n’a cependant détaillé ni la nature des actes concernés, ni leur ampleur, ni leur éventuel effet sur le résultat. Aucun nouvel élément de preuve n’a été publié à l’appui de cette déclaration dans les informations rapportées par la BBC et l’Associated Press.

Cette distinction entre intervention alléguée et influence démontrée sur un vote est importante. Affirmer qu’une puissance étrangère a cherché à agir sur un processus électoral ne permet pas de conclure que ses actions ont modifié le choix des électeurs ou l’issue du scrutin. Les propos du premier ministre, tels qu’ils ont été rendus publics, ne permettent pas d’établir un tel lien.

Les limites des évaluations rendues publiques

Le débat sur les activités russes au Royaume-Uni ne date pas de cette prise de parole. Le rapport consacré à la Russie par la commission parlementaire britannique du renseignement et de la sécurité, publié en 2020, examinait les risques d’ingérence dans la vie politique du pays. Comme le rappelle la BBC, la commission indiquait toutefois ne pas avoir reçu d’évaluation réalisée après le référendum qui lui aurait permis de conclure sur les tentatives d’interférence russe propres au vote de 2016.

Le gouvernement britannique avait déjà évoqué des tentatives russes d’ingérence dans plusieurs processus démocratiques. La nouveauté des propos d’Andy Burnham tient à leur application explicite au référendum sur le Brexit. Faute de précisions supplémentaires, il reste impossible, à partir des déclarations publiées, de décrire les opérations visées ou d’en mesurer la portée.

Les deux dossiers n’en sont donc pas au même stade : près de Fairford, une enquête antiterroriste demeure en cours et a déjà entraîné une réaction diplomatique envers l’Iran ; sur le Brexit, la déclaration du premier ministre ravive un débat ancien sans s’accompagner d’une nouvelle présentation publique des faits. Leur traitement appelle la même prudence dans la distinction entre une évaluation gouvernementale, les éléments accessibles pour l’étayer et ce qui demeure inconnu.

Les accusations formulées par Londres ont des conséquences diplomatiques immédiates dans le dossier iranien et relancent, dans le dossier russe, l’examen du scrutin de 2016. La suite des investigations près de Fairford et d’éventuelles précisions sur l’intervention attribuée à Moscou détermineront ce qui pourra être établi publiquement.

Sources

Le Monde : https://www.lemonde.fr/international/article/2026/10/13/au-royaume-uni-les-accusations-tous-azimuts-du-premier-ministre-contre-l-iran-et-la-russie_6792842_3210.html

BBC News : https://www.bbc.co.uk/news/live/ckvg75lj0xv4t

Associated Press : https://apnews.com/article/uk-raf-fairford-burnham-iran-security-guard-19a976ffaa3a23c8d7c2230d3960ce14

Deutsche Welle : https://amp.dw.com/en/uk-iran-highly-likely-to-be-behind-raf-fairford-incident/a-79645941

BBC News : https://www.bbc.com/news/articles/c6jdm3zggl0ko

Associated Press : https://apnews.com/article/burnham-brexit-russia-interference-88cbab1370fdc24df719274e76fb5a26