Le Bangladesh traverse depuis mars 2026 une épidémie de rougeole d’une ampleur exceptionnelle. Plus de 500 enfants sont morts et plus de 60 000 cas suspects ont été recensés dans le pays, selon les autorités sanitaires. Cette crise sanitaire majeure met en lumière l’effondrement de la couverture vaccinale, les pénuries de doses et les conséquences de l’instabilité politique sur le système de santé bangladais.
Depuis le mois de mars 2026, le Bangladesh fait face à sa plus grave épidémie de rougeole depuis près de vingt ans.
Selon les chiffres relayés le 28 mai 2026 par plusieurs médias bangladais et internationaux, plus de 500 enfants ont déjà perdu la vie tandis que le nombre de cas suspects dépasse désormais les 60 000 dans l’ensemble du pays.
Le quotidien bangladais Prothom Alo qualifie la situation « d’inacceptable » et évoque une véritable « crise sanitaire nationale », alors même que le Bangladesh s’était fixé pour objectif d’éliminer officiellement la rougeole en 2026.
Le ministère bangladais de la Santé affirme avoir vacciné environ 18,4 millions d’enfants âgés de 6 mois à moins de 5 ans dans le cadre d’une vaste campagne d’urgence lancée au printemps.
Mais pour de nombreux experts, les autorités ont réagi beaucoup trop tard face à une flambée épidémique qui progressait rapidement depuis plusieurs semaines.
Les autorités accusées d’avoir sous-estimé la crise
Le professeur Be-Nazir Ahmed, ancien directeur de l’organisme gouvernemental de contrôle des maladies, accuse directement les autorités d’avoir désorganisé le système de vaccination.
Dans les colonnes du quotidien Prothom Alo, il critique notamment le gouvernement intérimaire de Muhammad Yunus, qui a dirigé le pays pendant dix-huit mois jusqu’aux élections législatives du 12 février 2026.
Selon lui, « les lourdeurs bureaucratiques », « la complexification inutile du système de vaccination » ainsi que le non-respect du calendrier vaccinal ont largement contribué à l’aggravation de la situation.
L’expert déplore également qu’aucune déclaration officielle d’épidémie n’ait encore été prononcée par les autorités sanitaires bangladaises.
Une telle reconnaissance aurait pourtant permis, selon lui, de déclencher immédiatement des protocoles d’urgence à travers tout le territoire, y compris dans les zones rurales les plus pauvres.
Le ministre de la Santé a toutefois annoncé le jeudi 28 mai 2026 l’annulation des congés des médecins mobilisés contre la rougeole pendant l’Aïd el-Adha afin de renforcer les soins dans les hôpitaux.
Des enfants privés de vaccination
La crise révèle également de graves pénuries de vaccins dans plusieurs régions du pays.
La BBC rapporte notamment le cas d’Akira, une fillette morte de la rougeole après que sa famille eut tenté à quatre reprises de lui faire administrer le vaccin sans succès faute de doses disponibles.
Le journal bangladais The Daily Star évoque aussi l’histoire d’Ibrahim Khalil, surnommé « Samit », un enfant de 7 ans transféré d’hôpital en hôpital faute de structures capables de le prendre en charge correctement.
Les médecins avaient demandé son transfert vers Dacca pour recevoir des soins intensifs, mais sa famille n’avait pas les moyens financiers de l’y transporter. L’enfant est mort le dimanche 24 mai 2026.
« Pour l’État, ce ne sont peut-être que des statistiques », écrit durement The Daily Star.
Une résurgence mondiale de la rougeole
Cette flambée épidémique au Bangladesh s’inscrit dans un contexte mondial de retour inquiétant de la rougeole.
Depuis 2023, plusieurs pays enregistrent une hausse des contaminations liée au recul de la vaccination infantile, aux pénuries de doses et à la désinformation autour des vaccins.
Les troubles politiques traversés récemment par le Bangladesh ont également fortement perturbé les campagnes sanitaires nationales.
Selon les organisations internationales, la malnutrition infantile, le recul de l’allaitement maternel et la fragilité du système hospitalier ont aussi aggravé la mortalité liée à la maladie.
Face à l’urgence, le gouvernement bangladais a lancé le 5 avril 2026 une campagne de vaccination d’urgence avec le soutien de l’UNICEF, de l’Organisation mondiale de la santé et de Gavi.
Cette campagne vise plus de 1,2 million d’enfants dans 18 districts considérés comme prioritaires avant une extension progressive à l’ensemble du pays.
Très contagieuse, la rougeole se transmet par la toux et les éternuements. Elle peut provoquer de graves complications respiratoires ou neurologiques, notamment chez les jeunes enfants non vaccinés de moins de 5 ans.
Comme le rappelle le quotidien The Daily Star : « La rougeole n’est pas mystérieuse. Elle est évitable. »
Sources :
Courrier international
Santé sur le Net
