Entrée du parc de la Villa Celimontana, via della Navicella, sur la colline du Caelius à Rome

Rome : une caserne de pompiers refait surface sous Villa Celimontana

Des maçons venus consolider un mur de soutènement dans le parc de la Villa Celimontana, à Rome, ont mis au jour huit pièces d’un édifice du IIe siècle couvertes de mosaïques et de fresques. La Surintendance spéciale de Rome y voit une possible caserne des vigiles, le corps de pompiers créé par Auguste, sans écarter l’hypothèse d’une demeure aristocratique. Le chantier, doté de deux millions d’euros par le plan de relance italien, doit s’achever début septembre 2026.

Il ne s’agissait que de reprendre un mur. Dans le parc de la Villa Celimontana, l’ancienne Villa Mattei al Celio, à quelques centaines de mètres du Colisée, le chantier relevait du génie civil ordinaire : stabiliser un soutènement fatigué. Les ouvriers ont buté sur des maçonneries antiques. Un an plus tard, cinq pièces ont été intégralement dégagées, trois autres seulement en partie, et le renfort de mur est devenu une fouille archéologique en règle, annoncée le 5 août 2026 par le ministère italien de la Culture.

L’ensemble remonte au IIe siècle de notre ère. Il est réaménagé au IIIe, abandonné au IVe, puis réinvesti entre le Ve et le VIe siècle par des occupants de fortune qui font la cuisine au milieu des ruines, marmites à l’appui, rapporte l’agence italienne Ansa. Le décor, lui, n’a rien d’un cantonnement : enduits peints, plafonds à cercles rouges et bandes bleues, corniches de stuc, placages muraux en opus sectile. Sous le pavement actuel dormaient les fragments d’une mosaïque plus ancienne, d’époque antonine.

Un homard, un crabe et un doute

C’est une mosaïque qui a fait basculer la lecture du site. Elle aligne un dauphin, un poisson, un homard et un crabe autour d’un cratère, le vase dans lequel les Romains coupaient leur vin d’eau. Le motif n’est pas inédit. On le connaît déjà, presque à l’identique, dans la caserne des vigiles d’Ostie, le port de Rome, à une trentaine de kilomètres de là. Le rapprochement a été relevé par les fouilleurs eux-mêmes et repris par le Smithsonian Magazine.

De la faune marine à un corps de garde, le raccourci paraît audacieux. Il l’est moins qu’il n’y paraît. Le Caelius accueillait la Ve cohorte des vigiles, et des bases de statues inscrites, datées de 111 apr. J.-C. sous le règne de Trajan, attestent leur présence sur cette colline. La directrice scientifique de la fouille, l’archéologue Simona Morretta, rappelle que ces bases confirment l’existence, sur place, d’une caserne de vigiles. Ce qui manque, en revanche, c’est la grande cour centrale qui signe habituellement ce type d’édifice. D’où la seconde piste, avancée avec la même prudence : la résidence du tribun qui commandait la cohorte.

Les sept mille hommes de la nuit romaine

Rome brûlait. Une ville d’immeubles de rapport en bois et en torchis, chauffée au brasero, éclairée à la lampe à huile, n’avait pas besoin d’ennemis pour partir en fumée. Auguste s’y prend en deux temps. En 22 av. J.-C., il porte à 600 hommes les effectifs chargés du feu. En 6 apr. J.-C., il crée un corps permanent de 7 000 hommes, réparti en sept cohortes d’un millier de soldats chacune, financé par une taxe de 4 % sur la vente d’esclaves. Une caserne pour deux des quatorze régions administratives de la ville.

Les vigiles urbains ne sont pas que des porteurs de seaux. Placés sous l’autorité d’un préfet, le praefectus vigilum, ils patrouillent la nuit, vérifient que les insulae et les domus disposent bien de leur matériel de lutte contre l’incendie, surveillent les points d’eau et disposent d’une juridiction sur les incendiaires. Sous Claude, un détachement est envoyé à Ostie protéger les entrepôts du port. C’est cette caserne-là qui livre aujourd’hui le motif de mosaïque servant de point de comparaison au Caelius.

Deux millions d’euros et une hypothèse

La fouille a été financée à hauteur d’environ deux millions d’euros par le plan national de relance et de résilience italien, dans le cadre du programme Caput Mundi, qui regroupe 152 interventions patrimoniales à Rome. La Surintendance spéciale de Rome, dirigée par Daniela Porro, pilote l’opération. Fin des travaux prévue fin août ou début septembre 2026, avec une ouverture au public envisagée une fois les analyses achevées.

Simona Morretta se garde de trancher. Selon elle, l’étude des structures, des matériaux et du contexte permettra de « vérifier les différentes hypothèses interprétatives ». Autrement dit : personne, à ce stade, ne peut affirmer que ces huit pièces ont abrité les pompiers de Rome. La formule employée par le ministère italien de la Culture reste au conditionnel, et les médias qui ont relayé l’information, dont Science & Vie, ont conservé la même précaution.

Reste un détail qui résiste à la prudence méthodologique. Si ces murs sont bien ceux d’un poste de vigiles, les hommes chargés d’éteindre les incendies de Rome attendaient l’alerte assis sur des mosaïques et sous des plafonds peints. Certains services publics ont connu des locaux plus austères.


Source : Science & Vie — https://www.science-et-vie.com/science-et-culture/alors-quils-renovaient-un-mur-dans-parc-de-rome-des-macons-decouvrent-ce-qui-pourrait-etre-la-caserne-des-tout-premiers-pompiers-253838.html