Aujourd’hui, le nom de Roman Polanski demeure associé aux controverses judiciaires qui ont marqué sa carrière. Mais bien avant ces affaires, le réalisateur polonais a été frappé par l’un des drames les plus traumatisants de l’histoire d’Hollywood : l’assassinat de son épouse, l’actrice Sharon Tate, dans la nuit du 8 au 9 août 1969.
Plus d’un demi-siècle après les faits, cette affaire continue d’alimenter de nombreuses théories mêlant occultisme, contre-culture des années 1960, manipulations psychologiques et fascination pour Charles Manson. Pourtant, derrière le mythe criminel se trouvent avant tout huit victimes dont les vies ont été brutalement interrompues.
Sharon Tate, une étoile montante d’Hollywood
Née en 1943 à Dallas, Sharon Tate débute sa carrière dans les années 1960. Après plusieurs apparitions à la télévision et des rôles secondaires, elle commence à s’imposer à Hollywood grâce à des films comme Eye of the Devil, Valley of the Dolls et The Wrecking Crew. Son interprétation dans Valley of the Dolls lui vaut même une nomination aux Golden Globes.
À la fin des années 1960, elle forme avec Roman Polanski l’un des couples les plus médiatisés du cinéma international. Les deux artistes se rencontrent sur le tournage du Bal des vampires et se marient en 1968. Au moment de sa mort, Sharon Tate n’a que 26 ans et est enceinte de huit mois et demi de leur premier enfant.
La nuit du 9 août 1969 : le massacre de Cielo Drive
À l’été 1969, Roman Polanski se trouve à Londres pour des raisons professionnelles. Sharon Tate séjourne alors dans leur résidence située au 10050 Cielo Drive, dans le quartier huppé de Bel Air, à Los Angeles.
Dans la nuit du 8 au 9 août, quatre membres de la “Manson Family” – Tex Watson, Susan Atkins, Patricia Krenwinkel et Linda Kasabian – se rendent sur place sur ordre de Charles Manson.
Après avoir coupé les lignes téléphoniques, les assaillants pénètrent dans la propriété. Steven Parent, âgé de 18 ans, qui quitte alors la résidence après avoir rendu visite au gardien, est tué près du portail. À l’intérieur de la maison se trouvent Sharon Tate, le coiffeur Jay Sebring, l’écrivain polonais Wojciech Frykowski et l’héritière Abigail Folger. Tous sont assassinés avec une violence extrême.
Les constatations médico-légales font état de seize coups de couteau portés à Sharon Tate, vingt-huit à Abigail Folger et cinquante-et-un à Wojciech Frykowski. Plusieurs victimes présentent également des blessures par balle. Le mot « Pig » est inscrit avec du sang sur la porte d’entrée.
Les meurtres des époux LaBianca
Le soir suivant, le 10 août 1969, Charles Manson estime que les crimes de Cielo Drive ont été exécutés de manière trop désordonnée. Il accompagne alors lui-même plusieurs adeptes jusqu’au domicile de Leno et Rosemary LaBianca, situé sur Waverly Drive à Los Angeles.
Après avoir ligoté le couple, il quitte les lieux, laissant Tex Watson, Patricia Krenwinkel et Leslie Van Houten poursuivre l’attaque. Leno et Rosemary LaBianca sont assassinés à coups de couteau. Des inscriptions telles que « Death to Pigs », « Rise » et « Helter Skelter » sont retrouvées écrites avec le sang des victimes sur les murs de la maison.
Charles Manson et la “Family”
Né en 1934, Charles Manson passe une grande partie de sa jeunesse dans des institutions et en prison. Libéré en 1967, il s’installe à San Francisco avant de réunir autour de lui une communauté de jeunes adeptes au Spahn Ranch, près de Los Angeles.
La justice californienne décrira plus tard la “Family” comme un groupe fortement soumis à l’autorité de Manson, qui contrôlait le quotidien de ses membres, leurs déplacements, leurs relations sexuelles et leurs croyances. Le groupe évolue dans l’univers de la contre-culture californienne, marqué par la consommation de drogues psychédéliques et une vision apocalyptique du monde.
Le mobile des crimes : la théorie “Helter Skelter”
Lors du procès, l’accusation soutient que Charles Manson croyait à une guerre raciale imminente qu’il appelait « Helter Skelter », expression empruntée à une chanson des Beatles figurant sur le White Album. Manson aurait d’ailleurs déclaré que le massacre a été ordonné par les messages contenus dans les chansons de cet album.
Selon la thèse judiciaire, Manson espérait déclencher ou accélérer ce conflit en commettant des meurtres spectaculaires destinés à être attribués à d’autres groupes. Le dossier met en évidence un mélange de racisme, de croyances apocalyptiques, de paranoïa et de volonté de domination.
Le ressentiment de Manson envers le producteur Terry Melcher, ancien occupant de Cielo Drive qui avait refusé de soutenir sa carrière musicale, est également parfois évoqué pour expliquer le choix de la résidence.
Roman Polanski, Rosemary’s Baby et les théories occultes
Un an avant les meurtres, Roman Polanski réalise Rosemary’s Baby (1968), adaptation du roman d’Ira Levin. Le film raconte l’histoire d’une jeune femme persuadée de porter l’enfant du diable.
L’œuvre contribue fortement à populariser l’imagerie satanique dans le cinéma contemporain. Un communiqué promotionnel de la chaîne de télévision privée allemande Kabel 1 publié en 2003/2004 affirme que Polanski aurait engagé Anton LaVey, fondateur de l’Église de Satan, comme assistant pour les scènes rituelles et lui aurait même permis d’incarner le diable violant Rosemary, mais cette version est contredite par une notice archivistique de l’UC Santa Barbara Library.
La fascination du film pour les thèmes occultes a néanmoins alimenté de nombreuses spéculations après les meurtres de Sharon Tate.
Un drame entouré de nombreuses théories
Depuis plus de cinquante ans, l’affaire Manson fait l’objet d’innombrables interprétations. Certaines évoquent des influences occultes, d’autres mettent en avant les convictions apocalyptiques de Charles Manson, tandis que des chercheurs, journalistes et historiens ont également exploré d’éventuels liens avec les milieux du renseignement ou les expérimentations liées au programme MKUltra.
À ce jour, aucune preuve définitive n’a toutefois permis de démontrer un lien direct entre les meurtres de Cielo Drive, des organisations satanistes structurées ou des opérations clandestines des services de renseignement.
Le procès et les condamnations
L’enquête aboutit à l’arrestation de Charles Manson et de plusieurs membres de son groupe. Manson, Susan Atkins, Patricia Krenwinkel et Leslie Van Houten sont reconnus coupables de meurtres et de complot. Tex Watson est jugé séparément après son extradition depuis le Texas.
En 1971, tous sont condamnés à mort. Toutefois, la suspension temporaire de la peine capitale en Californie transforme leurs condamnations en peines de prison à vie. Les procédures se poursuivent encore aujourd’hui. En 2023, Leslie Van Houten a obtenu une libération conditionnelle après plus d’un demi-siècle d’incarcération. Patricia Krenwinkel demeure emprisonnée malgré plusieurs recommandations favorables à sa libération.
Une affaire qui continue de fasciner
L’affaire Manson est devenue un véritable phénomène culturel. Des ouvrages, documentaires et films tels que Helter Skelter, Once Upon a Time… in Hollywood, Making Manson ou encore Chaos: Charles Manson, the CIA, and the Secret History of the Sixties ont contribué à entretenir l’intérêt du public.
Certains chercheurs et journalistes, parmi lesquels Tom O’Neill, ont également exploré de possibles liens entre Charles Manson, certaines expériences de contrôle mental et le programme secret MKUltra de la CIA. À ce jour, aucune preuve définitive n’est toutefois venue confirmer ces hypothèses.
Roman Polanski et la fascination pour l’ésotérisme
Trente ans après l’assassinat de Sharon Tate, Roman Polanski réalise La Neuvième Porte (1999), adaptation du roman Le Club Dumas d’Arturo Pérez-Reverte. Le film met en scène Johnny Depp et Emmanuelle Seigner, nouvelle femme de Polanski dans une intrigue mêlant livres anciens, ésotérisme et occultisme.
Certains observateurs y voient la continuité de l’intérêt du réalisateur pour les thèmes surnaturels déjà présents dans Rosemary’s Baby ou Le Bal des vampires. D’autres considèrent simplement cette orientation comme un choix artistique récurrent dans l’œuvre du cinéaste.
Quoi qu’il en soit, le massacre de Sharon Tate demeure l’un des épisodes les plus sombres de l’histoire d’Hollywood et continue, plus d’un demi-siècle plus tard, à nourrir débats, enquêtes et controverses.
Sharon Tate, Jay Sebring, Abigail Folger, Wojciech Frykowski, Steven Parent, Leno LaBianca et Rosemary LaBianca restent avant tout les victimes d’un des crimes les plus marquants de l’histoire contemporaine américaine.
Sources historiques et biographiques
- Article Wikipédia consacré aux meurtres Tate-LaBianca :
https://en.wikipedia.org/wiki/Tate%E2%80%93LaBianca_murders - Article Wikipédia consacré à Sharon Tate :
https://en.wikipedia.org/wiki/Sharon_Tate - Article Wikipédia consacré à Charles Manson :
https://en.wikipedia.org/wiki/Charles_Manson - Article Wikipédia en français sur le meurtre de Sharon Tate :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Meurtre_de_Sharon_Tate
Ouvrages de référence
- Helter Skelter, de Vincent Bugliosi et Curt Gentry (1974). Il s’agit du récit du procureur ayant dirigé l’accusation lors du procès Manson.
- CHAOS: Charles Manson, the CIA, and the Secret History of the Sixties, de Tom O’Neill et Dan Piepenbring (2019). L’ouvrage explore certaines zones d’ombre de l’affaire, tout en distinguant les faits établis des hypothèses.
Articles et analyses journalistiques
- « The horrific true story behind the 1969 Manson Family murders that changed America forever », Business Insider, 2024.
- « Once Upon a Time…In Hollywood: The Manson Family Members Responsible for the Tate Murders », Vanity Fair, 2019.
- « Remembering the Tate-LaBianca Murders 55 Years Later », People, 2024.