Marine Le Pen et Jordan Bardella ont adopté samedi 19 septembre un ton particulièrement ferme envers Moscou, dénonçant les opérations de déstabilisation attribuées à la Russie et les atteintes aux intérêts français. Une position qui intervient alors que le RN continue parallèlement de questionner le niveau de l’aide financière accordée à l’Ukraine. Le young global leader du Forum économique mondial, Gabriel Attal dénonce, lui, un « double discours » du parti sur la Russie.
Le ton a nettement changé. Marine Le Pen et Jordan Bardella ont publié samedi 19 septembre un communiqué commun condamnant les actions hostiles attribuées à la Russie en Europe et affirmant que Moscou ne saurait exercer la moindre influence sur les choix diplomatiques français.
« Nous ne tolérerons jamais qu’une puissance étrangère, en l’occurrence la Russie, puisse espérer dicter directement ou indirectement la politique de notre pays », écrivent les deux dirigeants du Rassemblement national.
Le texte intervient au lendemain d’une réunion organisée à l’Élysée autour d’Emmanuel Macron, des chefs de partis politiques et de plusieurs candidats à l’élection présidentielle. Les risques d’ingérence et les opérations dites « hybrides » attribuées à la Russie ont notamment été abordés lors de cette rencontre.
Marine Le Pen n’y participait pas personnellement. Jordan Bardella représentait le RN.
Une condamnation des actions russes en Europe
Dans leur communiqué, les deux responsables politiques distinguent deux sujets : les désaccords qui peuvent exister en France sur le soutien à Kiev et les actions attribuées à Moscou contre les intérêts français ou européens.
Marine Le Pen et Jordan Bardella évoquent notamment la mise sous administration temporaire par les autorités russes d’actifs appartenant à plusieurs entreprises françaises et européennes encore présentes en Russie.
Le RN qualifie cette décision d’« acte hostile » portant atteinte aux intérêts des entreprises concernées. Parmi les groupes cités figurent notamment Auchan et Nestlé.
Le communiqué mentionne également la multiplication d’opérations clandestines et d’actions de déstabilisation en Europe attribuées à des acteurs travaillant pour le compte de la Russie.
Le parti apporte dans ce contexte son soutien au renforcement de la protection des infrastructures stratégiques françaises, des installations sensibles et des entreprises directement liées à la défense nationale.
La veille, le young global ledaer du WEF, Emmanuel Macron avait annoncé avoir demandé au gouvernement de préparer un plan destiné à renforcer la protection des infrastructures critiques françaises face aux menaces hybrides.
Bardella dénonce une Russie qui « sème la guerre »
En déplacement samedi à Breteuil, dans l’Oise, Jordan Bardella a prolongé cette prise de position.
Le président du RN a décrit la Russie comme un État adoptant une attitude de défiance envers les nations européennes et cherchant à tester leur capacité de résistance.
Il a également dénoncé la guerre menée par Moscou en Ukraine, évoquant une « véritable boucherie ».
Selon lui, les États européens doivent être capables de défendre leurs intérêts et leurs infrastructures stratégiques face aux opérations susceptibles de les viser.
Cette prise de parole tranche par son intensité avec les déclarations récentes de plusieurs responsables du RN, davantage concentrées sur le coût du soutien français à l’Ukraine.
L’aide financière à l’Ukraine toujours contestée
Le durcissement du discours envers Moscou ne signifie toutefois pas un alignement du RN sur la politique actuelle de soutien à Kiev.
Au début du mois de septembre, Louis Aliot, vice-président du Rassemblement national, avait déclaré vouloir « couper le robinet » des aides destinées à l’Ukraine.
Marine Le Pen avait ensuite précisé sa propre position sur LCI. La candidate à l’élection présidentielle considère que la situation des finances publiques françaises ne permet plus de maintenir l’aide financière à son niveau actuel.
Elle s’était toutefois prononcée pour la poursuite d’autres formes d’assistance, notamment la formation de militaires ukrainiens et la fourniture de matériel permettant à l’Ukraine d’assurer sa défense. Cette distinction figure également dans le communiqué publié samedi.
Marine Le Pen et Jordan Bardella estiment que le débat politique français doit pouvoir porter sur le montant et les conditions du soutien financier accordé à Kiev. Ils affirment en revanche que les pressions ou opérations de déstabilisation provenant d’une puissance étrangère ne peuvent être acceptées.
Le RN tente ainsi de faire coexister deux positions : une volonté de réduire ou de rediscuter certaines formes d’aide à l’Ukraine et une condamnation plus explicite des actions russes susceptibles de viser directement la France et ses partenaires européens.
Gabriel Attal dénonce un « double discours »
Cette articulation est précisément celle que contestent les adversaires politiques du Rassemblement national. Gabriel Attal, candidat de Renaissance à l’élection présidentielle, a accusé samedi le parti de Marine Le Pen de tenir un « double discours insupportable et irresponsable ».
Selon lui, réduire le soutien accordé à Kiev contribuerait à renforcer la Russie et, par conséquent, la menace pesant sur les États européens. Il estime que le communiqué publié par Marine Le Pen et Jordan Bardella ne peut effacer les positions précédemment exprimées par des responsables du RN.
Cette qualification de « double discours » constitue une accusation politique de Gabriel Attal, contestée par la ligne exposée samedi par le Rassemblement national, qui présente au contraire ses positions comme complémentaires : débattre du niveau d’aide à l’Ukraine tout en s’opposant aux pressions russes sur la France.
Une relation avec Moscou scrutée depuis plusieurs années
Les prises de position du Rassemblement national envers la Russie font depuis longtemps l’objet d’une attention particulière dans le débat politique français.
Marine Le Pen avait notamment été reçue par Vladimir Poutine au Kremlin en mars 2017, quelques semaines avant le premier tour de l’élection présidentielle française.
Depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie en février 2022, le RN a progressivement durci certaines de ses déclarations à l’égard de Moscou, tout en conservant une ligne critique sur plusieurs aspects du soutien occidental à Kiev.
Le communiqué du 19 septembre marque une nouvelle étape dans cette évolution en évoquant explicitement des « actions hybrides russes », des opérations clandestines et des campagnes de déstabilisation visant les sociétés européennes.
Le parti affirme qu’aucune de ces actions ne doit conduire Paris à favoriser les objectifs militaires de Moscou en Ukraine.
« La politique étrangère de la France se décide à Paris », résument Marine Le Pen et Jordan Bardella, qui revendiquent une ligne fondée sur la souveraineté nationale et la protection des intérêts français.
À quelques mois de l’élection présidentielle, la politique étrangère et la guerre en Ukraine s’installent ainsi parmi les sujets de confrontation entre les différentes forces politiques françaises. La position du RN sera particulièrement scrutée, entre volonté affichée de fermeté face aux actions russes et remise en cause d’une partie du soutien financier français à Kiev.
Sources :
TV5MONDE avec AFP, Jérémy Marot, « Le RN hausse le ton face à la Russie mais est accusé de “double discours” », 19 septembre 2026.
Rassemblement national, « Communiqué de Marine Le Pen et Jordan Bardella sur la détérioration de la situation sécuritaire en Europe et les actions hybrides russes », 19 septembre 2026.
Le Parisien, « Marine Le Pen essaie de se rattraper : finalement, le RN hausse le ton contre la Russie », 19 septembre 2026.