RN : Marine Le Pen envisage un référendum sur le voile face aux divisions internes du parti

À moins d’un an de l’élection présidentielle de 2027, le Rassemblement national voit resurgir l’un de ses débats les plus sensibles : l’interdiction du port du voile dans l’espace public. Alors que plusieurs cadres du parti, dont Jordan Bardella, s’interrogent sur la faisabilité et l’opportunité d’une telle mesure, Marine Le Pen refuse tout recul et envisage désormais de soumettre cette question à un référendum national. Un choix qui traduit autant une stratégie politique qu’une volonté de préserver l’un des marqueurs historiques du RN.

À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, le Rassemblement national (RN) est confronté à un débat qui touche directement à son identité politique. L’interdiction du port du voile dans l’espace public, promesse défendue de longue date par Marine Le Pen, fait aujourd’hui l’objet de discussions internes. Plusieurs responsables du mouvement doutent désormais de sa faisabilité juridique, de son application concrète et de son impact électoral. Face à ces interrogations, la députée du Pas-de-Calais envisage une nouvelle voie : demander directement aux Français de trancher par référendum.

Cette réflexion intervient alors que le RN tente d’afficher une image d’unité en vue de la campagne présidentielle. Au printemps 2026, les principaux responsables du parti se sont réunis à plusieurs reprises lors de séminaires destinés à préparer le programme présidentiel et à harmoniser les positions entre les équipes de Marine Le Pen et celles de Jordan Bardella. Mais derrière cette volonté d’afficher un front commun, certaines divergences persistent.

L’une d’elles concerne précisément l’interdiction du voile dans l’espace public. Selon plusieurs informations rapportées par Le Monde, Jordan Bardella aurait exprimé des réserves sur cette proposition lors d’un séminaire interne organisé à Bièvres, dans l’Essonne, au mois d’avril 2026. Le président du RN aurait estimé que cette mesure soulève de nombreuses difficultés, tant sur le plan politique que pratique.

Cette prudence n’est pas totalement nouvelle. Déjà lors des élections législatives anticipées de juin 2024, le programme porté par Jordan Bardella avait écarté la perspective d’une interdiction généralisée du voile dans l’espace public. La priorité affichée concernait davantage la lutte contre les idéologies islamistes et le renforcement des règles applicables dans les services publics.

Une promesse portée depuis 2012

L’interdiction du voile dans l’espace public constitue pourtant l’un des engagements historiques de Marine Le Pen. La présidente du Front national, devenu Rassemblement national en 2018, avait présenté cette proposition dès septembre 2012. À l’époque, elle souhaitait interdire les signes religieux ostensibles dans l’espace public, en visant notamment le voile islamique mais également la kippa.

Au fil des années, cette position a évolué dans sa formulation mais est restée présente dans les différentes campagnes présidentielles de Marine Le Pen, notamment en 2017 puis en 2022. Toutefois, son application concrète a souvent suscité des interrogations. Durant l’entre-deux-tours de la présidentielle de 2022, Marine Le Pen avait notamment été interpellée par une électrice voilée sur un marché de Pertuis, dans le Vaucluse. La scène avait illustré la difficulté pour la candidate d’expliquer précisément comment une telle interdiction pourrait être mise en œuvre sans provoquer de nombreuses situations individuelles complexes.

Par la suite, certains responsables du RN avaient évoqué une application progressive de cette mesure, en commençant par les universités ou les bâtiments publics avant d’envisager un élargissement éventuel. Une stratégie qui témoignait déjà des hésitations internes.

Le référendum comme solution politique

Consciente du caractère explosif du sujet, Marine Le Pen envisagerait désormais de soumettre cette question directement au vote des Français. Selon plusieurs proches de la candidate, un référendum permettrait de conférer une légitimité démocratique plus forte à une éventuelle interdiction. Les responsables du RN mettent également en avant le fait qu’une loi adoptée par référendum bénéficie d’un statut juridique particulier, même si plusieurs spécialistes du droit constitutionnel rappellent que la procédure soulève elle-même d’importantes questions concernant son champ d’application au regard de l’article 11 de la Constitution.

Cette stratégie s’inscrit dans une logique plus large défendue depuis plusieurs années par Marine Le Pen. La dirigeante du RN affirme régulièrement vouloir recourir davantage au référendum en cas d’arrivée au pouvoir, notamment sur les questions institutionnelles ou sociétales. Parmi les projets évoqués figurent également un référendum visant à inscrire la priorité nationale dans la Constitution ainsi qu’une consultation sur la récente loi relative à la fin de vie, définitivement adoptée à l’Assemblée nationale le 15 juillet 2026.

Des inquiétudes au sein du RN

Si Marine Le Pen refuse d’abandonner cette promesse, plusieurs élus du RN s’inquiètent discrètement de ses conséquences électorales. Depuis les élections législatives de 2022 puis celles de 2024, le parti s’est implanté dans de nombreux territoires où ses députés sont confrontés à des électorats plus diversifiés. Certains craignent qu’une interdiction généralisée du voile ne soit perçue comme une mesure stigmatisante et ne complique la stratégie de normalisation engagée depuis plusieurs années.

Selon Le Monde, plusieurs parlementaires considèrent également que cette mesure serait particulièrement difficile à appliquer sur le terrain et pourrait alimenter de nouvelles polémiques durant la campagne présidentielle. À l’inverse, Marine Le Pen estime qu’un abandon constituerait un risque politique plus important encore. Les enquêtes d’opinion réalisées auprès de l’électorat du RN montrent que cette proposition demeure largement soutenue par les sympathisants du mouvement. D’après un baromètre Verian réalisé pour Le Monde, publié en janvier 2026, une très forte majorité des électeurs du RN reste favorable à une interdiction du voile dans l’espace public.

Un enjeu majeur avant 2027

Cette séquence révèle une tension plus profonde au sein du Rassemblement national. D’un côté, Jordan Bardella apparaît soucieux de présenter un programme susceptible d’élargir l’électorat du parti et de rassurer une partie des Français encore hésitants. De l’autre, Marine Le Pen entend préserver les marqueurs historiques qui structurent son discours depuis plus d’une décennie.

Le débat autour du voile dépasse ainsi la seule question vestimentaire. Il symbolise l’équilibre délicat que tente de trouver le RN entre stratégie de conquête du pouvoir et fidélité à son identité politique. En envisageant un référendum, Marine Le Pen cherche à contourner les critiques sur la faisabilité de cette mesure tout en évitant de donner le sentiment d’un renoncement.

À quelques mois de l’ouverture officielle de la campagne présidentielle de 2027, cette divergence illustre les arbitrages auxquels le parti devra faire face pour présenter un projet cohérent. Si le référendum venait à être confirmé dans le programme de Marine Le Pen, il constituerait l’une des propositions les plus emblématiques de sa future campagne.

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