Une vidéo d’interpellation à Rillieux-la-Pape, dans le Rhône, provoque une nouvelle controverse autour de l’action de la police municipale. Le député LFI Abdelkader Lahmar a annoncé lundi 5 octobre avoir saisi le procureur de la République, dénonçant une intervention qu’il juge « violente et dangereuse ». Le maire Alexandre Vincendet livre une tout autre version des faits et assure notamment que le chien présent lors de l’intervention est resté muselé et tenu en laisse.
Une séquence filmée lors d’une interpellation à Rillieux-la-Pape ravive les tensions autour des méthodes employées par les forces de l’ordre dans cette commune de la métropole lyonnaise. Sur les images diffusées sur les réseaux sociaux par Abdelkader Lahmar, député La France insoumise de la 7e circonscription du Rhône, un jeune homme vêtu d’un survêtement gris est interpellé par plusieurs policiers en présence d’un chien.
A nouveau à Rillieux-la-Pape, un chien policier est déployé de façon totalement irresponsable, cette fois lors d'une arrestation violente et dangereuse d'un jeune qui ne représente aucune menace imminente. Il n'oppose aucune résistance et est matraqué puis plaqué au sol, le tout… pic.twitter.com/47mVTVhrRh
— Abdelkader Lahmar (@AK_Lahmar) October 5, 2026
Le parlementaire estime que l’animal a été déployé de manière « totalement irresponsable ». Selon son interprétation des images, le jeune homme ne présenterait pas de menace immédiate, n’opposerait pas de résistance et aurait été frappé avant d’être plaqué au sol. Il dénonce également les conditions de l’intervention, réalisée à proximité d’une voie de circulation.
Abdelkader Lahmar saisit le procureur
Face à cette séquence, Abdelkader Lahmar a annoncé avoir saisi le procureur de la République au titre de l’article 40 du code de procédure pénale. Il a également interpellé publiquement le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, s’interrogeant notamment sur l’appartenance du chien à la police municipale ou nationale et mettant en cause les consignes données aux forces de l’ordre.
L’article 40 prévoit notamment que toute autorité constituée, tout officier public ou tout fonctionnaire ayant connaissance, dans l’exercice de ses fonctions, d’un crime ou d’un délit doit en informer sans délai le procureur de la République et lui transmettre les éléments dont il dispose. Il revient ensuite au parquet d’apprécier les suites à donner aux informations qui lui sont communiquées.
La saisine annoncée par le député ne préjuge donc pas, à elle seule, de la qualification juridique des faits ni des éventuelles suites judiciaires.
Le maire défend l’intervention des policiers municipaux
Alexandre Vincendet, maire Horizons de Rillieux-la-Pape, a répondu publiquement au député en présentant une version sensiblement différente de l’interpellation.
Selon l’édile, celle-ci aurait été effectuée par une équipe de policiers municipaux comprenant un maître-chien. Il assure que l’animal est demeuré muselé et maintenu en laisse pendant toute la séquence.
Le maire affirme également que la personne interpellée aurait refusé de se mettre au sol malgré les injonctions du policier et aurait tenté de se soustraire à l’interpellation. Il appelle ainsi à examiner précisément le déroulement des faits avant de mettre en cause l’action des agents.
Au-delà de cette intervention, Alexandre Vincendet accuse certains responsables de La France insoumise de mettre systématiquement en cause les forces de l’ordre. Selon lui, cette attitude contribue à alimenter la défiance et les tensions plutôt qu’à favoriser l’apaisement.
Deux récits s’opposent donc autour d’une même séquence : celui d’Abdelkader Lahmar, qui considère que l’interpellation révèle un usage disproportionné de la force, et celui du maire, qui défend l’action des policiers municipaux et affirme que le jeune homme n’a pas obtempéré aux injonctions qui lui étaient adressées.
Un précédent avec un chien policier en mars
L’affaire résonne d’autant plus fortement à Rillieux-la-Pape qu’un autre épisode impliquant un chien de la police municipale avait provoqué une vive polémique quelques mois auparavant.
Le 21 mars 2026, un jeune homme de 19 ans avait été grièvement mordu au niveau du cou lors d’une intervention policière dans le quartier de la Velette. Des images de la scène avaient alors circulé, sans permettre, selon Le Progrès, de départager complètement les versions contradictoires sur les circonstances dans lesquelles le chien avait pu atteindre le jeune homme.
Le jeune homme avait déposé plainte pour tentative de meurtre. Selon les informations rapportées à l’époque, il avait été blessé à la gorge. La version du maire Alexandre Vincendet faisait alors état d’une laisse ayant cédé et d’une muselière déplacée au cours de l’altercation, tandis qu’Abdelkader Lahmar soutenait qu’un agent avait retiré la laisse et la muselière avant l’attaque du chien.
Cet épisode avait été suivi de plusieurs nuits de violences urbaines à Rillieux-la-Pape et dans l’agglomération lyonnaise, avec notamment des barricades, des incendies et des affrontements avec les forces de l’ordre.
La nouvelle vidéo diffusée début octobre intervient donc dans un contexte local déjà particulièrement sensible. Cette fois encore, les interprétations politiques de la séquence divergent fortement. La saisine du procureur annoncée par Abdelkader Lahmar pourrait désormais conduire la justice à examiner les éléments disponibles et à décider des suites éventuelles à leur donner.
Sources :
Le Progrès — « Vidéo d’un chien policier : le député insoumis saisit le procureur, le maire répond »
Le Progrès — « Jeune mordu par un chien policier à Rillieux-la-Pape : ce que montrent les images »