Rheinmetall investit environ 270 millions d’euros sur son site de Cassel, dans le Land de Hesse, pour en faire selon son PDG la plus grande usine de chars d’Europe. Les effectifs doivent passer d’environ 2 200 à 3 500 salariés, avec un centre logistique attendu fin 2027 et un centre d’essai de drones. Le Land apporte environ 25 millions d’euros.
Le haut du corps passé à travers les trappes de toit, Armin Papperger, le PDG du groupe allemand d’armement Rheinmetall, et Boris Rhein, le ministre-président (CDU) du Land de Hesse, enchaînent les tours de piste à bord d’un Boxer orné de la croix de fer stylisée de la Bundeswehr. La scène est rapportée par Le Figaro, qui a visité le site de Cassel, ville allemande située à mi-chemin entre Hanovre et Francfort. Dans les hangars, des employés vêtus d’un haut gris siglé Rheinmetall s’activent sur les Boxer, mais aussi sur d’autres blindés maison, les Büffel et les Kodiak.
Le quotidien note l’air réjoui des deux hommes, comparable à celui de visiteurs testant la dernière attraction d’un parc de loisirs. Un PDG et un chef d’exécutif régional en démonstration sur un véhicule de combat, devant les objectifs : la scène dit à elle seule le changement de statut de l’industrie d’armement allemande dans le débat public.
Le Boxer est un véhicule blindé modulaire 8 x 8, développé conjointement avec KNDS Deutschland. Il équipe déjà les armées allemande, britannique, néerlandaise, lituanienne et australienne. C’est le produit d’appel du site, celui qui justifie l’agrandissement annoncé.
270 millions d’euros, et une ligne pour le Land
Le chiffre a été donné jeudi 27 août par Armin Papperger, rapporte Reuters : environ 270 millions d’euros, soit 314,31 millions de dollars, destinés à tester des drones, à étendre la production de chars et à construire un nouveau centre logistique à Cassel. « Cassel deviendra la plus grande usine de chars d’Europe », a déclaré le dirigeant. Le centre logistique doit entrer en service fin 2027.
Boris Rhein a indiqué de son côté que le Land de Hesse contribuerait à hauteur d’environ 25 millions d’euros. Un peu moins de 10 % de l’enveloppe, apportés par la collectivité régionale à un groupe coté dont les carnets de commandes dépendent des budgets de défense européens. La formule sur la plus grande usine de chars d’Europe est celle du PDG, pas celle d’un classement indépendant.
Mille trois cents embauches sur un même site
Les effectifs de Cassel doivent passer d’environ 2 200 à 3 500 salariés, selon Reuters. Près de 1 300 recrutements, une progression proche de 60 % sur un seul site industriel. Peu de bassins d’emploi allemands ont affiché une telle courbe ces dernières années.
Le Figaro décrit Cassel comme un bastion de l’automobile qui se reconvertit progressivement dans la défense. La bascule d’un territoire industriel d’un secteur vers un autre se mesure rarement aussi vite que dans un tableau d’effectifs. Elle engage des compétences de mécanique, de soudure et de logistique qui se transfèrent d’une chaîne à l’autre, et des carrières qui se réorientent vers un client unique, l’État et ses partenaires.
Des drones à côté des chars
Le site accueillera également un centre d’essai de drones, indique Reuters. La dépêche ne précise ni les types d’appareils concernés, ni le calendrier de mise en service de cette installation. L’information tient en une ligne, elle place pourtant sur le même terrain la production de blindés lourds et l’expérimentation d’engins volants de petite taille, deux univers longtemps séparés dans l’industrie de l’armement.
Rheinmetall, premier groupe d’armement allemand, s’est développé ces dernières années sur les véhicules terrestres, les munitions et l’électronique de défense. Cassel joue un rôle clé dans la production de véhicules blindés, dont le Boxer, rappelle Reuters. L’ajout d’un volet drones élargit le périmètre du site sans en changer la vocation.
Ce que l’annonce ne dit pas
Ni Le Figaro ni Reuters ne détaillent la répartition des 270 millions d’euros entre les trois volets du projet, l’agrandissement des chaînes, le centre logistique et le centre d’essai de drones. Le calendrier de montée en charge des effectifs n’est pas davantage précisé. La contribution de la Hesse, environ 25 millions d’euros, n’est assortie dans la dépêche d’aucun calendrier de versement ni d’aucune contrepartie publique explicite.
Reste une date ferme, fin 2027 pour la logistique, et un ordre de grandeur, 314,31 millions de dollars au cours retenu par Reuters le 27 août. Le reste relève pour l’instant de l’annonce.
Le Boxer a fait ses tours de piste, le communiqué a fait le reste. D’ici fin 2027, Cassel aura changé de silhouette.