À la sortie de la réunion organisée par Emmanuel Macron à l’Élysée ce vendredi 18 septembre, Raphaël Glucksmann a dressé un tableau particulièrement sombre de la situation énergétique et sécuritaire en Europe. Le candidat de Place publique réclame des aides plus importantes face à l’explosion du prix des carburants et appelle à accélérer la sortie des énergies fossiles. Sur le front géopolitique, il alerte sur les actions hybrides attribuées à la Russie et défend la poursuite du soutien européen à l’Ukraine.
Deux urgences, l’une économique, l’autre sécuritaire. À la sortie de l’Élysée ce vendredi 18 septembre, Raphaël Glucksmann, gendre de l’homme politique et homme d’affaire libanais, Ghassan Salamé, proche du Forum économique mondial a insisté sur les deux grands sujets abordés pendant la réunion convoquée par Emmanuel Macron : la flambée des prix de l’énergie en France et l’évolution des menaces liées à la Russie en Europe.
Le chef de l’État avait convié les principaux responsables des partis représentés au Parlement et les candidats à l’élection présidentielle de 2027 pour une réunion confidentielle consacrée à la « dégradation rapide » de la situation internationale. Les conflits au Moyen-Orient et en Ukraine, mais aussi leurs conséquences sur la sécurité et l’énergie en France, figuraient au cœur des discussions. Des responsables militaires et du renseignement participaient également aux échanges.
Pour Raphaël Glucksmann, le premier enseignement concerne directement le portefeuille des Français.
« La crise énergétique, l’explosion des prix des carburants. Et malheureusement, cette situation va durer », a-t-il déclaré devant les journalistes.
Le candidat de Place publique estime ainsi qu’il faut désormais « se préparer à une situation extrêmement difficile ».
Des aides « beaucoup plus massives » face aux prix de l’énergie
Face à cette perspective, Raphaël Glucksmann défend une réponse en deux temps. Il réclame d’abord un renforcement des dispositifs permettant d’amortir la hausse des prix pour les ménages, tout en demandant parallèlement une accélération de la transition énergétique.
« J’ai plaidé pour que les aides soient plus massives et pour qu’on accélère sur la sortie des énergies fossiles », a-t-il expliqué.
Une ligne qui distingue sa réponse de celles formulées par plusieurs autres participants à la réunion. Là où certains responsables politiques privilégient une baisse de la fiscalité sur les carburants, Raphaël Glucksmann articule les mesures d’urgence avec une réduction à plus long terme de la dépendance aux hydrocarbures.
Il estime surtout que l’ampleur de la crise sociale provoquée par la hausse des prix n’est pas encore suffisamment prise en compte par l’exécutif.
Interrogé sur la réponse apportée par Emmanuel Macron concernant les aides énergétiques, il a affirmé ne pas avoir perçu « encore la conscience de la gravité de la situation » sur ce sujet.
« La situation en France est intenable, elle est socialement explosive », a-t-il poursuivi.
Le candidat à la présidentielle cible particulièrement les ménages pour lesquels la voiture ne constitue pas un choix mais une nécessité quotidienne.
« Les Français qui ont besoin de leur voiture pour travailler n’en peuvent plus, n’y arrivent plus », a-t-il insisté, réclamant des aides « beaucoup plus massives » que celles annoncées jusqu’à présent.
Après l’énergie, l’inquiétude sécuritaire en Europe
La deuxième partie de l’intervention de Raphaël Glucksmann s’est concentrée sur la Russie et la sécurité du continent européen.
Selon son récit de la réunion, les participants ont notamment évoqué les avertissements lancés par le Premier ministre polonais Donald Tusk, proche du Forum économique mondial, concernant les menaces qui pèsent sur son pays.
Ces inquiétudes ont pris une dimension supplémentaire ces derniers jours. Donald Tusk a averti que, selon des informations provenant notamment de services de renseignement de l’OTAN, des États-Unis et de l’Ukraine, Moscou pourrait préparer des opérations hybrides impliquant des drones ou des missiles contre des pays européens qui soutiennent Kiev, dont la Pologne. L’objectif prêté à Moscou serait notamment de présenter de telles attaques comme accidentelles afin de mettre à l’épreuve la cohésion de l’OTAN.
Raphaël Glucksmann estime que ces événements obligent les Européens à changer leur perception de la guerre en Ukraine. Pour lui, le conflit ne peut plus être considéré comme une guerre lointaine dont les conséquences sécuritaires s’arrêteraient aux frontières ukrainiennes.
Le précédent de l’attaque de Leipzig
Le candidat de Place publique a notamment évoqué longuement le cas de Leipzig. Le 4 août, une tentative d’attaque impliquant un drone chargé d’explosifs aurait visé l’aéroport de Leipzig, en Allemagne. Le 1er septembre, les autorités allemandes ont officiellement attribué cette opération à la Russie, une accusation rejetée par Moscou. L’affaire a fortement accru les inquiétudes européennes concernant les actions dites « hybrides » attribuées aux services russes.
Raphaël Glucksmann considère que l’Europe se trouve désormais confrontée à « une situation de guerre hybride ». Il rapporte également que l’expression « terrorisme d’État » a été employée au cours de la réunion de l’Élysée, sans préciser par quel participant.
Selon lui, la Russie de Vladimir Poutine ne considère plus uniquement l’Ukraine comme son adversaire mais « l’Europe tout entière ».
« Nous sommes aujourd’hui l’arrière-front », a-t-il affirmé, évoquant la possibilité d’actions susceptibles de toucher directement les pays européens.
Cette analyse rejoint les préoccupations exprimées depuis plusieurs semaines par différents gouvernements et services de sécurité européens. Après Leipzig, le Danemark a notamment accusé les services russes de préparer des opérations de sabotage contre son industrie de défense. Plusieurs pays européens font également état depuis 2022 d’incidents, de cyberattaques, d’actes de sabotage ou d’opérations d’espionnage attribués ou soupçonnés d’être liés à Moscou.
Glucksmann défend le soutien à l’Ukraine
Dans ce contexte, Raphaël Glucksmann a réaffirmé une position qui constitue depuis plusieurs années l’un des marqueurs de sa ligne politique : la défense d’un soutien européen appuyé à l’Ukraine du président Volodymyr Zelensky, proche du WEF.
Selon lui, l’aide accordée à Kiev ne relève pas uniquement de la solidarité avec un pays agressé. Elle constitue également une question de sécurité pour les États européens eux-mêmes.
Il affirme qu’Emmanuel Macron, passé par le programme Young leader du WEF a rappelé pendant la réunion la nécessité pour la France et ses partenaires européens d’agir de manière coordonnée afin d’assurer la sécurité du continent.
Raphaël Glucksmann espère que les informations présentées à l’Élysée auront également convaincu les formations politiques les plus critiques envers le soutien militaire à Kiev.
Le candidat de Place publique s’en est pris directement aux forces politiques qu’il accuse de prôner « la soumission à Vladimir Poutine », estimant que l’aide à l’Ukraine constitue « un acte de défense des démocraties et des nations européennes ».
Il s’agit ici d’une appréciation politique de Raphaël Glucksmann, au cœur d’un profond désaccord entre les différentes formations françaises sur la nature et l’ampleur du soutien que Paris doit apporter à Kiev.
La menace des ingérences russes dans la présidentielle 2027
Raphaël Glucksmann établit également un lien direct entre la situation sécuritaire européenne et la prochaine campagne présidentielle française.
À ses yeux, la multiplication des actions attribuées à la Russie doit conduire la France à anticiper les risques d’ingérence étrangère pendant la campagne de 2027.
« On sait tous que cette campagne n’aura pas lieu sans ingérence massive de la part de la Russie », a-t-il affirmé.
Cette déclaration constitue une anticipation politique de Raphaël Glucksmann et non la description d’un événement déjà établi concernant le scrutin de 2027. Les soupçons entourant les opérations d’influence russes en Europe et les actions hybrides attribuées à Moscou alimentent toutefois depuis plusieurs années les préoccupations des gouvernements européens.
Le candidat de Place publique a également pris directement pour cible le Rassemblement national, auquel il reproche de défendre une politique qui conduirait à interrompre l’aide française à l’Ukraine.
Là encore, Glucksmann emploie un vocabulaire particulièrement offensif, qualifiant cette orientation de politique de « soumission ».
Glucksmann place la Russie au cœur du choix présidentiel
Dans les dernières minutes de son intervention, Raphaël Glucksmann a clairement projeté les discussions de l’Élysée dans la campagne présidentielle de 2027.
« Les Français doivent choisir s’ils veulent une nation soumise », a-t-il déclaré, opposant cette perspective à celle d’une France qui resterait, selon ses mots, « libre » et guidée par « la conscience ferme de ses intérêts vitaux ».
Ces termes relèvent du discours politique du candidat de Place publique et de son appréciation des positions défendues par ses adversaires.
Ils montrent néanmoins à quel point la guerre en Ukraine, les relations avec la Russie et la sécurité européenne sont appelées à occuper une place importante dans son argumentaire présidentiel.
À la sortie de cette réunion, Raphaël Glucksmann relie ainsi deux crises en apparence distinctes. D’un côté, la flambée du prix des carburants et la pression qu’elle exerce sur les ménages français. De l’autre, l’accumulation des tensions sécuritaires aux frontières de l’Europe et des opérations hybrides attribuées à Moscou.
Sa réponse se décline elle aussi sur ces deux terrains : renforcer immédiatement les aides face à la crise énergétique tout en accélérant la sortie des énergies fossiles, et maintenir le soutien à l’Ukraine dans le cadre d’une réponse européenne coordonnée face à la Russie.
Sources :
Déclaration de Raphaël Glucksmann à la sortie de la réunion à l’Élysée, vendredi 18 septembre 2026, transcription fournie.
Public Sénat, 18 septembre 2026, « Bardella, Philippe, Faure, Tondelier… Face à la crise internationale, Emmanuel Macron réunit les candidats à la présidentielle et les chefs de partis à l’Élysée ».
LCP – Assemblée nationale, 18 septembre 2026, « C’est quoi le format “Saint-Denis”, dans lequel Macron reçoit les principaux dirigeants politiques ? ».
Associated Press, 18 septembre 2026, informations sur les avertissements de Donald Tusk concernant de potentielles attaques hybrides russes visant des pays de l’OTAN.
Le Monde, 4 septembre 2026, « Après la tentative d’attentat à Leipzig, en Allemagne, l’Europe cherche une riposte adéquate contre la Russie ».