Retraite par capitalisation : David Lisnard veut la rendre obligatoire

David Lisnard fait de la retraite par capitalisation obligatoire l’un des piliers de sa campagne présidentielle. Le maire de Cannes, candidat de Nouvelle Énergie, propose de transférer environ 40 % des cotisations vers des comptes d’épargne individuels, gérés notamment par des fonds privés, avec un fonds souverain par défaut. Il l’a redit vendredi à Saint-Raphaël, lors des Rencontres de l’Avenir.

Le discours est rodé. Vendredi 6 novembre, à Saint-Raphaël, dans le Var, David Lisnard a de nouveau défendu une refonte complète du système de retraite s’il est élu en 2027. Selon Capital, son projet prévoit qu’une part d’environ 40 % des cotisations soit dirigée vers des comptes d’épargne individuels, dans le cadre d’une capitalisation rendue obligatoire. Le système français repose aujourd’hui sur la répartition, où les cotisations des actifs financent directement les pensions des retraités.

La capitalisation n’est pas absente du paysage, mais elle reste facultative. Depuis la loi Pacte de 2019, le plan d’épargne retraite (PER) permet à chacun de se constituer une épargne individuelle en vue de la retraite, avec un avantage fiscal à l’entrée. Le projet de David Lisnard change de nature : il rendrait ce pilier obligatoire et le financerait en partie par les cotisations existantes.

Pour le candidat, l’enjeu dépasse la seule question du niveau des pensions. La capitalisation permettrait aux jeunes d’obtenir une retraite correcte et, sur le plan philosophique, de devenir « propriétaires de leur vie ».

L’intelligence artificielle comme argument

C’est au cours d’un débat sur l’intelligence artificielle que David Lisnard a déroulé son raisonnement. L’Europe, a-t-il rappelé, a annoncé un plan d’investissement de 200 milliards d’euros dans l’IA sur cinq ans. Dans le même temps, les quatre plus grands acteurs américains du cloud, les hyperscalers, investissent selon lui 725 milliards en une seule année. La conclusion du candidat : il faut capitaliser massivement, créer un véritable marché européen des capitaux et ouvrir à chacun l’accès à une épargne rentable.

Le Livret A dans le viseur

Le maire de Cannes a profité de la tribune pour critiquer le relèvement du plafond du Livret A, annoncé dans la semaine par Sébastien Lecornu, une mesure qu’il juge hors sujet. Sa préférence va à une gestion des retraites par le capital-investissement, le private equity, afin d’orienter cette épargne vers la tech.

Le candidat a toutefois reconnu la nécessité d’un garde-fou : un fonds souverain, proposé par défaut à ceux qui ne voudraient pas confier leur épargne à des sociétés privées.

Les retraités aisés mis à contribution

Fin octobre, David Lisnard avait détaillé le financement de son modèle. Il propose un gel temporaire de l’indexation des pensions supérieures à 2 200 euros par mois, en écartant l’idée d’un gel généralisé. Il plaide également pour la suppression de l’abattement fiscal de 10 % pour frais professionnels dont bénéficient les retraités, estimant qu’une personne qui ne travaille plus n’engage plus ce type de frais et que la fin de cette niche rendrait le système plus équitable.

Le projet s’inscrit dans un débat ancien. Ses partisans mettent en avant le rendement de long terme des marchés financiers. Ses détracteurs soulignent l’exposition des futures pensions aux aléas boursiers et le coût de la transition, puisque les actifs devraient à la fois financer les pensions actuelles et alimenter leur propre épargne.

David Lisnard propose aux Français de devenir actionnaires de leur retraite. Reste à savoir combien d’électeurs accepteront de miser leurs vieux jours sur la tech, au moment où ils comptent encore leurs trimestres.


Source : Capital – https://www.capital.fr/votre-retraite/une-retraite-par-capitalisation-obligatoire-et-geree-par-des-fonds-prives-david-lisnard-en-fait-une-priorite-1531676