Un jeune renard traîne depuis plus de dix jours dans le quartier des Trois Renards, à Tassin-la-Demi-Lune, où il a déjà mordu plusieurs personnes qui tentaient de l’approcher. Les services de l’État penchent pour son abattage afin de procéder à une recherche de rage, quand le centre de soins L’Hirondelle réclame une capture suivie d’une quarantaine. Le renard de Tassin-la-Demi-Lune est devenu, en une dizaine de jours, un cas d’école du traitement de la faune sauvage en ville.
Le 4 août, LyonMag signale qu’une personne a été mordue du côté du secteur de Valvert, entre l’avenue du 11-Novembre et la route de Paris, à hauteur du McDonald’s. Elle avait tenté de s’approcher de l’animal. Elle s’en est tirée « très légèrement blessée », selon le même média. La commune a appelé à la vigilance, rappelant aux habitants qu’ils ont affaire à un animal sauvage, qu’il faut garder ses distances et qu’une morsure expose à un risque infectieux.
Gendarmerie, police municipale et services de l’État ont lancé des recherches, les riverains étant invités à signaler leurs observations. Le quartier s’appelle les Trois Renards. Il en compte désormais un de trop.
L’animal est jeune et ne fuit pas. Des habitants ont essayé de jouer avec lui, d’autres de l’attraper, rapporte le centre de soins L’Hirondelle. Plusieurs morsures ont été signalées depuis. Aucun bilan chiffré des personnes mordues n’a été rendu public par les autorités.
Un courrier du 9 août, deux administrations, deux réponses
Le 9 août, Pascal Tavernier, directeur du centre de soins pour animaux sauvages L’Hirondelle, installé à Saint-Forgeux dans le Rhône, écrit à la direction départementale des territoires (DDT), avec copie à la direction départementale de la protection des populations (DDPP) et à la mairie de Tassin-la-Demi-Lune. Il y explique qu’il reste difficile d’interpréter le comportement du renardeau.
Son absence de crainte pourrait tenir à son jeune âge, à la faim, à un abandon ou à une habituation à l’homme. Rien, à ce stade, ne permet selon lui de conclure à un comportement pathologique.
L’association affirme que les deux administrations n’ont pas répondu la même chose : la DDPP aurait jugé une quarantaine envisageable dans les installations de Saint-Forgeux, la DDT non. Les deux directions sont placées sous l’autorité du préfet du Rhône. « Si vous considérez que l’abattage est la seule solution possible, sur quels éléments scientifiques précis repose cette décision ? », interroge Pascal Tavernier dans son courrier.
La rage, un argument qui tranche
La solution désormais privilégiée par les services de l’État serait de tuer l’animal pour permettre une recherche de rage, selon la version de L’Hirondelle relayée par LyonMag le 16 août, puis par France 3 Auvergne-Rhône-Alpes et actu Lyon le 17 août. Le centre conteste cette perspective et juge l’hypothèse de la rage « extrêmement peu probable » au vu des éléments dont il dispose et du temps écoulé, tout en précisant qu’il ne s’agit pas d’une conclusion sanitaire officielle.
Les chiffres du ministère de l’Agriculture donnent l’échelle du risque. Le dernier cas de rage détecté sur un renard en France remonte à décembre 1998, et le pays a été déclaré officiellement indemne de rage par l’Organisation mondiale de la santé animale en novembre 2001, au terme de campagnes de vaccination orale des renards. Vingt-sept ans sans un seul renard enragé recensé, donc.
Cela ne dispense d’aucun suivi médical après une morsure, et l’évaluation du risque relève des autorités sanitaires, pas d’une association. Ni la préfecture du Rhône ni la mairie de Tassin-la-Demi-Lune n’ont détaillé publiquement les critères retenus.
Capture, quarantaine, relâcher : le plan B du centre de Saint-Forgeux
L’Hirondelle affirme disposer des autorisations et des installations nécessaires pour capturer le renardeau, l’isoler, puis l’évaluer avant toute décision définitive. Trois issues sont posées sur la table : une mise en quarantaine, un relâcher loin des habitations, ou un placement en captivité si l’animal se révélait trop habitué à l’homme. L’euthanasie n’est pas écartée, mais « en dernier recours ».
« Aujourd’hui, nous demandons simplement que ce renardeau ne soit pas abattu, et qu’il puisse être placé en quarantaine à L’Hirondelle », plaide l’association.
Le centre regrette de ne pas avoir été autorisé à intervenir plus tôt. Une capture rapide aurait, selon lui, soustrait le jeune renard au contact du public depuis plusieurs jours. Il demande désormais un échange direct avec le représentant de l’État et la DDT pour trouver une solution qui concilie sécurité sanitaire et préservation de l’animal. Une pétition a même été lancée sur change.org afin de d’“Autoriser l’association l’Hirondelle à protéger le renard de Tassin la Demi-Lune”.
Aucun arrêté préfectoral n’a été rendu public à ce stade, et aucune date d’intervention n’a été annoncée. Pendant que les courriers circulent entre la DDT, la DDPP et la mairie, le renardeau, lui, n’a pas quitté les Trois Renards.