Suppression du plafond de frais, vente en ligne sans conseil obligatoire, investissements plus flexibles, cotisations des employeurs : la réforme du produit paneuropéen d’épargne-retraite individuelle reprend plusieurs demandes formulées en amont par les représentants des assureurs et des gestionnaires d’actifs. Les documents publics permettent de retracer une partie de cette chaîne d’influence, sans pour autant démontrer que les industriels auraient dicté seuls le texte européen.
Le 24 juin 2026, le Conseil de l’Union européenne a arrêté sa position de négociation sur la réforme du Pan-European Personal Pension Product, plus connu sous son acronyme PEPP.
Créé par l’Union européenne en 2019, ce produit d’épargne-retraite individuel et volontaire devait permettre à un citoyen européen de se constituer une retraite privée complémentaire utilisable dans plusieurs États membres.
Mais le succès commercial n’a jamais vraiment été au rendez-vous.
Pour tenter de relancer le dispositif, la Commission européenne a présenté, le 20 novembre 2025, une profonde révision de son fonctionnement dans le cadre de sa nouvelle Savings and Investments Union, ou Union de l’épargne et des investissements.
L’objectif affiché est double : améliorer les revenus futurs des retraités européens, mais également orienter davantage l’épargne des ménages vers les marchés de capitaux et le financement de l’économie européenne.
La Commission l’assume explicitement : le développement des retraites complémentaires doit permettre de « libérer de nouvelles sources de financement pour l’économie de l’UE » et d’accroître les investissements, notamment en actions.
Derrière cette réforme se trouve toutefois un intense travail de consultation auquel ont directement participé les représentants de l’assurance, des gestionnaires d’actifs et plusieurs grands groupes financiers.
Et certaines de leurs principales revendications se retrouvent désormais presque à l’identique dans la réforme.
EFAMA demandait dès avril 2025 la suppression du plafond de frais
Un document est particulièrement révélateur. Le 8 avril 2025, soit plus de sept mois avant la proposition officielle de la Commission, l’European Fund and Asset Management Association (EFAMA) publie ses recommandations pour faire du PEPP un « succes ».
EFAMA représente l’industrie européenne de la gestion d’actifs. Parmi ses membres figurent notamment BlackRock, Amundi, Vanguard, J.P. Morgan Asset Management, UBS Asset Management, Allianz Global Investors, Fidelity International, State StreetGlobal Advisors etBNP Paribas Asset Management, tous membres du WEF.
L’organisation plaide pour un assouplissement en profondeur du cadre réglementaire du PEPP. Elle demande notamment que les compartiments nationaux deviennent facultatifs, que le PEPP de base puisse être commercialisé sans conseil financier obligatoire et que sa distribution soit davantage numérisée. Elle souhaite également élargir la liberté accordée aux gestionnaires en matière de stratégies d’investissement. Mais l’une de ses principales revendications concerne les frais : l’organisation demande la suppression du plafond réglementaire qui limite actuellement les coûts du PEPP de base à 1 % par an du capital accumulé, une contrainte qu’elle considère comme un frein au développement et à la rentabilité du produit.
Selon EFAMA, ce plafond décourage les fournisseurs potentiels et rend difficile la création d’une offre commerciale rentable. Cette critique ne date d’ailleurs pas de 2025. EFAMA contestait déjà plusieurs années auparavant le coût réglementaire du PEPP et estimait que les contraintes concernant le conseil et les frais menaçaient la viabilité économique du produit.
Quelques mois plus tard, la Commission proposera précisément de supprimer cette limite de 1 %. Et le Conseil de l’Union européenne conservera cette suppression dans sa position du 24 juin 2026. Sa justification est particulièrement significative.
Selon le Conseil, le plafond de 1 % « limite actuellement la viabilité commerciale » des fournisseurs.
La formulation reprend donc exactement le problème que les professionnels du secteur avaient mis en avant : permettre aux fournisseurs de construire un modèle économique suffisamment rentable pour commercialiser le produit.
Insurance Europe réclamait la même chose
Les assureurs européens ont eux aussi activement participé au débat. Insurance Europe, la fédération européenne des assureurs et réassureurs, dont le président est Frédéric de Courtois ancien directeur général adjoint d’AXA, groupe membre du WEF et administrateur de Munich Re, membre du WEF tout en étatnt senior adviser pour McKinsey, sponsor stratégqiue de Davos a répondu à la consultation organisée par la Commission durant l’été 2025.
Dans sa réponse officielle du 10 septembre 2025, la fédération juge le plafond de 1 % « très restrictive ».
Elle explique que les nombreuses obligations réglementaires imposées aux fournisseurs augmentent les coûts de production et rendent difficile la construction de modèles commerciaux viables.
Insurance Europe demande donc de remplacer cette limite rigide par un système plus flexible. Deux mois plus tard, lorsque la Commission présente finalement son projet de réforme, Insurance Europe accueille très favorablement plusieurs changements.
La fédération souligne elle-même que la suppression du plafond de frais et des compartiments nationaux obligatoires constitue une amélioration significative.
Elle réclame plus largement une plus grande flexibilité pour les fournisseurs et la possibilité de développer différents types de produits selon les besoins des épargnants.
Il ne s’agit donc pas seulement d’une ressemblance reconstruite a posteriori. Le représentant de l’industrie européenne de l’assurance reconnaît publiquement que plusieurs des changements qu’il souhaitait figurent dans la proposition de la Commission.
BlackRock directement associé aux discussions sur l’avenir du PEPP
La préparation de la réforme ne s’est pas limitée à une consultation écrite. Le 16 juin 2025, la Commission européenne organise à Bruxelles un « Forum des parties prenantes et état des lieux de l’épargne retraite ».
La réunion doit préparer les futures réformes européennes sur les retraites complémentaires. Le premier panel porte directement sur la question : « Quel avenir pour le PEPP ? ».
Parmi les quatre intervenants figurent : Bernard Delbecque, représentant d’EFAMA et ancien du FMI, membre du WEF ; Martin Parkes, co-responsable des affaires publiques européennes de BlackRock, fonds de pension membre du WEF ; Juraj Hrbatý, dirigeant de Finax ; et une représentante de l’autorité européenne EIOPA.
Les questions proposées aux intervenants concernent précisément le futur design du PEPP, sa distribution et la manière de transformer ce produit en investisseur plus actif dans « l’économie réelle ».
Le même jour, un deuxième panel est consacré au rôle des assureurs dans le développement des retraites privées.
Parmi les intervenants figure Thea Utoft Høj Jensen, directrice générale d’Insurance Europe, accompagnée notamment d’une dirigeante de GeneraliGlobal Pension.
Un troisième panel réunit ensuite notamment PensionsEurope et l’Association française de la gestion financière.
La Commission avait donc autour de la table, pendant la préparation de la réforme, les principales organisations représentant les gestionnaires d’actifs, les assureurs et les fonds de pension européens, ainsi que BlackRock.
Cette participation est publique et institutionnelle. Elle constitue une activité classique de représentation d’intérêts auprès de la Commission ; elle ne démontre pas, en elle-même, que ces acteurs auraient rédigé ou contrôlé la proposition législative.
Une consultation destinée explicitement aux fournisseurs
Trois jours auparavant, le 13 juin 2025, la Commission avait officiellement ouvert sa consultation.
Elle invitait notamment : les fournisseurs de pensions ; les assureurs ; les représentants des consommateurs ; les partenaires sociaux ; la société civile et les autorités nationales.
La Commission cherchait explicitement des propositions permettant de simplifier le PEPP, de développer sa distribution numérique et d’étudier son utilisation dans le cadre professionnel.
Elle indiquait également que les résultats de cette consultation alimenteraient directement le paquet législatif prévu pour la fin de l’année 2025.
La chronologie de la réforme apparaît donc clairement. En avril 2025, l’EFAMA publie ses premières propositions. Deux mois plus tard, en juin, la Commission européenne, BlackRock, EFAMA, Insurance Europe, PensionsEurope et plusieurs autres acteurs du secteur débattent des évolutions possibles du dispositif. Durant l’été 2025, la Commission ouvre ensuite une consultation officielle, à laquelle les principales organisations professionnelles répondent en septembre. Le 20 novembre 2025, l’exécutif européen présente finalement sa proposition de réforme. Puis, le 24 juin 2026, les gouvernements des États membres, réunis au sein du Conseil de l’Union européenne, arrêtent à leur tour leur position de négociation.
Le Conseil va même plus loin sur certains points
Le compromis adopté par le Conseil en juin 2026 conserve plusieurs changements essentiels proposés par la Commission.
Le conseil financier obligatoire disparaît pour le PEPP de base. Le produit pourra ainsi être commercialisé selon un modèle « execution-only », notamment entièrement en ligne.
Le plafond de 1 % sur les frais est supprimé. Les règles d’investissement deviennent plus souples.
Jusqu’à 5 % du portefeuille du PEPP de base pourra être dirigé vers des actifs autres que les actifs simples et non complexes prévus par le régime général.
Le Conseil conserve également la possibilité de faciliter les cotisations des employeurs dans un PEPP. Mais dans le même temps, il supprime plusieurs éléments proposés initialement par la Commission : un nouveau cadre européen de « value for money » ; certaines dispositions concernant la fiscalité du PEPP et l’accroissement des pouvoirs de supervision au niveau européen.
Le résultat est donc un produit plus simple à commercialiser et plus flexible pour les fournisseurs, avec parallèlement l’abandon de certaines contraintes supplémentaires envisagées par la Commission.
PensionsEurope soutient la réforme, mais s’oppose au « workplace PEPP »
Tous les représentants du secteur financier ne défendent cependant pas exactement les mêmes intérêts.
PensionsEurope, qui représente les fonds de pension professionnels, soutient la nécessité de corriger les défauts ayant empêché le développement du PEPP.
Mais l’organisation s’est montrée critique à l’égard de l’idée d’un « workplace PEPP », c’est-à-dire d’un PEPP pouvant davantage être utilisé dans le cadre de l’entreprise.
Dans une position publiée le 10 avril 2026, PensionsEurope estime que cette évolution risque de brouiller la frontière entre le deuxième pilier (les retraites professionnelles) et le troisième pilier (l’épargne-retraite individuelle) et pourrait créer une incertitude juridique pour les régimes existants.
Cette divergence est importante. Elle montre qu’il n’existe pas un « lobby financier » parfaitement homogène. Assureurs, gestionnaires d’actifs et fonds de pension peuvent être alliés sur certains objectifs tout en étant concurrents sur la manière dont cette nouvelle épargne sera collectée et gérée.
Derrière le PEPP, un projet beaucoup plus large
La réforme ne peut cependant pas être comprise uniquement comme le résultat des demandes des assureurs ou des gestionnaires d’actifs.
Elle correspond également à une stratégie politique beaucoup plus vaste de la Commission européenne. La Savings and Investments Union repose notamment sur l’idée que les Européens détiennent une importante quantité d’épargne qui pourrait davantage financer les entreprises et les marchés de capitaux de l’Union.
Dans cette logique, les retraites complémentaires représentent une masse considérable de capitaux investissables sur plusieurs décennies.
La Commission explique ainsi qu’un secteur plus développé de retraites complémentaires peut à la fois améliorer la sécurité financière des retraités et contribuer à financer la croissance et l’innovation européennes.
Le ministre chypriote des Finances Makis Keravnos, dont le pays dirigé par le premier ministre, Kyriakos Mitsotakis, proche du WEF assurait la présidence du Conseil lors de l’adoption de la position de juin 2026, a lui aussi explicitement associé le PEPP à cet objectif : développer les possibilités d’investissement pour la retraite tout en dirigeant davantage de capitaux vers « l’économie productive ».
La réforme possède donc deux dimensions étroitement imbriquées. La première est sociale : encourager les Européens à se constituer une retraite complémentaire. La seconde est financière : transformer une plus grande partie de leur épargne en capitaux de long terme investis dans l’économie et les marchés européens.
Peut-on dire que BlackRock ou les assureurs sont « derrière » la réforme ?
Les documents disponibles ne permettent pas d’affirmer que BlackRock, Insurance Europe ou EFAMA auraient conçu seuls le nouveau PEPP.
Le moteur institutionnel de la réforme demeure la Commission européenne, notamment sa direction générale chargée des services financiers, avec l’expertise d’EIOPA, avant le passage du texte devant le Conseil et le Parlement.
Mais les documents permettent d’établir quelque chose de plus précis et de plus solide. Les représentants de l’industrie financière ont été directement associés au processus préparatoire. Ils ont transmis des propositions écrites. Ils ont participé aux réunions organisées par la Commission. Et plusieurs de leurs revendications les plus clairement identifiables se retrouvent ensuite dans le texte : suppression du plafond de frais de 1 % ; suppression du conseil obligatoire pour le PEPP de base ; simplification de la distribution ; allègement de certaines contraintes administratives ; et davantage de flexibilité pour les fournisseurs.
Dans le cas du plafond de frais, la continuité est particulièrement frappante. Avant la réforme, l’industrie explique que le plafond menace la viabilité commerciale du PEPP. Après la réforme, le Conseil justifie sa suppression en affirmant précisément qu’il limite la viabilité commerciale des fournisseurs.
Ce constat ne démontre pas une capture de la décision publique. Il montre en revanche que, dans la fabrique européenne de cette réforme, les intérêts économiques des futurs fournisseurs du PEPP ont disposé d’un accès direct au processus de consultation et que plusieurs de leurs demandes centrales ont été retenues.
Ce que révèlent le registre de transparence et les agendas de la Commission
L’examen des rencontres publiées par la Commission européenne complète cette chronologie en montrant que les grands acteurs financiers n’ont pas seulement répondu à des consultations écrites : ils ont bénéficié de multiples espaces de dialogue direct avec la DG FISMA et le cabinet de la commissaire aux Services financiers, Maria Luís Albuquerque, pendant la période de préparation de la réforme. Celle-ci figure dans la liste des participants à la réunion du groupe Bilderberg 2025, qui s’est déroulée à Stockholm, du 12 au 15 juin 2025. Cela a même fait l’objet d’une question parlementaire. Il faut cependant distinguer les réunions portant explicitement sur le PEPP de celles consacrées plus largement à l’Union de l’épargne et des investissements (SIU). Le cas le plus directement lié au dossier est celui du Stakeholder Forum on Retirement Savings organisé par la DG FISMA le 16 juin 2025.
Le cercle de consultation était cependant beaucoup plus large. Quatre jours auparavant, le 12 juin 2025, une conférence officielle Commission-BCE consacrée à l’avancement de la Savings and Investments Union était ouverte par Maria Luís Albuquerque. Nicolas Calcoen, directeur général adjoint d’Amundi, membre du WEF participait au panel consacré à la mobilisation de l’épargne des particuliers vers les marchés de capitaux ; Jean-Baptiste Tricot, directeur des investissements d’AXA, membre du WEF et dont l’ancien PDG, Henri de Castrie préside le groupe Bilderberg, intervenait ensuite sur le financement de l’innovation et de la croissance. La séance était directement encadrée par le cabinet Albuquerque et la DG FISMA. Quelques jours plus tard, BlackRock et EFAMA se retrouvaient donc dans le panel spécifiquement consacré au PEPP. Cette succession de réunions illustre la place occupée par les gestionnaires d’actifs et assureurs dans la construction de la politique européenne visant à transformer davantage d’épargne des ménages en capitaux investis.
Les déclarations publiques de rencontres montrent également que ce dialogue ne s’est pas limité à ces conférences. Les données de transparence de la Commission recensent par exemple, le 20 février 2025, une réunion de responsables de la DG FISMA avec BlackRock et plusieurs représentants de l’industrie de la gestion d’actifs, dont l’objet déclaré était une discussion sur la Capital Markets Union avec le secteur de l’asset management. Le 2 juillet 2025, des membres du cabinet de Maria Luís Albuquerque ont de nouveau rencontré plusieurs représentants de l’industrie de la gestion d’actifs pour un « échange d’informations », puis le 14 juillet pour discuter notamment de la SIU et de la finance durable. Ces rendez-vous ne peuvent pas être présentés comme des réunions PEPP lorsqu’ils ne sont pas enregistrés comme tels. Ils démontrent néanmoins un accès régulier de l’industrie de la gestion d’actifs aux responsables chargés de rédiger la politique financière européenne pendant les mois mêmes où le nouveau cadre d’épargne et de retraite était élaboré.
Le secteur de l’assurance disposait du même type de canaux. Insurance Europe a participé aux échanges institutionnels avec la DG FISMA et apparaît aux côtés d’autres grandes fédérations financières dans les réunions déclarées avec l’administration européenne. Plus significatif encore, lorsque la Commission poursuit ses travaux sur les retraites à l’automne 2025, le responsable de l’unité « Savings and Investments Union » de la DG FISMA participe le 24 novembre 2025 à la European Retirement Week organisée dans les locaux mêmes d’Insurance Europe à Bruxelles, pour discuter avec les représentants du secteur de l’avenir des retraites complémentaires européennes. Insurance Europe entretenait parallèlement des contacts institutionnels sur de nombreux dossiers financiers avec la Commission ; sa participation au processus PEPP est, elle, directement démontrée par sa contribution écrite à la consultation et par les événements spécifiquement consacrés aux retraites.
Les groupes eux-mêmes peuvent également accéder directement au sommet politique. Allianz, groupe d’assurance membre du WEF par exemple, apparaît dans les déclarations de rencontres avec le cabinet Albuquerque au cours de 2025 : une rencontre avec un membre du cabinet le 14 mai, puis une réunion avec Maria Luís Albuquerque le 11 septembre 2025 dans le cadre d’échanges avec des institutions financières européennes au Japon. Allianz rencontre également, le 14 octobre, un responsable de la DG FISMA avec Generali et Munich Re, autres entités liées au WEF au sujet de Solvabilité II. Là encore, ces rendez-vous ne sont pas enregistrés comme portant spécifiquement sur le PEPP et il serait abusif de les présenter comme tels. Ils documentent en revanche la densité des relations institutionnelles entre les grands assureurs et l’administration européenne chargée des services financiers.
Amundi bénéficie également d’un accès particulièrement visible au débat sur la Savings and Investments Union. Le 12 juin 2025, son directeur général adjoint Nicolas Calcoen siège devant le cabinet Albuquerque et la DG FISMA au panel intitulé « From savings to investments: Unlocking retail participation in capital markets ». Le rapprochement avec le dossier des retraites n’est pas artificiel : EFAMA, dont les membres sont précisément les gestionnaires d’actifs européens, indique dans son rapport annuel que son Pensions Standing Committee a travaillé sur des propositions destinées à « influencer » les travaux de la nouvelle Commission dans le domaine des retraites. Il ne s’agit pas d’une accusation : dans le vocabulaire de la représentation d’intérêts européenne, influencer les politiques publiques constitue précisément l’une des fonctions revendiquées par ces organisations professionnelles.
Le cas de BNP Paribas Asset Management s’inscrit dans le même écosystème, même si les éléments publics retrouvés ne permettent pas, à ce stade, de lui attribuer une intervention spécifique sur les dispositions centrales du PEPP de 2025. Ses représentants apparaissent régulièrement dans les débats de l’industrie de la gestion d’actifs et les forums consacrés aux investissements de long terme. On retrouve par exemple un responsable de BNP Paribas Asset Management dans les échanges organisés par EFAMA autour des fonds d’investissement européens de long terme. Cette proximité institutionnelle ne doit donc pas être transformée en preuve d’intervention sur le PEPP.
Pris ensemble, ces éléments permettent néanmoins de préciser la notion de « lobbying ». Il n’existe pas un rendez-vous secret au cours duquel BlackRock, AXA ou Allianz auraient imposé le nouveau PEPP à Bruxelles. Ce que révèle la documentation publique est plus banal mais aussi plus facilement démontrable : une architecture permanente de consultations, conférences, contributions réglementaires et rencontres avec les cabinets politiques et la DG FISMA. Certains rendez-vous sont directement consacrés au PEPP (celui du 16 juin avec BlackRock et EFAMA est le plus probant) tandis que d’autres concernent l’environnement politique dont le PEPP constitue une composante, la Savings and Investments Union.
La chronologie devient alors significative. EFAMA demande au printemps 2025 la suppression du plafond de frais et l’allègement du conseil obligatoire ; le 16 juin, elle expose de nouveau ces revendications devant la DG FISMA aux côtés de BlackRock ; durant l’été, la Commission consulte officiellement le secteur ; en novembre, elle propose de supprimer le plafond ; et en juin 2026 le Conseil justifie finalement cette suppression par la nécessité d’améliorer la “viabilité commerciale” des fournisseurs. À elle seule, cette succession ne permet pas de prouver que la décision a été dictée par EFAMA ou BlackRock. Elle permet en revanche d’établir que les futurs bénéficiaires commerciaux de la réforme ont eu accès aux décideurs pendant son élaboration, ont formulé des demandes précises et ont vu plusieurs de ces demandes apparaître dans le texte final. Ce processus n’est pas sans rappeler le concept de capitalisme des parties prenantes développé par Klaus Schwab, fondateur du Forum économique mondial.