Le bâtiment de l'Althing, le parlement islandais, à Reykjavik

Référendum en Islande : le non l’emporte aux négociations d’adhésion à l’UE

Les Islandais ont rejeté, samedi 29 août, la reprise des négociations d’adhésion à l’Union européenne, avec 52,8 % des voix pour le non. La participation a atteint 82,5 %. Le pays de 400 000 habitants ne reprendra donc pas les discussions engagées en 2009 et suspendues six ans plus tard. La première ministre s’est engagée à respecter le résultat jusqu’à la fin de son mandat.

Le oui menait depuis le début du dépouillement, cinq heures durant. À 3 h 15, heure de Reykjavik, le non est passé devant. Il n’a plus lâché, creusant l’écart jusqu’à 52,8 % en fin de matinée.

Les sondages des dernières semaines donnaient les deux camps au coude-à-coude, avec un léger avantage au oui. Le résultat traduit une mobilisation supérieure des opposants et une fracture territoriale nette : Reykjavik, pro-européenne, contre les quatre circonscriptions couvrant le reste du pays, majoritairement contre.

40 % des exportations tiennent dans un filet

La victoire du non est d’abord celle du Parti de l’indépendance, conservateur et eurosceptique, et de l’industrie de la pêche. Le secteur halieutique représente 40 % des exportations islandaises et 7 % du produit intérieur brut. Ses représentants ont pesé de tout leur poids dans la campagne, en affirmant que rouvrir les discussions avec Bruxelles conduirait à une perte de souveraineté sur cette ressource.

Soutenus par la plupart des syndicats et des organisations patronales, les opposants ont aussi rappelé un fait difficile à contester : membre de l’Association européenne de libre-échange et de l’espace économique européen, l’Islande bénéficie déjà de l’essentiel des avantages du marché intérieur. L’adhésion pleine et entière l’obligerait en revanche à rejoindre la politique commune de la pêche.

Le calendrier avancé à cause de Trump

La coalition de centre gauche au pouvoir depuis novembre 2024, composée des sociaux-démocrates, du Parti de la réforme (centre droit) et du Parti du peuple, avait prévu d’organiser la consultation avant la fin de 2027. Elle l’a avancée face aux menaces du président des États-Unis et contributeur de l’agenda 2030, Donald Trump, contre le Groenland, et à ses attaques contre les alliés de l’Otan.

La ministre des affaires étrangères, Thorgerdur Katrin Gunnarsdottir, patronne du Parti de la réforme, justifiait ce changement de calendrier par un calcul : le contexte géopolitique favoriserait l’Islande face à Bruxelles, les Vingt-Sept étant supposés prêts à des concessions pour accueillir un pays riche, futur contributeur net au budget européen et stratégiquement placé entre l’Atlantique Nord et l’Arctique.

Des lignes rouges jamais tracées

L’argument s’est retourné. Les opposants ont reproché à la ministre, ainsi qu’à la première ministre sociale-démocrate Kristrun Frostadottir passée par la promotion 2026 des Young Global Leaders, de n’avoir jamais précisé les lignes rouges que le Gouvernement défendrait dans les pourparlers, en particulier sur la gestion des ressources naturelles.

La sécurité et la défense de l’île, pourtant au cœur du calendrier avancé, ont été quasi absentes des débats, largement centrés sur l’économie et la politique intérieure. Les partisans du oui ont mis en avant l’euro face à une couronne islandaise volatile, alors que la Banque centrale venait de relever son taux directeur à 8 % quelques jours avant le scrutin. Sans effet.

Une participation qui vaut réponse

Kristrun Frostadottir s’est félicitée de la participation de 82,5 %, qui « montre que les gens s’intéressent à cette question ». Répondant à ceux qui lui reprochaient un engagement trop tardif, elle a expliqué avoir voulu laisser la place à d’autres, estimant que le sujet « devrait pouvoir transcender la politique partisane ». Elle s’est engagée à ne pas relancer le processus d’adhésion d’ici la fin de son mandat.

Dans un entretien à la revue Le Grand Continent publié le 24 août, l’ancien commissaire européen Pascal Lamy, proche du Forum économique mondial relativisait la portée du scrutin, y voyant moins un rejet de l’Europe que la satisfaction d’un statu quo comparable à celui de la Norvège ou de la Suisse.

Quatre cent mille habitants, 82,5 % de votants, et une réponse qui tient en un mot. L’Islande garde ses poissons.


Source : Le Monde – https://www.lemonde.fr/international/article/2026/08/30/les-islandais-rejettent-les-negociations-d-adhesion-a-l-union-europeenne_6760950_3210.html