Mât équipé de plusieurs caméras de vidéosurveillance, illustration

Reconnaissance faciale : Israël traque les auteurs du 7-Octobre

Mât équipé de plusieurs caméras de vidéosurveillance, illustration
Photo : Pavel Boltov / Unsplash (Unsplash License)

Une unité conjointe de l’armée israélienne et du Shin Bet, baptisée Nili, tient depuis les attaques du 7 octobre 2023 une liste de cibles de plusieurs milliers de noms. Ses agents, interrogés par la télévision israélienne et cités par TF1 Info, décrivent une identification appuyée sur la reconnaissance faciale, l’intelligence artificielle et les images tournées par les assaillants eux-mêmes. Les garde-fous annoncés relèvent d’un contrôle interne, que rien ne permet de vérifier depuis l’extérieur.

« Nous avons un fichier Excel, nous y centralisons simplement tous les noms. Et jour après jour, nous supprimons des lignes. » La phrase est d’une militaire de l’unité Nili, interrogée par la télévision israélienne, dans des propos rapportés le 20 août par TF1 Info. Une ligne supprimée correspond à un homme tué.

Interrogée sur le nombre de lignes déjà effacées, la même militaire répond : « Des dizaines. Je supprime une ligne et je pense déjà à la suivante. » Le fichier n’a rien d’un aide-mémoire : selon TF1 Info, la liste de cibles constituée par l’unité compte plusieurs milliers de noms.

Nili a été créée après les attaques du 7 octobre 2023, conjointement par l’armée israélienne et le Shin Bet, le service de renseignement intérieur. Sa mission, telle que TF1 Info la décrit, est d’identifier, de localiser et d’éliminer tous ceux qui ont participé aux attaques et à la détention des otages. Le périmètre ne se limite donc pas aux commandants.

Les assaillants ont filmé, les algorithmes ont trié

Trois matières alimentent l’identification, selon le média français : les renseignements livrés par des personnes arrêtées, les images de vidéosurveillance et, surtout, les images tournées par les assaillants eux-mêmes, dont beaucoup étaient équipés de caméras ce jour-là. La reconnaissance faciale et l’intelligence artificielle sont mobilisées pour mettre un nom sur ces visages.

Les exemples cités par TF1 Info donnent la mesure du tri opéré. Un commandant de compagnie filmé buvant un soda après avoir tué le père de deux enfants. Le ravisseur d’un otage au festival Nova. Le conducteur de l’engin qui a enfoncé le grillage séparant Gaza d’Israël. L’armée israélienne diffuse publiquement les images de ces éliminations.

Une membre de l’unité décrit sa part du travail : « Je choisis l’armement adapté à la cible, puis j’étudie ses déplacements. Où passe-t-il ? Y a-t-il du monde autour ? Je dois respecter les règles pour le frapper. »

L’appel reçu au volant

Rom Braslavski, ancien otage libéré, a reçu un appel alors qu’il conduisait. Au bout du fil, un responsable israélien lui annonce que son ancien geôlier vient d’être abattu : « Ces dernières semaines, nous avons resserré l’étau sur lui. Nous l’avons traqué intensément, lui avons réglé son compte, notamment grâce aux informations très précises que tu nous avais données. »

La scène, rapportée par TF1 Info, situe la place des anciens otages dans la chaîne d’identification. Leurs souvenirs viennent compléter les vidéos, les interrogatoires et les correspondances établies par les outils automatisés. Le renseignement humain n’a pas disparu, il alimente désormais un fichier.

Deux preuves, et personne pour les relire

L’unité annonce des garde-fous : au moins deux éléments de preuve avant qu’un nom soit inscrit sur la liste, et des précautions destinées à limiter les victimes civiles. Ces règles sont énoncées par les autorités israéliennes elles-mêmes. Le contrôle est interne, et TF1 Info précise qu’il est impossible à vérifier de l’extérieur.

La reconnaissance faciale et l’intelligence artificielle interviennent en amont de cette vérification, au stade de l’identification. TF1 Info ne fait état d’aucune instance extérieure, judiciaire ou internationale, ayant accès aux dossiers constitués par l’unité. La nature des éléments de preuve retenus et les conditions de leur examen restent connues des seuls services israéliens.

La diffusion comme objectif

Pour Jérémie Renous, journaliste-chercheur interrogé par TF1 Info, la finalité de l’opération n’est pas seulement militaire. « Éliminer un membre du Hamas de deuxième ou troisième ordre qui a uniquement amené de la nourriture à un otage n’a pas un intérêt stratégique fondamental. Par contre, publier l’information qu’il a été éliminé, comment il a été éliminé, en faire un spectacle aux yeux de tous, c’est un impact essentiel. »

Le bilan rappelé par TF1 Info encadre l’ensemble. Le 7 octobre 2023, plus de 1 200 personnes ont été tuées par les assaillants et 251 ont été prises en otage. La guerre déclenchée par Israël en réponse a fait plus de 73 000 morts, selon le ministère de la Santé de Gaza.

La reconnaissance faciale a trouvé là un emploi que peu de débats publics avaient anticipé : désigner des cibles létales à partir des images tournées par ces cibles elles-mêmes. Les règles existent, selon l’armée israélienne. Aucun regard extérieur ne permet aujourd’hui de dire comment elles sont appliquées.


Source : TF1 Info – https://www.tf1info.fr/international/nous-lui-avons-regle-son-compte-la-traque-secrete-des-auteurs-du-7-octobre-en-israel-2459341.html