La France va de nouveau produire des munitions de petit calibre sur son territoire, une première depuis trente ans. La Direction générale de l’armement (DGA) a sélectionné un groupement industriel associant le belge FN Herstal aux français Cheddite et Nobelsport pour construire un site de production dans la Drôme. L’usine, opérationnelle dès 2029, doit fabriquer 75 millions de munitions par an dans le cadre d’un contrat de quinze ans.
Trente ans après l’arrêt de la production de munitions sur le sol français, la Direction générale de l’armement (DGA) a tranché. Selon les informations de BFM, relayées par Capital, elle a choisi un groupement industriel constitué autour du belge FN Herstal et des français Cheddite et Nobelsport pour produire des munitions de petit calibre en France. Le ministère des Armées a précisé dans un communiqué qu’il s’agit de « l’offre la mieux classée » dans la « compétition européenne lancée par la DGA en avril 2025 ». Cette sélection marque la fin d’une dépendance de plusieurs décennies vis-à-vis de fournisseurs étrangers pour ce type de munitions.
Un site en Drôme et 75 millions de munitions par an
Le futur site de production sera implanté dans la Drôme d’ici trois ans et créera une vingtaine d’emplois directs, selon les éléments communiqués par le ministère des Armées. L’usine produira des munitions de calibre 5,56 mm, destinées aux fusils d’assaut, ainsi que des munitions de 7,62 mm, utilisées par l’armée française sur certaines mitrailleuses et fusils de précision. Au total, la capacité de production annuelle est fixée à 75 millions de munitions. Dès 2029, les activités de chargement en poudre, d’assemblage (amorce, étui, projectile) et de conditionnement, sur lame chargeur et sur bandes, seront réalisées sur place, avant un élargissement de la production à certains sous-composants, en particulier les poudres et les amorces, précise le ministère.
Trente ans de dépendance à l’étranger remis en question
La relocalisation de la production de munitions sur le territoire français avait été évoquée à plusieurs reprises ces dernières années, sans aboutir. Le coût du projet et sa viabilité économique avaient jusqu’ici été jugés incertains face à des filières étrangères déjà établies. Mais la pandémie de Covid-19, puis la guerre en Ukraine et, plus récemment, le conflit au Moyen-Orient, ont rebattu les cartes, selon les éléments rapportés par Capital. Ces crises successives ont mis en évidence la fragilité des chaînes d’approvisionnement en munitions pour les armées européennes, poussant Paris à sécuriser une production nationale.
Un contrat de quinze ans avec transfert de technologie
Selon la presse belge, FN Herstal, qui appartient au groupe FN Browning, a signé un contrat d’une durée de quinze ans. Le groupe belge prendra en charge l’ensemble des investissements liés aux infrastructures, au personnel et à la formation, ainsi que le transfert de technologie vers ses partenaires français Cheddite et Nobelsport. Pour le ministère des Armées, l’enjeu dépasse la seule fabrication de munitions : « Ce projet s’inscrit dans une logique visant à couvrir de façon pérenne à la fois le besoin d’entraînement et la capacité à soutenir un conflit de haute intensité. » Sur le volet de la sous-traitance, la France entend par ailleurs « qualifier des sources d’approvisionnement européennes », afin de limiter le recours à des fournisseurs extra-européens sur l’ensemble de la chaîne de production.
Une décision qui s’inscrit dans la dynamique de réarmement européen
Ce choix industriel intervient alors que plusieurs pays européens ont renforcé, ces dernières années, leurs investissements dans leur base industrielle et technologique de défense, dans un contexte marqué par la guerre en Ukraine et les tensions au Moyen-Orient. La dépendance aux stocks de munitions, mise en lumière par ces conflits, a conduit plusieurs États membres de l’Union européenne à revoir leurs capacités de production nationale. Le projet porté par la DGA, FN Herstal, Cheddite et Nobelsport s’inscrit dans cette logique de souveraineté industrielle appliquée au secteur de la défense.
D’ici 2029, la Drôme deviendra ainsi le théâtre d’un pan entier de la politique française de réarmement, avec un site capable de produire 75 millions de munitions chaque année. Reste à voir si ce projet, porté par un contrat de quinze ans, suffira à couvrir les besoins d’une armée confrontée à des scénarios de conflit de haute intensité de plus en plus évoqués par l’exécutif. La question de la souveraineté sur les composants les plus sensibles, poudres et amorces en tête, restera un point de vigilance pour les années à venir.
Source : Capital – https://www.capital.fr/entreprises-marches/rearmement-apres-30-ans-d-arret-la-france-va-de-nouveau-produire-des-munitions-sur-son-sol-1528531