Le système Rampart de Naval Group a effectué ses premiers tirs en mer lors de l’exercice Wildfire de la Marine nationale, organisé au large de Toulon du 28 septembre au 2 octobre. Installé à bord du porte-hélicoptères amphibie Tonnerre, ce lanceur polyvalent doit notamment permettre de neutraliser des drones à l’aide de roquettes, une réponse pensée pour faire face à la multiplication des menaces aériennes à bas coût.
Le Rampart vient de franchir une étape importante dans son développement. Ce système d’armes conçu par Naval Group pour renforcer la défense rapprochée des bâtiments militaires a réalisé ses premiers tirs depuis un navire, après une précédente campagne menée à terre au camp de Canjuers, dans le Var.
Ces essais se sont déroulés à l’occasion de Wildfire, exercice consacré à la lutte anti-drones organisé par la force d’action navale. La sixième édition, menée du 28 septembre au 2 octobre au large de Toulon, a mobilisé six bâtiments de la Marine nationale, parmi lesquels deux frégates de défense aérienne de classe Horizon.
Autre particularité de cette édition : un porte-hélicoptères amphibie participait pour la première fois aux manœuvres. Il s’agissait du Tonnerre, l’un des trois bâtiments français de classe Mistral. C’est à son bord que le Rampart avait été installé, comme l’avaient montré des photographies prises lors de son appareillage de Toulon le 21 septembre.
Pendant l’exercice, des équipes de la Direction générale de l’armement ont déployé depuis l’île du Levant différents drones destinés à simuler des menaces contre les bâtiments engagés.
Des roquettes de 68 mm contre les drones
Selon Naval News, le Rampart a notamment tiré des roquettes non guidées de 68 mm fabriquées par Thales contre une cible flottante. Une roquette guidée du même calibre, également fournie par Thales, a ensuite été employée contre un drone cible en vol.
Un missile sol-air Piorun de conception polonaise était par ailleurs installé dans l’un des quatre modules du lanceur. Aucun tir de ce missile n’était programmé lors de cette première campagne maritime. Son autodirecteur est néanmoins parvenu à accrocher le drone cible, apportant une première validation de son intégration au dispositif.
Cette modularité constitue justement l’un des principaux arguments du Rampart. Naval Group a imaginé un lanceur capable d’accueillir différentes familles de munitions selon les missions et les menaces rencontrées. Des roquettes guidées ou non guidées peuvent ainsi côtoyer des missiles sol-air ou des missiles antinavires.
Le système possède quatre emplacements accueillant des modules interchangeables. Dans une configuration entièrement consacrée aux roquettes guidées de 68 mm, chaque module peut en embarquer vingt. Un seul Rampart pourrait donc disposer de 80 projectiles.
La portée varie selon les munitions utilisées et peut atteindre jusqu’à 10 kilomètres. La roquette guidée de 68 mm affiche pour sa part une portée d’environ 5 kilomètres. Malgré ces distances, Naval Group positionne le Rampart comme un système de défense rapprochée : autrement dit, une ultime ligne de protection lorsque la menace a déjà réussi à s’approcher dangereusement du bâtiment.
Une réponse au problème économique posé par les drones
Derrière le Rampart se trouve également une équation devenue centrale pour les marines militaires : combien faut-il dépenser pour détruire un drone relativement peu coûteux ?
Employer systématiquement des missiles sophistiqués contre des appareils produits à moindre coût peut rapidement devenir difficile à soutenir, en particulier lors d’attaques répétées ou saturantes. Le recours à des roquettes doit offrir une solution intermédiaire, capable de compléter les missiles de défense aérienne et les canons déjà présents sur les bâtiments.
L’enjeu est particulièrement sensible pour les porte-hélicoptères amphibies français. Les bâtiments de classe Mistral disposent d’un armement plus limité que celui des frégates : ils sont notamment équipés de deux canons téléopérés de 20 mm, de quatre mitrailleuses de 12,7 mm et de deux systèmes d’autodéfense Simbad utilisant des missiles Mistral à très courte portée.
Un bâtiment comme le Tonnerre évolue naturellement avec une escorte chargée de contribuer à sa protection. Mais la multiplication des drones et la possibilité d’attaques simultanées changent la donne. Même une frégate disposant de missiles antiaériens performants peut être confrontée à une problématique de saturation, de stocks disponibles et de coût par interception.
Le Rampart cherche précisément à combler cet espace : disposer de nombreuses munitions pour traiter des menaces relativement proches sans devoir systématiquement puiser dans un arsenal de missiles plus complexes et plus onéreux.
La guerre navale bouleversée par les drones
Cette réflexion intervient alors que les drones ont pris une importance spectaculaire dans les conflits maritimes contemporains.
Depuis la fin de l’année 2023, les attaques menées par les Houthis en mer Rouge contre des navires marchands et des bâtiments militaires occidentaux ont notamment mis en évidence la nécessité de disposer de moyens adaptés contre des menaces aériennes relativement peu coûteuses.
La guerre en Ukraine offre un autre laboratoire grandeur nature. En mer Noire, les forces ukrainiennes ont largement employé des drones navals pour frapper la flotte russe et contraindre celle-ci à modifier ses modes opératoires. Cette évolution s’est accompagnée d’une sophistication croissante des appareils utilisés.
Comme le rappelle Numerama, certains drones navals ukrainiens ont même été associés à des engagements contre des aéronefs russes, avec la destruction d’un hélicoptère fin 2024 puis d’un avion de combat Su-30 en mai 2025.
Dans ce contexte, la protection rapprochée des grands bâtiments de surface ne repose plus seulement sur la capacité à intercepter des avions ou des missiles antinavires classiques. Il faut désormais composer avec des engins beaucoup moins chers, potentiellement lancés en nombre et capables de contraindre un navire à consommer rapidement ses munitions défensives les plus précieuses.
Les premiers tirs en mer du Rampart ne signifient pas encore que le système est opérationnel au sein de la Marine nationale. Ils constituent toutefois une nouvelle étape de son développement après les expérimentations terrestres. À bord du Tonnerre, le lanceur a surtout pu démontrer en conditions maritimes deux dimensions essentielles de son concept : l’emploi de roquettes contre différentes catégories de cibles et la possibilité d’intégrer plusieurs types de munitions dans une même architecture.
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