Le Conseil de Paris a adopté, vendredi 17 juillet, une délibération autorisant le maire Emmanuel Grégoire à poursuivre Rachida Dati pour diffamation publique envers un corps constitué. En cause, trois messages publiés sur X par la maire du 7e arrondissement, accusant la mairie d’avoir engagé sa responsabilité pénale dans le dossier du périscolaire parisien. Le texte a été adopté à 82 voix contre 53, malgré une opposition transpartisane.
Après deux premières journées de climat électrique au Conseil de Paris, la menace d’orage annoncée autour de cette délibération s’est finalement dissipée. Le maire de Paris, Emmanuel Grégoire (Parti socialiste), soumettait à ses pairs un texte lui permettant de poursuivre Rachida Dati (Les Républicains) « au nom et pour le compte de la Ville de Paris ». En une demi-heure, sans expression des orateurs de la majorité qui ont renoncé à leur prise de parole, les conseillers de Paris ont adopté le texte à 82 voix pour et 53 contre.
Des messages sur X à l’origine de la procédure
La procédure vise trois messages publiés en mai par la maire du 7e arrondissement sur X, dans lesquels Rachida Dati affirmait que la mairie encourrait une « responsabilité pénale » pour avoir notamment déplacé des « prédateurs sexuels » d’une école à une autre, dans le cadre du dossier des violences dans le périscolaire parisien.
Une opposition transpartisane dénonce un règlement de comptes
Des élus du groupe Paris Liberté ! jusqu’à la gauche radicale du Nouveau Paris populaire, en passant par la droite modérée de Paris apaisé et les centristes de Paris au centre, tous se sont opposés à ce que le maire du 6e arrondissement, Jean-Pierre Lecoq, a qualifié « d’un règlement de comptes, une entreprise mesquine de diversion ». « Depuis quand une collectivité mobilise-t-elle sa direction des affaires juridiques pour poursuivre une opposante politique ? », a-t-il interrogé, demandant à la place que la Ville saisisse la procureure de Paris. Pour Sophia Chikirou, cheffe de file des élus de La France insoumise, « cette délibération ne vise pas à protéger l’honneur de la Ville, elle vise à protéger Emmanuel Grégoire ». Elle a jugé le procédé « politiquement lâche », tandis que le coprésident de son groupe, Emile Meunier, a averti que « la Ville a bien agi » ne serait en rien prouvée par une condamnation, alors qu’une relaxe validerait la thèse de Rachida Dati. Du côté de Renaissance, Antoine Lesieur a lui aussi estimé qu’il ne revenait pas à la Ville de financer des procédures relevant davantage de l’affrontement politique que de la défense de l’intérêt général.
L’exécutif parisien défend une question d’honneur institutionnel
Envoyé au front pour défendre la mesure, l’adjoint au développement économique Richard Bouigue a livré une réponse brève et mesurée, rappelant que si « chacun est libre de critiquer les choix de l’exécutif, de contester une politique publique et d’exprimer ses convictions », cette liberté « ne saurait conduire à franchir les limites fixées par la loi ni à mettre en cause l’honneur d’une institution ». Une façon de clore, au moins temporairement, ce long épisode périscolaire avant une reprise attendue à la rentrée.
Cette procédure judiciaire intervient alors que la commission présidée par Antoine Garapon, chargée d’examiner les violences dans le périscolaire parisien, poursuit ses travaux. Son issue pourrait peser sur la suite d’un dossier qui continue de diviser profondément l’échiquier politique parisien.