Les avocats de Rached Ghannouchi tirent une nouvelle fois la sonnette d’alarme. Selon eux, le dirigeant historique du mouvement Ennahdha, détenu depuis avril 2023, se trouverait dans un état de santé particulièrement préoccupant après un grave malaise, alors que ses proches dénoncent un manque total de transparence de la part des autorités tunisiennes. Cette nouvelle intervient dans un contexte de durcissement inédit de la répression politique en Tunisie depuis la prise de pouvoir du président Kaïs Saïed.
Les inquiétudes autour de l’état de santé de Rached Ghannouchi se renforcent. Jeudi 23 juillet 2026, les avocats de l’ancien président de l’Assemblée des représentants du peuple ont affirmé que leur client, âgé de 84 ans, traversait une situation médicale critique après avoir été victime d’un important malaise en détention. Ils dénoncent également le refus des autorités pénitentiaires de leur permettre de lui rendre visite ainsi qu’une absence totale d’informations officielles concernant son état de santé.
Dans un communiqué relayé par plusieurs médias tunisiens, les membres de la défense évoquent une « opacité totale » autour des conditions de détention du dirigeant islamo-conservateur. Selon eux, cette absence de communication nourrit de vives inquiétudes, d’autant que l’octogénaire souffrirait déjà de plusieurs problèmes de santé liés à son âge. À ce stade, aucune confirmation officielle n’a été apportée par les autorités tunisiennes sur la gravité de son état ou sur une éventuelle prise en charge hospitalière.
Cette alerte intervient quelques mois seulement après un précédent épisode médical. Fin avril 2026, le mouvement Ennahdha avait annoncé que son président avait été transféré d’urgence à l’hôpital après une détérioration soudaine de son état de santé. Le parti avait alors demandé sa libération immédiate, estimant que son maintien en détention faisait peser un risque sérieux sur sa vie. Les autorités tunisiennes n’avaient alors fourni que très peu d’éléments publics concernant cette hospitalisation.
Pour comprendre la portée de cette nouvelle alerte, il faut revenir sur le parcours politique de Rached Ghannouchi. Fondateur du mouvement Ennahdha au début des années 1980, il est longtemps devenu l’une des figures majeures de l’opposition au régime de Zine el-Abidine Ben Ali. Contraint à l’exil durant près de vingt ans, principalement au Royaume-Uni, il rentre en Tunisie après la révolution de janvier 2011 qui met fin au régime en place.
À la faveur du Printemps arabe, Ennahdha remporte les premières élections libres organisées dans le pays. Sans jamais accéder lui-même à la présidence de la République, Rached Ghannouchi devient progressivement l’une des personnalités politiques les plus influentes de la transition démocratique tunisienne. En novembre 2019, il est élu président de l’Assemblée des représentants du peuple, un poste qu’il occupe jusqu’à la suspension du Parlement par le président Kaïs Saïed le 25 juillet 2021. Cette décision marque un tournant majeur dans la vie politique tunisienne. Les opposants parlent d’un coup de force contre les institutions démocratiques, tandis que le chef de l’État affirme agir pour sauver le pays d’une crise politique et économique profonde.
Le 17 avril 2023, Rached Ghannouchi est arrêté à son domicile par les forces de sécurité. Son interpellation intervient après des déclarations publiques dans lesquelles il estimait que l’exclusion de certaines sensibilités politiques risquait d’alimenter les tensions en Tunisie. Depuis cette date, il est maintenu en détention et fait l’objet d’une succession de procédures judiciaires portant notamment sur des accusations de financement illicite, de complot contre la sûreté de l’État ou encore de terrorisme. Lui-même, son parti et ses avocats contestent systématiquement l’ensemble de ces accusations, qu’ils présentent comme politiquement motivées.
Au fil des mois, les condamnations se sont accumulées. En février 2025, il est condamné à vingt-deux années de prison supplémentaires dans l’affaire dite « Instalingo ». En juillet 2025, une nouvelle peine de quatorze ans est prononcée dans un vaste dossier lié à des accusations de complot contre la sûreté de l’État. Enfin, en février puis en juin 2026, plusieurs décisions de justice alourdissent encore son passif judiciaire, avant qu’une condamnation à la réclusion à perpétuité ne soit prononcée début juin 2026 dans une affaire qualifiée de terrorisme par la justice tunisienne. Ses avocats continuent de dénoncer des procès qu’ils estiment dépourvus des garanties d’un procès équitable.
Depuis 2021, la Tunisie connaît un profond changement de régime institutionnel. Après avoir suspendu le Parlement, Kaïs Saïed gouverne largement par décrets et a engagé une vaste restructuration des institutions judiciaires. Les autorités présentent ces réformes comme une lutte contre la corruption et contre des réseaux qui auraient fragilisé l’État durant la décennie ayant suivi la révolution. À l’inverse, de nombreuses organisations internationales de défense des droits humains, ainsi que plusieurs gouvernements occidentaux, dénoncent une répression croissante visant les opposants politiques, des journalistes, des avocats et des militants de la société civile.
La nouvelle alerte sur l’état de santé de Rached Ghannouchi ravive donc les interrogations sur les conditions de détention des principales figures de l’opposition tunisienne. Ses avocats réclament désormais un accès immédiat à leur client, une expertise médicale indépendante ainsi qu’une communication officielle sur son état de santé. En l’absence de réaction des autorités, les inquiétudes demeurent entières autour du sort de celui qui fut l’un des principaux artisans de la transition démocratique tunisienne après la révolution de 2011.
Sources :
- Business News Tunisie : Malaise sévère de Rached Ghannouchi : ses avocats dénoncent un refus de visite et une opacité totale
- Reuters : hospitalisation et contexte politique.
- Le Monde : condamnations de 2025 et 2026, contexte judiciaire.