PS : une députée de Seine-Saint-Denis claque la porte et dénonce l’abandon des classes populaires

La députée de Seine-Saint-Denis Fatiha Keloua Hachi a annoncé son départ du Parti socialiste, vendredi 6 novembre 2026, après près de vingt ans d’engagement. Elle reproche à la formation politique de s’être éloignée des classes populaires et de ne plus défendre les valeurs qui avaient motivé son adhésion. Une rupture qui intervient alors que la gauche cherche encore sa voie à l’approche de l’élection présidentielle de 2027.

Le Parti socialiste perd une nouvelle figure de son aile gauche. Fatiha Keloua Hachi, députée de Seine-Saint-Denis depuis 2022 et ancienne présidente de la commission des affaires culturelles et de l’éducation à l’Assemblée nationale, a officialisé son départ vendredi 6 novembre. Dans un texte publié sur son blog hébergé par Mediapart, la parlementaire exprime sa déception face à l’évolution d’un parti auquel elle avait adhéré en 2007.

Cette décision, mûrie au terme de près de deux décennies de militantisme, traduit un désaccord politique profond. L’élue estime que le PS s’est progressivement détourné de sa vocation historique : représenter les catégories populaires et porter leurs revendications au cœur du débat démocratique.

« C’est ainsi avec une profonde tristesse, mais sans amertume, que je quitte un parti dont je ne partage plus l’orientation politique », écrit-elle, prenant soin de distinguer sa rupture avec la ligne actuelle du parti de son attachement à son histoire.

Une rupture avec les valeurs qui avaient motivé son engagement

Lorsqu’elle rejoint le Parti socialiste en 2007, Fatiha Keloua Hachi souhaite donner une traduction politique à ses combats contre le racisme et les inégalités. Elle se reconnaît alors dans une gauche capable de conjuguer justice sociale, responsabilité gouvernementale et rassemblement des différentes sensibilités progressistes.

La députée revendique notamment l’héritage des grandes expériences d’union de la gauche. Elle évoque François Mitterrand, dont les victoires ont marqué durablement l’histoire du socialisme français, ainsi que Lionel Jospin et son gouvernement de gauche plurielle.

Pour elle, ces références rappellent une conviction fondamentale : la gauche ne peut prétendre exercer le pouvoir durablement sans parvenir à dépasser ses divisions.

Mais cette ambition collective lui paraît désormais compromise par les orientations du Parti socialiste. Elle considère que la formation s’est enfermée dans une logique politique qui l’éloigne des préoccupations quotidiennes d’une partie de son électorat traditionnel.

Une primaire à 15 euros qui cristallise les critiques

Au cœur de ses reproches figure la perspective d’une primaire payante pour désigner le candidat de la gauche à l’élection présidentielle de 2027.

Le montant de 15 euros évoqué pour participer à cette consultation constitue, selon la parlementaire, un symbole particulièrement révélateur du fossé qui se creuse entre les responsables politiques et les populations les plus modestes.

Dans un pays qui compte, rappelle-t-elle, neuf millions de personnes pauvres, demander une telle contribution financière pour prendre part au choix d’un candidat lui paraît difficilement défendable.

Elle souligne notamment le contraste entre les difficultés rencontrées par les étudiants, parfois contraints de faire la queue pour bénéficier de repas à un euro, et l’idée de conditionner leur participation à une consultation politique au paiement de 15 euros.

Cette contradiction nourrit une critique plus générale de la stratégie socialiste. À ses yeux, les inégalités sociales se sont aggravées au cours des années de pouvoir d’Emmanuel Macron, rendant d’autant plus nécessaire une gauche attentive aux réalités économiques des ménages modestes.

Or, estime-t-elle, le Parti socialiste ne parvient plus à entendre ces préoccupations.

« En se repliant sur lui-même, (le PS) s’est éloigné de celles et de ceux qu’il devrait représenter », déplore la députée.

Au-delà de la question financière, c’est donc la capacité du parti à renouer avec les classes populaires qui se trouve directement mise en cause.

Un départ qui pourrait profiter à La France insoumise

Cette défection intervient dans un contexte de recomposition politique à gauche, alors que les différentes formations cherchent à définir leur stratégie pour la présidentielle de 2027.

Le départ de Fatiha Keloua Hachi pourrait notamment profiter à La France insoumise, même si aucun rapprochement avec le mouvement de Jean-Luc Mélenchon n’a été annoncé.

La députée n’a d’ailleurs pas précisé si elle envisageait de rejoindre une autre organisation politique ou de poursuivre son mandat sans nouvelle affiliation partisane.

Son discours met néanmoins en lumière les tensions qui traversent la gauche française autour de la représentation des classes populaires, de la stratégie électorale et des conditions d’un éventuel rassemblement.

En invoquant les expériences de François Mitterrand et de Lionel Jospin, elle rappelle également l’importance qu’elle accorde à l’unité politique, sans pour autant indiquer quelle formule pourrait aujourd’hui permettre de la reconstruire.

Des engagements maintenus contre les inégalités et l’extrême droite

Malgré sa rupture avec le Parti socialiste, Fatiha Keloua Hachi affirme vouloir poursuivre les combats qui ont structuré son parcours politique.

La défense de l’environnement, les droits des femmes et la protection des personnes les plus précaires demeurent au centre de ses priorités. Elle réaffirme également sa détermination à combattre le Rassemblement national, qu’elle considère comme une menace politique majeure à l’approche des prochaines échéances électorales.

La parlementaire insiste sur sa volonté de poursuivre cet engagement « sans aucune concession », alors que la perspective d’une accession de l’extrême droite au pouvoir occupe une place centrale dans les débats politiques français.

Son départ ne s’accompagne toutefois d’aucune attaque personnelle contre ses anciens camarades socialistes. Elle tient au contraire à exprimer sa gratitude envers une formation qui l’a accompagnée pendant près de vingt ans et au sein de laquelle elle a construit une partie importante de son parcours.

« Je pars sans claquer la porte », précise-t-elle.

Une manière de marquer la profondeur de son désaccord sans renier son passé militant. Désormais, la députée de Seine-Saint-Denis entend poursuivre son action politique en dehors du Parti socialiste, sans avoir encore dévoilé le cadre dans lequel elle compte inscrire la suite de son engagement.

Sources :

Le Figaro, Jean Kedroff, « Il s’est replié sur lui-même : une députée de Seine-Saint-Denis quitte le Parti socialiste, qu’elle accuse d’abandonner les classes populaires ».

Mediapart, blog de Fatiha Keloua Hachi, déclaration de départ du Parti socialiste du 6 novembre 2026.