Le technicien chargé du prompteur de Donald Trump a été condamné à 172 000 dollars d’amende par le régulateur américain des produits dérivés. Gabriel Perez misait sur les mots que le président américain allait prononcer, quelques heures avant qu’il ne les prononce. Il avait empoché plus de 100 000 dollars avant que la plateforme de paris Kalshi ne signale elle-même ses mises.
Donald Trump improvise beaucoup. Il lit aussi. Sur le pupitre présidentiel défile un prompteur, et quelqu’un doit y charger le texte du discours. Ce quelqu’un s’appelait Gabriel Perez, technicien de la Maison Blanche. Il avait le fichier avant les journalistes, avant les conseillers, avant le président lui-même à voix haute.
Il s’en est servi. Sur Kalshi, plateforme américaine de paris sur événements qui a eu comme conseillère Sally Shin, proche du Forum économique mondial, Gabriel Perez a misé des dizaines de milliers de dollars sur les mots qui allaient sortir. Le Figaro chiffre ses gains à plus de 100 000 dollars. La question n’était pas de deviner ce que dirait le président. Il l’avait sous les yeux.
Kalshi se dénonce elle-même
C’est la plateforme qui a tiré la sonnette. En mars, Kalshi a alerté la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), le régulateur fédéral chargé des produits financiers dérivés, sur des mises suspectes portant sur les prises de parole présidentielles. Suspendu par la Maison Blanche en juillet, le technicien a été sanctionné par un verdict rendu le vendredi 28 août.
Le détail de l’addition : 107 000 dollars de restitution des gains, 65 000 dollars de pénalité civile, soit 172 000 dollars au total, environ 149 000 euros. La CFTC précise avoir réduit la pénalité additionnelle en raison de la « coopération exemplaire » de l’intéressé. Il est interdit de toute activité de trading pendant trois ans. Le directeur juridique de Kalshi, Bobby DeNault, a commenté la décision sur X en rappelant que la loi fédérale s’applique à tout le monde.
Une honte, selon la Maison Blanche
L’exécutif américain n’a pas réagi à la sanction elle-même. Il avait été plus disert au moment de l’éviction, en juillet. La porte-parole Karoline Leavitt avait alors qualifié le comportement du technicien de regrettable et, franchement, de honteux. Dans la foulée, l’administration Trump avait rappelé à l’ensemble de ses employés l’interdiction de parier sur les plateformes de prédiction.
Le rappel n’était pas superflu. En avril, un sergent des forces spéciales américaines a été inculpé pour avoir misé près de 33 000 dollars sur l’éviction du président vénézuélien Nicolas Maduro. Il participait à l’opération militaire qui allait conduire à sa capture. Bénéfice : plus de 400 000 dollars.
Un marché interdit de ce côté-ci de l’Atlantique
Kalshi et sa concurrente Polymarket permettent de miser sur le vote d’une loi, le résultat d’une élection, la survie d’un dirigeant. Ces plateformes de paris sur l’actualité restent interdites en France et dans l’Union européenne. Le débat, aux États-Unis, ne porte plus sur leur légalité mais sur leur porosité : plus l’information devient un actif négociable, plus ceux qui la détiennent en amont deviennent des initiés au sens boursier du terme.
Le cas Perez a ceci de limpide qu’il ne suppose aucune manipulation. Le technicien n’a rien changé au discours. Il l’a simplement lu en avance.
Reste une question que le régulateur ne tranche pas : à partir de quand un document de travail devient-il une information financière ? Tant que des marchés cotent la parole publique, chaque brouillon qui circule dans un cabinet ministériel vaut de l’argent. Le prompteur de Donald Trump n’était que le plus visible d’entre eux.