Une juge du Nevada a autorisé mardi la diffusion devant le jury d’un interrogatoire de police de 2008 dans lequel Duane « Keffe D » Davis évoquait le meurtre de Tupac Shakur. Cette décision ouvre la voie, lors du procès de Tupac Shakur qui s’ouvre le 10 août à Las Vegas, à l’utilisation de l’une des pièces les plus attendues d’une affaire vieille de près de trente ans. Davis, 63 ans, encourt la perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle.
La juge Carli Kierny, de la Clark County District Court, a rejeté mardi la demande de la défense visant à écarter cet enregistrement du procès. Sa décision est nette : l’interrogatoire de 2008 est recevable et pourra être diffusé aux jurés lorsque Duane Davis comparaîtra à partir du 10 août. L’avocat de la défense, Michael Sanft, avait plaidé pour son exclusion, affirmant que son client croyait cet échange confidentiel et que des enquêteurs lui auraient assuré, à l’époque, qu’il ne serait jamais utilisé contre lui. Les procureurs ont répondu qu’aucune base légale ne justifiait de l’écarter. Pour l’accusation, cet enregistrement doit devenir une pièce centrale d’un procès dont l’audience est prévue pour durer environ quatre semaines.
Un meurtre resté irrésolu pendant près de trente ans
La mort de Tupac Shakur figure parmi les affaires criminelles les plus commentées des États-Unis. Restée non élucidée pendant près de trois décennies, elle a nourri livres, documentaires et théories du complot. Les faits remontent au 7 septembre 1996 : le rappeur circulait à bord d’une BMW conduite par Marion « Suge » Knight, cofondateur du label Death Row Records, lorsque le véhicule s’est arrêté à un feu rouge près du Strip de Las Vegas. Une Cadillac blanche s’est alors approchée et a ouvert le feu. Shakur est mort six jours plus tard, à l’âge de 25 ans. Knight, lui, n’a été que légèrement blessé.
De la confidence publique à la mise en accusation
L’enquête est restée bloquée pendant des années, jusqu’à ce que Duane Davis se mette lui-même à évoquer publiquement la fusillade, dans des interviews puis dans un livre de mémoires. Il y écrit qu’il se trouvait dans la Cadillac blanche impliquée dans l’attaque et qu’il avait fourni l’arme utilisée. Selon les procureurs, Davis circulait ce soir-là avec trois autres hommes, dont son neveu Orlando « Baby Lane » Anderson, qui avait toujours nié toute implication avant d’être tué par balle en 1998, dans une fusillade sans lien avec l’affaire. Les autres occupants du véhicule sont eux aussi décédés depuis, faisant de Davis le seul survivant parmi les personnes présentes ce soir-là. Dans ses mémoires, il affirme avoir tendu une arme à quelqu’un assis à l’arrière, sans jamais désigner celui qui a tiré. Mais lors de l’interrogatoire de 2008, Davis aurait déclaré qu’Anderson « les a descendus », en référence à Shakur et à Knight.
Un procès sous le regard des enquêteurs et des documentaristes
Cet interrogatoire n’est pas inédit pour les spécialistes de l’affaire. Il a déjà été cité dans l’ouvrage Murder Rap, écrit par Greg Kading, ancien inspecteur du Los Angeles Police Department, ainsi que dans plusieurs documentaires, dont Sean Combs : The Reckoning. Ce qui change désormais, c’est son statut judiciaire : de simple élément médiatique, il devient preuve recevable devant un tribunal. Le procès doit s’ouvrir le 10 août à Las Vegas et s’étendre sur environ quatre semaines, selon l’estimation communiquée par l’accusation.
Le 10 août, un jury de Las Vegas entendra donc Duane Davis se raconter lui-même, dix-huit ans avant de s’asseoir sur le banc des accusés. Vingt-neuf ans après les coups de feu tirés près du Strip, l’homme qui a longtemps parlé pourrait bien devenir son propre témoin à charge.