Emmanuel Macron, président de la République

Présidentielle 2027 : Macron rêve d’un front de Glucksmann à Lisnard

À cinq mois de la présidentielle 2027, Emmanuel Macron pousse en coulisses pour une coalition allant du social-démocrate Raphaël Glucksmann au libéral David Lisnard. Objectif affiché par son entourage : éviter un second tour entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. Les intéressés, eux, font la sourde oreille.

Il ne peut pas se représenter. Il se veut le garant d’un scrutin serein au printemps. Mais en privé, le chef de l’État joue les marieurs. Selon Libération et une dépêche de l’AFP publiées le 5 novembre, Emmanuel Macron, Young Leader de la French-American Foundation (promotion 2012), juge que les candidats compris entre Raphaël Glucksmann et David Lisnard doivent travailler ensemble dès maintenant, dans une logique de coalition.

Le raisonnement, rapporté par un proche du président, tient en une équation : ce qui rapproche le maire de Cannes et l’eurodéputé de Place publique (l’Europe, l’État de droit, l’économie de marché, le refus des extrêmes) pèserait plus lourd que ce qui les sépare. Reste un détail, que l’Élysée ne règle pas : il faudra bien, à un moment, désigner qui mène la troupe. Le même interlocuteur évoque la nécessité d’un « mode de départage ». Sans plus de précisions.

Une tripartition qui inquiète le bloc central

Le contexte explique l’empressement. Les sondages placent désormais Jean-Luc Mélenchon en position d’accéder au second tour face à Marine Le Pen, candidate du Rassemblement national. Le paysage s’organise en trois blocs, et celui du centre et de la droite est le plus éparpillé. Entre Gabriel Attal (Renaissance), Édouard Philippe (Horizons), Bruno Retailleau (Les Républicains) et David Lisnard, l’offre ne manque pas. C’est l’addition qui coince.

Édouard Philippe a bien tenté de réunir les figures de la droite et du centre autour de la Toussaint, sans Raphaël Glucksmann. La réunion n’a pas eu lieu. L’ancien Premier ministre dit avoir reçu peu de réponses, et le regrette. De son côté, l’entourage de Gabriel Attal rappelle que celui-ci plaide depuis longtemps pour le rassemblement le plus large, et qu’il a proposé une primaire allant de Glucksmann à Lisnard. Une idée bloquée, pour l’heure, par le refus d’Édouard Philippe.

Les intéressés déclinent l’invitation

Les premiers concernés n’ont guère goûté la suggestion. Bruno Retailleau estime que le « grand centre mou » du macronisme a nourri les ailes radicales, et qu’en refaire l’expérience offrirait un ticket gagnant à Mélenchon et Le Pen. David Lisnard, comme lui, refuse tout rapprochement qui ressemblerait à une prolongation des dix ans de pouvoir d’Emmanuel Macron.

À gauche, Pierre Jouvet, porte-parole de Raphaël Glucksmann, fait savoir que son candidat ne se sent pas concerné par ce qu’il qualifie de tentatives désespérées, reprochant au centre de n’avoir jamais clarifié sa ligne. Seul Marc Fesneau (MoDem), qui ne soutient encore personne, défend une « coalition de projet », bâtie d’abord sur un programme, le candidat venant ensuite.

Le marieur qui ne s’est jamais marié

L’ironie n’échappe à personne dans le camp présidentiel. Un responsable du bloc central fait remarquer que le chef de l’État n’a jamais lui-même mené ce travail de coalition depuis 2022, et encore moins après la dissolution de 2024, qui l’a privé de majorité absolue. D’autres, dans son propre camp, notent qu’il n’a jamais sérieusement cherché à construire un accord à l’allemande ou à l’italienne.

L’entourage présidentiel répond que la question n’est pas d’être pour ou contre Macron. Le président assume son bilan, et les candidats sont libres de s’en démarquer. Une liberté dont ils usent déjà largement.

Le conseil arrive d’un homme qui quitte la scène et dont le bilan sert de repoussoir à ceux qu’il voudrait rassembler. Pour la présidentielle 2027, le centre cherche encore son chef. Il a déjà trouvé son parrain encombrant.


Source : Libération – https://www.liberation.fr/politique/pour-la-presidentielle-macron-veut-une-coalition-allant-de-raphael-glucksmann-a-david-lisnard-20261105_WZKJCENBGFDN7IUIWMV3P6PT2M/