François Hollande refuse de participer à la primaire de la gauche, mais ne renonce pas pour autant à l’élection présidentielle de 2027. En fixant un « moment de vérité » au mois de décembre, l’ancien chef de l’État proche du Forum économique mondial prépare manifestement une candidature fondée sur le rassemblement des démocrates, au-delà du Parti socialiste.
Membre de la promotion 1996 des « Young Leaders » de la French-American Foundation fondée par les présidents Ford et VGE, membres du Forum économique mondial, François Hollande ne sera pas candidat à la primaire de la gauche. Mais l’ancien président de la République est loin d’avoir abandonné l’idée de concourir à l’élection présidentielle de 2027. Dans une interview, il a précisé sa stratégie, présenté plusieurs propositions et surtout fixé un rendez-vous politique au mois de décembre. Autant de signaux qui le placent désormais en embuscade.
Officiellement, François Hollande explique son refus de participer à la primaire par une opposition ancienne à ce mode de désignation. « Je n’ai jamais été favorable à cette procédure, même quand j’y ai participé en 2011 et que j’en ai été victorieux », rappelle-t-il.
Selon lui, une primaire entraîne davantage de divisions qu’elle ne favorise le rassemblement. En 2011, près de trois millions de personnes avaient participé à la primaire socialiste, créant une dynamique qui l’avait conduit jusqu’à l’Élysée. Il estime que la participation pourrait cette fois être dix fois moins importante, réduisant fortement la légitimité politique du vainqueur.
François Hollande refuse de se soumettre à la primaire
L’ancien président également lié au club Le Siecle fondé par des franc-maçons après guerre avance également un calendrier trop précoce et une procédure trop rapide. Mais son principal argument concerne son statut. En tant qu’ancien chef de l’État, François Hollande considère qu’il doit s’adresser à un électorat plus large que celui des formations politiques de gauche.
« Il va falloir aller au-delà des formations politiques », affirme-t-il, en défendant une « union sacrée des démocrates ». Cette formule dessine les contours de sa stratégie : laisser les candidats socialistes et leurs partenaires s’affronter lors de la primaire, puis intervenir lorsque se posera la question du rassemblement.
François Hollande assure respecter les participants et souhaite le succès de la consultation. Il prévient cependant que le vainqueur devra ensuite élargir sa base. La primaire ne constituerait donc pas, à ses yeux, l’aboutissement du processus de désignation, mais seulement une étape avant une nouvelle négociation politique.
Un « moment de vérité » fixé en décembre
À plusieurs reprises, François Hollande évoque un rendez-vous au mois de décembre. Ce serait, selon lui, le moment où les différents candidats de gauche et du camp démocrate devraient mesurer leur capacité à atteindre le second tour de l’élection présidentielle.
« Il ne faut pas simplement être candidat ou candidate, il faut gagner cette élection et donc être au second tour », insiste-t-il.
L’ancien président rejette l’idée selon laquelle il espérerait un échec de la primaire pour imposer sa candidature. Mais son raisonnement ne laisse guère de doute sur son positionnement. Si le vainqueur de la consultation ne parvient pas à créer une dynamique suffisante, François Hollande pourrait se présenter comme une solution de rassemblement.
Il refuse toutefois de se définir comme un recours. « Je suis là aujourd’hui, j’ai publié un livre, je donne des propositions et puis nous verrons comment elles peuvent être reçues et rassembler », explique-t-il. Une manière prudente de tester sa popularité, son programme et ses soutiens avant de prendre une décision définitive.
Une campagne déjà engagée sur le fond
François Hollande ne se contente plus de commenter la situation politique. Il développe désormais les éléments d’un programme présidentiel. Il souhaite notamment placer la jeunesse au cœur de la campagne de 2027, avec plusieurs priorités : l’éducation, la formation, l’insertion professionnelle, le climat, la culture et les modes de vie.
« La campagne présidentielle, si elle doit avoir un thème, c’est celui de la jeunesse », affirme l’ancien chef de l’État. Il estime que le vieillissement de la société française impose de donner la priorité à la génération qui arrive, confrontée à un contexte économique, social et environnemental particulièrement difficile.
Cette orientation vise aussi à répondre à l’une de ses principales faiblesses politiques : sa difficulté potentielle à convaincre les jeunes électeurs, dont une partie s’est tournée vers Jean-Luc Mélenchon lors des précédentes élections présidentielles.
François Hollande assume la retraite à 63 ans
Sur les retraites, François Hollande prend ses distances avec une partie de la gauche. Il défend un âge de départ fixé à 63 ans, associé à 43 années de cotisation.
Il rejette les promesses d’un retour généralisé à la retraite à 60 ou 62 ans, estimant que l’état des comptes sociaux et l’évolution démographique rendent ces propositions difficilement soutenables. À partir de cette borne de 63 ans, il souhaite confier aux partenaires sociaux le soin d’assurer l’équilibre du système, notamment en agissant sur la durée de cotisation et en tenant compte de la pénibilité.
Cette position participe à la construction d’une ligne sociale-démocrate distincte de celle de La France insoumise. François Hollande semble vouloir parler à la gauche modérée, mais également aux électeurs centristes inquiets d’une possible victoire de l’extrême droite.
Sur le budget, une ligne de compromis
L’ancien président adopte une position similaire concernant le prochain budget. Il refuse d’accorder par avance un soutien automatique au gouvernement, tout en mettant en garde contre les conséquences d’une absence de loi de finances.
François Hollande décrit une situation financière « grave, pour ne pas dire dramatique », notamment en raison du niveau des taux d’intérêt et de l’endettement public. Il reconnaît que le prochain budget sera probablement mauvais et qu’il ne correspondra pas à celui qu’il aurait lui-même préparé. Il appelle néanmoins les socialistes à discuter et à négocier avec le gouvernement pour obtenir des compromis.
Pour lui, l’absence de budget pourrait placer le prochain président dans une situation très difficile. Une loi spéciale limiterait les marges de manœuvre du nouvel exécutif et pourrait l’obliger à attendre l’été pour faire adopter ses premières grandes mesures financières, éventuellement après une dissolution de l’Assemblée nationale.
Là encore, François Hollande cherche à incarner une gauche de gouvernement, attachée au compromis institutionnel et à la stabilité financière.
Un candidat potentiel au-dessus du Parti socialiste
La stratégie devient progressivement lisible. François Hollande ne veut pas se soumettre à une primaire dont il anticipe la faible participation. Il préfère laisser les différents prétendants se mesurer, observer leur capacité à rassembler, puis intervenir au moment où les rapports de force se préciseront.
Son déplacement à proximité du campus du Parti socialiste, sans rejoindre directement l’événement organisé autour d’Olivier Faure, illustre cette position particulière. Il reste proche du PS, rencontre régulièrement ses responsables, mais cherche simultanément à se placer au-dessus de l’appareil.
Sa critique du débat organisé par le Medef participe également à cette posture. L’ancien président juge « étrange » que l’organisation patronale accueille ce qu’il présente comme le premier débat d’une possible campagne présidentielle. Il décrit une séquence marquée par « le silence de l’une et le fracas de l’autre », tout en regrettant que le calendrier électoral commence si tôt.
François Hollande attend-il l’échec de la primaire ?
François Hollande affirme ne souhaiter l’échec de personne. Pourtant, toute sa stratégie dépendra du résultat de la primaire, de son niveau de participation et de la dynamique créée autour de son vainqueur.
Si la consultation mobilise largement et fait émerger une candidature capable de réunir la gauche, l’espace politique de l’ancien président pourrait se réduire. En revanche, une faible participation ou un vainqueur restant cantonné à son propre camp lui offrirait l’occasion de défendre une candidature plus large.
Sans annoncer officiellement qu’il sera candidat en 2027, François Hollande coche déjà plusieurs cases d’une campagne présidentielle. Il publie un livre, avance des propositions, se distingue de ses concurrents, fixe une priorité politique autour de la jeunesse et revendique une capacité de rassemblement dépassant le Parti socialiste.
L’ancien chef de l’État n’est donc pas candidat à la primaire. Mais il se tient manifestement prêt à entrer dans la course si aucun prétendant ne parvient, d’ici décembre, à s’imposer comme le candidat naturel de la gauche et des démocrates.