Les États-Unis vont réexaminer leur présence militaire en Europe au cours des six prochains mois. L’annonce a été faite le 18 juin 2026 par le secrétaire à la Défense américain Pete Hegseth lors d’une réunion des ministres de la Défense de l’OTAN à Bruxelles. Cette décision intervient dans un contexte de tensions croissantes autour du partage de l’effort militaire au sein de l’Alliance atlantique et pourrait marquer une nouvelle étape dans le repositionnement stratégique de Washington.
Le signal était attendu depuis plusieurs mois, mais il est désormais officiel. Le secrétaire à la Défense américain Pete Hegseth a annoncé, jeudi 18 juin 2026 à Bruxelles, le lancement d’un vaste réexamen de la présence militaire des États-Unis sur le continent européen. Cette étude, qui doit s’étendre sur une période de six mois, vise à déterminer dans quelle mesure les alliés européens de l’OTAN sont prêts à assumer une part plus importante de leur propre sécurité.
Cette annonce a été formulée à l’occasion d’une réunion des ministres de la Défense de l’Alliance atlantique, alors que les relations entre Washington et plusieurs partenaires européens traversent une période de fortes interrogations stratégiques. Depuis son retour à la Maison Blanche, Donald Trump n’a cessé de réclamer une augmentation substantielle des dépenses militaires européennes, estimant que les États-Unis supportent une charge disproportionnée dans la défense du continent. Cette position, déjà défendue lors de son premier mandat, est désormais reprise avec vigueur par son administration.
Selon Pete Hegseth, l’objectif n’est pas uniquement budgétaire. Le responsable américain a dénoncé ce qu’il considère comme une dépendance excessive de certains alliés envers la protection militaire américaine. Il a notamment critiqué les pays qui, selon lui, n’assument pas suffisamment leurs responsabilités en matière de défense collective et qui continuent de s’appuyer sur les capacités stratégiques des États-Unis.
Un changement amorcé depuis plusieurs années
Cette décision ne surgit pas dans un vide politique. Dès février 2025, lors de sa première tournée européenne en tant que secrétaire à la Défense, Pete Hegseth avait clairement indiqué que les États-Unis n’étaient plus prioritairement concentrés sur la sécurité européenne. Il avait alors affirmé que les pays européens devaient prendre « la part écrasante » du soutien militaire à l’Ukraine et assumer davantage la défense du continent face aux menaces russes.
Dans le même temps, Washington a progressivement réorienté ses priorités stratégiques vers la région indo-pacifique, considérée comme le principal théâtre de compétition avec la Chine. Cette évolution est désormais inscrite dans les réflexions militaires américaines, où la nécessité de concentrer davantage de ressources face à Pékin est régulièrement mise en avant.
Aujourd’hui, près de 80 000 militaires américains sont stationnés en Europe, principalement en Allemagne, en Italie, au Royaume-Uni, en Pologne et dans plusieurs États d’Europe orientale. Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022, ces effectifs avaient même été renforcés afin de rassurer les alliés de l’OTAN situés sur le flanc oriental de l’Alliance. Le réexamen annoncé pourrait donc avoir des conséquences importantes sur l’architecture sécuritaire européenne.
Au-delà de la question des dépenses militaires, Pete Hegseth a également laissé entendre que le comportement politique de certains alliés pourrait être pris en compte dans cette évaluation. Plusieurs pays européens ont récemment refusé d’accorder certaines facilités militaires aux États-Unis dans le cadre des opérations menées contre l’Iran. Cette attitude a été vivement critiquée par le responsable américain, qui estime que les partenaires de Washington doivent faire preuve d’une plus grande solidarité stratégique.
Le ton adopté à Bruxelles a parfois été particulièrement ferme. Pete Hegseth a évoqué la nécessité d’une « OTAN 3.0 », une alliance dans laquelle les Européens assumeraient davantage leur sécurité et réduiraient leur dépendance vis-à-vis des capacités américaines. Derrière cette formule se dessine une volonté claire de remodeler l’équilibre des responsabilités au sein de l’organisation.
Des inquiétudes en Europe
L’annonce a suscité de nombreuses réactions parmi les responsables européens. Plusieurs gouvernements redoutent qu’un éventuel retrait partiel des forces américaines ne crée des lacunes militaires difficiles à combler à court terme. Les capacités américaines en matière de renseignement, de défense aérienne, de transport stratégique ou encore de frappes à longue portée restent aujourd’hui essentielles au fonctionnement de l’OTAN.
Le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, a notamment appelé à une approche coordonnée afin d’éviter tout vide sécuritaire. Selon lui, un désengagement précipité pourrait fragiliser l’ensemble du dispositif de défense européen à un moment où la guerre en Ukraine continue de remodeler l’environnement stratégique du continent. Cette révision intervient également à quelques semaines d’un sommet majeur de l’OTAN, au cours duquel la question de l’augmentation des dépenses militaires devrait occuper une place centrale. Washington pousse désormais les alliés à consacrer jusqu’à 5 % de leur produit intérieur brut à la défense, un objectif largement supérieur au seuil de 2 % adopté depuis plusieurs années par l’Alliance.
Si aucune décision concrète de retrait n’a encore été annoncée, le message envoyé par Washington apparaît limpide : les États-Unis souhaitent voir l’Europe prendre davantage en main sa propre sécurité. Les conclusions du réexamen attendu d’ici la fin de l’année pourraient ainsi constituer l’une des évolutions les plus significatives des relations transatlantiques depuis la fin de la guerre froide.
Sources :
[Reuters] – Hegseth announces review of US troops in Europe, scorns some allies – https://www.reuters.com/business/finance/hegseth-announces-review-us-troops-europe-scorns-some-allies-2026-06-18/
[Associated Press] – Hegseth calls for Europe to take lead in revamping NATO – https://apnews.com/article/nato-trump-hegseth-forces-europe-security-3a550c72f0470de26b619d22b17935b6
[The Guardian] – Pete Hegseth accuses Nato countries of free riding in combative address – https://www.theguardian.com/us-news/2026/jun/18/pete-hegseth-accuses-nato-countries-free-riding-europe
[Financial Times] – Pete Hegseth unveils six-month review of US military presence in Europe – https://www.ft.com/content/41c23df5-91d1-4e6b-9ff1-bdb0ca221978
