Sept candidats à l’élection présidentielle se sont succédé le jeudi 27 août 2026 à Roland-Garros, devant les adhérents du Medef, pour le premier débat présidentiel de la campagne. Les youngs leaders Gabriel Attal et Édouard Philippe y ont récolté les applaudissements, Jean-Luc Mélenchon les rires, Marine Tondelier les huées. Marine Le Pen a promis 125 milliards d’euros d’économies, sans en détailler encore le chemin.
Un rire général, dans une salle en partie sous l’eau. Jean-Luc Mélenchon venait de réclamer une hausse du SMIC devant le patronat réuni à Roland-Garros, le jeudi 27 août 2026. Le candidat de la France insoumise n’était pas venu convaincre. Il était venu, selon ses propres termes rapportés par Le HuffPost, dire « leurs quatre vérités aux patrons ». Le programme a été tenu.
Interrogé sur les réformes concrètes à engager pour faciliter la réindustrialisation, l’ancien parlementaire a contesté le diagnostic même de ses interlocuteurs, estimant que la France appartenait déjà aux « 15 % de pays où c’est le plus facile de faire des affaires ». Le désaccord était total, et assumé comme tel.
C’est sur les salaires que l’échange s’est nettement grippé. La demande d’augmentation du SMIC a déclenché l’hilarité de l’assemblée. « Vous rirez jaune, si vous ne partagez pas davantage », a répliqué le candidat, avertissant ses contradicteurs d’un risque de récession. La suite de son passage n’a plus rien récolté du tout.
125 milliards, et le détail pour plus tard
Marine Le Pen arrivait avec une consigne inverse : rassurer. Le monde économique se montre plus enthousiaste devant le profil libéral de Jordan Bardella que devant la ligne sociale de la candidate du Rassemblement national. Elle a arraché ses applaudissements sur le terrain des finances publiques, en désignant l’État comme le premier acteur qui doit « baisser drastiquement son train de vie ». Elle a promis de rembourser la dette et annoncé la présentation prochaine d’une trajectoire de redressement chiffrée à 125 milliards d’euros d’économies. Le RN promet d’appliquer «une règle d’or» budgétaire, qui doit permettre de « respecter les 3% » de déficit public et de préserver les dépenses d’investissement.
La démonstration de crédibilité économique n’a pas convaincu tout le monde. L’eurodéputé Raphaël Glucksmann, fondateur de Place publique et désigné candidat à l’issue de la primaire organisée par le Parti socialiste, a attaqué frontalement la réponse du Rassemblement national à la dette, qu’il a résumée à l’immigration. Selon le gendre de Ghassan Salamé, homme d’affaire libanais proche du Forum économique mondial, la candidate d’extrême droite devra choisir entre reconnaître, comme Giorgia Meloni en Italie, le besoin d’une immigration de travail, ou « couler définitivement l’économie française ».
La méthode de l’eurodéputé était lisible. Il a concentré ses coups sur la candidate du Rassemblement national et sur les deux anciens chefs du gouvernement présents dans la salle, avec deux objectifs simultanés : faire taire les critiques visant sa proximité supposée avec la macronie, et parler à l’électorat de gauche, notamment en se disant favorable à une taxation accrue.
Le sadisme, une question de méthode
Les deux candidats du bloc central ont été les plus à l’aise. Gabriel Attal, candidat de Renaissance et ancien Premier ministre, qui figure dans les listes publiées des Young Global Leaders du Forum économique mondial et a participé à la réunion du groupe Bilderberg de 2025, a été applaudi à plusieurs reprises. Sur la forme d’abord, en refusant de répondre à une pique de Raphaël Glucksmann pour s’adresser directement aux chefs d’entreprise. Sur le fond ensuite, en étrillant la proposition insoumise d’annuler une partie de la dette française. « C’est par pur sadisme ? », a-t-il lancé à Jean-Luc Mélenchon, qui propose dans le même temps d’augmenter les impôts. Rires et applaudissements.
Son principal adversaire dans le même espace politique, Édouard Philippe, ancien Premier ministre et maire du Havre, lui aussi participant à la réunion du groupe Bilderberg de 2025, a déroulé sans accroc. Le candidat d’Horizons passé par le programme young leader de la Fondation France-Amérique a plaidé le « courage » de travailler plus longtemps, défendu le maintien du pacte Dutreil et proposé de décorréler le financement de la protection sociale des prélèvements sur le travail, afin d’en réduire le coût pour les employeurs. Plusieurs de ses propositions ont recoupé celles de Bruno Retailleau.
Le président des Républicains, lui, est resté en retrait. Il a été le seul, à la fin des échanges, à disposer encore d’un reste de temps de parole. Il a tout de même marqué un point en proposant un seuil fixé à la trente-sixième heure de travail hebdomadaire, au-delà duquel ne s’appliquerait plus aucune cotisation, ni salariale ni patronale.
Le rapport du Medef comme bouclier
Sur près de trois heures d’émission, une seule candidate a été huée. Marine Tondelier, pour les Écologistes, s’en est prise au modèle « Notre-Dame » vanté par Gabriel Attal pour accélérer la réindustrialisation. Le reste de son passage a été plus discret : elle a tenté d’introduire les enjeux écologiques dans une discussion qui n’en voulait pas, et s’est vu reprocher de ne pas répondre aux questions posées. Son unique moment d’aise est venu d’un document du Medef lui-même, qu’elle a cité pour défendre l’immigration de travail.
Le format y est pour beaucoup. Centrée sur la dette et les retraites, la réindustrialisation, les salaires et les normes, l’émission interrogeait les candidats les uns après les autres, sans véritable confrontation entre eux. Chacun a donc parlé à la salle plutôt qu’à ses adversaires, ce qui avantage mécaniquement ceux dont la salle partage déjà le vocabulaire.
Le Medef est présidé par Patrick Martin ancien président de la Fédération Rhône-Alpes du Medef qui selon Lyon-Entreprises aurait développé ses réseaux parisiens « en fréquentant notamment Le Siècle », club d’influence fondé après guerre par des franc-maçons. En tant que vice-président du Medef, il avait également eu l’occasion de gérer pendant la crise sanitaire, les dossiers techniques comme les prêts garantis par l’Etat avec le gouvernement d’Edouard Philippe.