Jean-Luc Mélenchon a qualifié mercredi d’« erreur terrible » son opposition passée au port du voile islamique. Le fondateur de la France insoumise, qui parlait en 2010 d’un signe de soumission patriarcale, dit avoir changé d’avis après avoir discuté avec des femmes concernées. Sa sortie intervient alors que le Rassemblement national propose de pénaliser le port du voile dans l’espace public.
La scène s’est déroulée mercredi 2 septembre à Paris, devant des militants de la France insoumise. Jean-Luc Mélenchon est revenu sur la polémique née en début de semaine, après la proposition du Rassemblement national de pénaliser le port du voile islamique dans l’espace public.
Le candidat insoumis à l’élection présidentielle en a profité pour expliquer son propre revirement. Il a raconté avoir rencontré des femmes portant le voile, d’autres très croyantes qui ne le portaient pas, d’autres encore non croyantes qui estimaient que chacun fait comme il veut. La discussion l’a convaincu. Il en a tiré une formule sans détour : il avait commis une « erreur terrible ».
Ce qu’il disait avant
La trajectoire est documentée. En 2010, Jean-Luc Mélenchon qualifiait le voile de signe de soumission patriarcale. En 2017, il en parlait encore comme d’un chiffon sur la tête. Seize ans séparent la première formule de la rétractation de mercredi.
Ce déplacement lui vaut d’être accusé par une partie de la gauche d’avoir tourné le dos à la tradition laïque et universaliste. Le reproche n’est pas nouveau, il structure depuis plusieurs années la fracture entre les composantes de la gauche française sur les questions de laïcité.
Le piège tendu par le Rassemblement national
La séquence n’est pas née d’un débat interne à la gauche. Elle a été ouverte par le Rassemblement national, qui assume désormais un projet d’interdiction du voile dans l’espace public. La proposition oblige chaque camp à se positionner, y compris à l’intérieur du RN, où Jordan Bardella a montré ses difficultés à défendre le programme présidentiel de Marine Le Pen sur ce point.
Jean-Luc Mélenchon affrontera Marine Le Pen dans une élection présidentielle pour la quatrième fois. Le sujet du voile leur est utile à tous les deux : il polarise, il déplace le débat loin des questions économiques et il assigne chacun à son électorat.
Un appel à la modération, quand même
Lors de la même conférence, le fondateur de la France insoumise a appelé ses militants à ne pas verser dans l’injure sur les réseaux sociaux, notamment contre Marine Le Pen. Il leur a demandé de faire un effort et de ne pas ressembler à leurs adversaires : pas d’injures, pas de sexisme, pas d’insultes. Il venait de dénoncer la tonalité des messages des sympathisants d’extrême droite sur X.
L’exercice est délicat. Demander la retenue à ses propres troupes tout en occupant le terrain le plus inflammable de la campagne suppose une discipline dont les réseaux sociaux ne sont pas coutumiers.
Une séquence lancée dix jours après l’université d’été
La conférence parisienne de mercredi arrive dix jours après la clôture des universités d’été de la France insoumise, tenues à Châteauneuf-sur-Isère, dans la Drôme, le 23 août. Le mouvement y a réglé son positionnement pour la campagne présidentielle. Le sujet du voile n’était pas au programme ; il s’est imposé de l’extérieur.
C’est la mécanique qui mérite d’être notée. En posant sur la table une interdiction dans l’espace public, le Rassemblement national a fixé l’ordre du jour de ses adversaires pour la semaine. Chaque formation a dû répondre sur son terrain à lui, y compris celles qui auraient préféré parler d’autre chose.
Jean-Luc Mélenchon a mis seize ans à changer d’avis sur le port du voile. La campagne présidentielle, elle, en a mis trois jours à en faire un sujet central. À ce rythme, la question ne sera pas tranchée avant 2027.