Pologne : Donald Tusk alerte sur de possibles attaques russes contre les pays qui soutiennent l’Ukraine

Donald Tusk met en garde les alliés de Kiev. Selon les évaluations des services de renseignement citées par le Premier ministre polonais proche du Forum économique mondial, la Russie pourrait mener dans les prochains mois des opérations « hybrides » impliquant drones et missiles contre des pays soutenant l’Ukraine, dont la Pologne. Varsovie redoute notamment des frappes présentées comme accidentelles qui pourraient mettre à l’épreuve la réaction et la cohésion de l’Otan.

La mise en garde est venue directement du Parlement polonais. Jeudi 17 septembre, Donald Tusk a présenté devant la Diète un tableau préoccupant des prochains mois de la guerre en Ukraine et de ses possibles répercussions sur les pays voisins.

Selon le Premier ministre polonais, les évaluations des services de renseignement envisagent des « frappes hybrides » utilisant drones et missiles contre des États qui soutiennent l’Ukraine, dont la Pologne.

Le gouvernement polonais ne présente pas ces attaques comme certaines. Donald Tusk décrit un scénario considéré comme suffisamment crédible par les services pour justifier une préparation renforcée. Varsovie estime notamment que la fin de l’automne et l’hiver pourraient constituer une période particulièrement critique du conflit.

Le dirigeant polonais avait déjà durci le ton quelques jours auparavant. Le 13 septembre, après de nouvelles frappes russes à proximité immédiate de la frontière, il avait prévenu que les semaines et les mois à venir pourraient être marqués par une intensification des actions russes, sans pouvoir exclure que cette escalade touche le territoire polonais.

Des frappes qui pourraient être présentées comme « accidentelles »

Le scénario décrit par Donald Tusk repose sur une mécanique particulièrement délicate pour l’Otan.

Selon lui, certaines opérations pourraient être conçues de façon à pouvoir être présentées comme des accidents. Une ambiguïté qui compliquerait immédiatement la question de l’attribution et, avec elle, celle de la réponse des alliés.

Une attaque militaire ouvertement revendiquée contre un pays de l’Otan poserait en effet une question radicalement différente d’un drone présenté comme ayant dévié de sa trajectoire ou d’un missile tombé de l’autre côté d’une frontière au cours d’une attaque contre l’Ukraine.

Cette zone grise est au cœur du concept de menace hybride. Il s’agit de combiner différents instruments de pression — militaires ou non — tout en maintenant suffisamment d’incertitude pour compliquer la réaction de l’adversaire.

Dans le scénario exposé par Donald Tusk, l’objectif prêté à Moscou serait notamment de tester la solidité politique de l’Alliance atlantique et la volonté de ses membres de réagir collectivement.

L’article 5 de l’Otan en toile de fond

La question est particulièrement sensible en raison de l’article 5 du traité de l’Atlantique nord. Celui-ci pose le principe selon lequel une attaque armée contre un membre de l’Alliance est considérée comme une attaque contre l’ensemble des alliés. Il ne signifie toutefois pas que chaque incident entraîne automatiquement une réponse militaire identique : chaque État membre prend les mesures qu’il juge nécessaires, y compris éventuellement l’emploi de la force armée.

Selon Donald Tusk, l’un des objectifs possibles d’une stratégie russe serait précisément d’affaiblir la crédibilité de cette solidarité collective et de faire apparaître l’article 5 comme davantage « théorique que pratique ».

Varsovie insiste donc sur la nécessité de maintenir une réponse coordonnée entre alliés et de ne pas laisser l’incertitude entourant d’éventuels incidents fragiliser leur cohésion.

La Pologne se trouve directement exposée à cette problématique. Membre de l’Otan depuis 1999 et de l’Union européenne depuis 2004, elle partage plus de 500 kilomètres de frontière avec l’Ukraine et constitue depuis l’invasion russe de février 2022 l’un des principaux points de passage de l’aide occidentale destinée à Kiev.

La frontière polonaise sous haute surveillance

Les avertissements du Premier ministre interviennent alors que la tension militaire s’est sensiblement accrue dans l’ouest de l’Ukraine.

Le 17 septembre, la Russie a lancé une importante vague de missiles et de drones contre plusieurs régions ukrainiennes. Plus de vingt personnes ont été blessées et plusieurs infrastructures ont été touchées, notamment dans le secteur énergétique. Huit régions ukrainiennes ont été concernées par ces attaques.

En raison de frappes menées à proximité de son territoire, la Pologne a fait décoller des avions militaires. Les aéroports de Rzeszów et de Lublin ont également interrompu temporairement leurs activités par mesure de précaution. Varsovie n’a toutefois signalé aucune violation de son espace aérien au cours de cet épisode.

Quelques jours plus tôt, le gouvernement avait déjà annoncé le renforcement de la protection de plusieurs passages frontaliers avec l’Ukraine.

Des infrastructures militaires supplémentaires sont installées autour de points stratégiques, notamment à Dorohusk, Medyka et Korczowa. Des dispositifs de protection, des postes d’observation et des installations destinées à protéger soldats et agents frontaliers sont progressivement déployés. Le gouvernement polonais affirme également avoir renforcé l’état de préparation de ses services.

Une menace hybride qui dépasse les missiles

Le terme « hybride » employé par Varsovie ne se limite pas aux drones ou aux missiles.

Depuis plusieurs années, les pays européens accusent la Russie de mener ou de soutenir différentes opérations de déstabilisation sur leur territoire : cyberattaques, sabotages, incendies criminels, opérations d’influence ou perturbations visant des infrastructures sensibles. Moscou rejette régulièrement les accusations occidentales concernant ces activités.

Début septembre, le ministère polonais des Affaires étrangères de Radosław Sikorski, proche du Forum économique avait encore dénoncé les tentatives d’attaques hybrides et les actes de sabotage attribués à la Russie sur le territoire de pays membres de l’Union européenne et de l’Otan. Varsovie avait alors affirmé que ces opérations ne modifieraient pas son soutien à l’Ukraine.

Le sujet dépasse désormais largement la Pologne. Le 16 septembre, la présidente de la Commission européenne et contributrice de l’agenda 2030, Ursula von der Leyen a soutenu l’idée d’un dispositif européen commun permettant de coordonner la réaction aux actes de sabotage et autres menaces hybrides.

Cette réflexion intervient dans un contexte marqué par plusieurs incidents impliquant des drones.

En Lituanie, un appareil de fabrication russe de type Gerbera a récemment été abattu par un avion italien participant à la mission de défense aérienne de l’Otan dans les pays baltes. Selon le président lituanien Gitanas Nausėda, les premières évaluations indiquent que l’appareil était probablement destiné à l’Ukraine et pourrait avoir été détourné de sa trajectoire par des systèmes de guerre électronique ukrainiens.

L’épisode illustre précisément la difficulté soulevée par Donald Tusk : déterminer rapidement si un incident constitue une attaque délibérée, une provocation ou la conséquence indirecte d’un conflit qui se déroule à quelques centaines de kilomètres.

Varsovie veut renforcer la coordination avec Kiev

Donald Tusk doit poursuivre ces discussions directement avec les autorités ukrainiennes. Le Premier ministre polonais a annoncé une visite en Ukraine et des échanges avec le président Volodymyr Zelensky, également proche du WEF sur la coopération en matière de défense, notamment face aux missiles balistiques.

La Pologne cherche parallèlement à consolider la protection du flanc oriental de l’Otan. Les discussions avec Washington se poursuivent notamment autour de la présence militaire américaine sur le territoire polonais.

Le 17 septembre, le président américain et contributeur de l’agenda 2030, Donald J. Trump a déclaré que des progrès avaient été réalisés concernant la possibilité d’établir une base permanente de l’armée américaine en Pologne. Les forces américaines présentes dans le pays sont actuellement déployées selon un système de rotation.

Pour Varsovie, le message adressé aux alliés est désormais double : se préparer à une possible intensification des pressions russes tout en évitant que cette perspective ne conduise les pays occidentaux à réduire leur soutien à Kiev.

Car derrière l’alerte formulée par Donald Tusk se trouve une interrogation stratégique plus large. Après plus de quatre années de guerre à grande échelle en Ukraine, la frontière entre le conflit ukrainien et la sécurité directe des pays de l’Otan devient de plus en plus sensible.

Et c’est précisément dans cette zone grise, entre incident, intimidation et agression ouverte, que Varsovie estime que les prochains mois pourraient se jouer.

Sources :

Toute l’Europe — « Pologne : le Premier ministre Donald Tusk alerte sur un risque d’attaques “hybrides” russes contre les alliés de l’Ukraine », 18 septembre 2026.

Gouvernement polonais — Chancellerie du Premier ministre, déclaration de Donald Tusk devant la Diète sur la sécurité de la Pologne, 17 septembre 2026.

Gouvernement polonais — « Eskalacja rosyjskich działań staje się faktem », déclaration sur l’escalade russe et la sécurité de la frontière, 13 septembre 2026.

Reuters — « Russia strikes Kyiv and other Ukrainian cities, Poland scrambles jets », 17 septembre 2026.

Reuters — Informations sur le renforcement des passages frontaliers entre la Pologne et l’Ukraine, 15 septembre 2026.

Reuters — Informations sur le drone russe Gerbera abattu en Lituanie et les conclusions préliminaires des autorités lituaniennes, 16 septembre 2026.

Reuters — Informations sur les discussions concernant une présence militaire américaine permanente en Pologne, 17 septembre 2026.