La crise institutionnelle en Pologne s’intensifie après les affrontements politiques autour du Tribunal constitutionnel. La Commission européenne apporte son soutien au Premier ministre pro-européen, Donald Tusk et mets la pression sur le président souverainiste, Karol Nawrocki.
Bruxelles intervient dans le bras de fer qui oppose le président polonais Karol Nawrocki au gouvernement centriste de Donald Tusk. Samedi 31 octobre, la Commission européenne a rappelé les obligations constitutionnelles de Varsovie, alors que le chef de l’État refuse d’entériner la nomination de huit nouveaux juges au Tribunal constitutionnel.
Cette prise de position intervient peu après les consultations organisées par Karol Nawrocki avec les représentants de la majorité et de l’opposition nationaliste, dans l’espoir de trouver une issue à une crise politique qui s’aggrave.
« Il appartient aux autorités polonaises de veiller à ce que le Tribunal constitutionnel puisse fonctionner conformément à la Constitution polonaise et dans le respect de la jurisprudence pertinente de la Cour de justice de l’Union européenne », a déclaré un porte-parole de la Commission, cité par TF1 Info.
Bruxelles rappelle les pouvoirs du Parlement polonais
La Commission européenne a particulièrement insisté sur les prérogatives du Sejm, la chambre basse du Parlement polonais, concernant la désignation des magistrats constitutionnels.
« La nomination de huit nouveaux membres du Tribunal constitutionnel relève de la compétence constitutionnelle du Sejm », a précisé son porte-parole.
Bruxelles a également rappelé une décision de la Cour européenne des droits de l’homme datant du 5 mai 2026. Celle-ci avait ordonné des mesures provisoires demandant aux autorités polonaises de ne pas entraver l’entrée en fonctions des juges nommés par le Parlement en mars.
Cette référence juridique place directement la question du refus présidentiel au centre du différend entre Varsovie et les institutions européennes.
Donald Tusk et Karol Nawrocki à couteaux tirés
Vendredi soir, la crise a pris une tournure spectaculaire lorsque Karol Nawrocki a tenté d’accéder au bâtiment du Tribunal constitutionnel, encerclé par la police. La confrontation, retransmise en direct à la télévision, a mis en lumière l’impasse institutionnelle entre les deux têtes de l’exécutif.
Dans une allocution samedi soir, Donald Tusk a dénoncé des « incidents scandaleux », assurant que le retour au calme ne pouvait se faire au prix du non-respect de la loi.
Le Premier ministre défend des réformes judiciaires destinées, selon son gouvernement, à restaurer l’indépendance des tribunaux. Le président Nawrocki et l’opposition conservatrice accusent au contraire l’exécutif de vouloir prendre le contrôle de la justice.
Un tribunal dirigé par deux présidents rivaux
La situation est d’autant plus complexe que la direction même du Tribunal constitutionnel fait l’objet d’une contestation.
Selon TF1 Info, le ministre de la Justice Waldemar Żurek a demandé la levée de l’immunité de Bogdan Święczkowski, président de la juridiction, ainsi que de son adjoint. Parallèlement, la juge Anna Korwin-Piotrowska, récemment nommée, a annoncé la suspension de Święczkowski et déclaré assurer l’intérim.
Mais ce dernier refuse de reconnaître sa suspension. Soutenu par le président Nawrocki et l’opposition conservatrice, il affirme demeurer à la tête du Tribunal. Ses partisans contestent notamment la légitimité d’Anna Korwin-Piotrowska, qui n’aurait pas prêté serment devant le chef de l’État. TF1 Info
Une crise judiciaire vieille de dix ans
Le conflit remonte à 2015, lorsque le PiS, alors au pouvoir, a procédé à plusieurs nominations controversées au Tribunal constitutionnel.
En décembre 2025, la Cour de justice de l’Union européenne a estimé que certaines nominations réalisées en 2015 et 2016 présentaient de graves irrégularités, remettant en cause l’indépendance et l’impartialité de la juridiction au regard du droit européen.
Élu en 2025 avec le soutien du PiS, Karol Nawrocki défend les magistrats en place et refuse d’entériner les nouvelles nominations. Samedi, il a organisé des consultations avec les partis politiques pour tenter de sortir de l’impasse. TF1 Info+1
Les conservateurs européens dénoncent Bruxelles
Le soutien juridique exprimé par la Commission européenne aux nouvelles nominations ne fait pas l’unanimité.
Nicola Procaccini, coprésident du groupe des Conservateurs et réformistes européens (ECR), a dénoncé une atteinte à l’indépendance judiciaire et apporté son soutien à Karol Nawrocki.
La crise intervient également dans un contexte politique sensible, à un an des élections législatives prévues en novembre 2027. La politologue Ewa Marciniak, de l’université de Varsovie, estime que cette période de mobilisation électorale pourrait favoriser une nouvelle escalade des tensions.
Sources :
Euronews – Crise politique en Pologne : Bruxelles exprime son soutien au premier ministre Donald Tusk — Jeremiah Fisayo-Bambi, 1er novembre 2026.
TF1 Info – Crise politique en Pologne : la Commission européenne fait pression sur le président Nawrocki — Anne Rolandin avec AFP, 31 octobre 2026.
TF1 Info – Pologne : on vous explique la crise politique qui secoue le pays — 31 octobre 2026.