Des hélicoptères ont largué des pétales de roses sur un champ de Pologne centrale, le 15 août : la plus haute statue mariale d’Europe a été bénie à Konotopie, village de moins de 150 habitants. Haute de 55,6 mètres, financée par le couple Karkosik pour environ 23 millions d’euros, elle dépasse le Christ Rédempteur de Rio. Le pays qui l’accueille a perdu dix-sept points de catholiques déclarés en dix ans.
Samedi 15 août, jour de l’Assomption, des prêtres en aube blanche ont célébré la messe au pied du monument, pendant que l’ensemble folklorique Mazowsze chantait. Des centaines de pèlerins s’étaient déplacés à Konotopie, hameau de Pologne centrale situé à quelque 300 kilomètres au nord-ouest de Varsovie. Des hélicoptères ont dispersé des pétales de roses rouges au-dessus de la foule.
La statue représente Notre-Dame de la Miséricorde. Le corps mesure 40 mètres. Il repose sur un socle en forme de couronne de 15 mètres, en béton et en acier, qui abrite une plateforme panoramique. Total : 55,6 mètres. Le Christ Rédempteur de Rio de Janeiro plafonne à 38 mètres, le Christ-Roi de Świebodzin, jusqu’ici plus haut monument religieux polonais, à 52. Dans le classement mondial des statues mariales, Konotopie prend la deuxième place, derrière la Mother of All Asia – Tower of Peace de Batangas City, aux Philippines, achevée en 2021 avec ses 98,15 mètres.
Pour l’échelle, la statue de la Liberté mesure 46 mètres sans son socle. La Vierge de Konotopie la dépasse de près de dix mètres.
La bénédiction a été présidée par Mgr Krzysztof Wętkowski, évêque du diocèse de Włocławek, selon Vatican News. Le chantier avait commencé en mars 2025. Sur place, on dit déjà Maryjka.
Des bouteilles en plastique à la Vierge
Le financement tient dans un nom de famille. Roman Karkosik, 75 ans, fondateur du groupe industriel Boryszew, et son épouse Grażyna ont payé l’intégralité de l’ouvrage : environ 100 millions de zlotys, soit 23,1 millions d’euros. L’homme a bâti sa fortune dans la fabrication de bouteilles en plastique au cours des années 1990, puis à la Bourse de Varsovie.
Le couple est originaire de la région. Il vit à quelques kilomètres du site, à Kikół, dans un palais du XVIIIe siècle qu’il a fait restaurer. Les Karkosik présentent le monument comme un acte de gratitude. L’ensemble a été financé en totalité sur fonds privés.
Un pays où les bancs se vident
La Pologne reste l’un des États les plus catholiques de l’Union européenne. Elle l’est de moins en moins. Entre les recensements de 2011 et de 2021, la part des habitants se déclarant catholiques est tombée de 88 % à 71 %. Le recul touche d’abord les jeunes et les villes. Mgr Wiesław Mering, évêque émérite de Włocławek, l’a reconnu le jour de l’inauguration, tout en défendant la valeur symbolique du monument.
Le 15 août n’est pas une date neutre dans le pays. L’Assomption y coïncide avec la fête de l’armée polonaise, qui commémore la victoire remportée en 1920 devant Varsovie sur l’Armée rouge, entrée dans le récit national sous le nom de miracle de la Vistule. Religion et patriotisme partagent le même jour férié depuis plus d’un siècle.
Le sanctuaire de Jasna Góra, à Częstochowa, où est conservée l’icône dite de la Vierge noire, attire toujours 3,5 à 5 millions de visiteurs par an. Konotopie joue une autre carte : la campagne, et la proximité de Świnice Warckie, village natal de sainte Faustine Kowalska, apôtre de la Miséricorde divine. Le curé de la paroisse, Marek Mrówczyński, assigne au lieu une fonction modeste, aider les visiteurs à approfondir leur foi.
258 euros par habitant
L’argument économique n’a pas attendu longtemps. Le maire de Kikół espère que l’investissement créera des emplois dans une commune dont les recettes fiscales par habitant atteignaient 258 euros en 2024. Les autorités locales misent sur un flux régulier de pèlerins et de touristes, dans une zone rurale qui n’en voyait guère passer.
Tous les riverains ne signent pas. Un couple venu de Sierpc, quelques semaines avant l’inauguration, a estimé que cet argent aurait mieux servi dans un hôpital ou un orphelinat. D’autres visiteurs se contentent de parler d’un ouvrage monumental. Le débat n’a pas vidé le parvis le 15 août.
Wałęsa au premier rang
Parmi les invités d’honneur figurait Lech Wałęsa, 82 ans, ancien électricien des chantiers navals de Gdańsk, fondateur de Solidarność, prix Nobel de la paix 1983 et président de la République de Pologne de 1990 à 1995. Il a résumé sa trajectoire en une phrase. « J’ai commencé avec la Vierge Marie, je finis avec la Vierge Marie. »
La présence n’est pas décorative. Le catholicisme a servi de colonne vertébrale à l’opposition au régime communiste, et Wałęsa portait à l’époque l’effigie de la Vierge noire de Częstochowa au revers de sa veste. Quarante-six ans après la naissance de Solidarność, la ferveur se mesure en mètres de béton.
Konotopie a désormais un repère visible à des kilomètres à la ronde. Reste à savoir si les cars suivront, ou si la plus haute statue mariale d’Europe restera un monument que l’on regarde depuis la route. Le socle, lui, propose une plateforme panoramique qui donne sur les champs.