Un avion léger équipé de fusées d’ensemencement survole depuis cet été la région du Turkestan, au sud du Kazakhstan, pour tenter de provoquer la pluie. Le projet pilote, mené avec le Centre national de météorologie des Émirats arabes unis, vise une région agricole restée huit mois sans précipitations en 2025. Les gains espérés atteignent 35 milliards de tenge par an, environ 65 millions d’euros.
L’appareil décolle, monte jusqu’aux nuages et tire. Les cartouches libèrent du sel hygroscopique, une substance qui attire l’humidité. Les gouttelettes en suspension s’y agglomèrent, grossissent, s’alourdissent, et finissent par tomber. C’est le principe de l’ensemencement des nuages, utilisé depuis les années 1950 et déployé pour la première fois à cette échelle en Asie centrale, selon l’AFP.
Les équipes émiraties sont aux commandes. Adnan Yarmohammed, responsable du programme, résume le procédé par l’alourdissement des gouttelettes jusqu’à quelques millimètres. Le pilote Ahmed Aljaberi précise que l’avion est équipé spécifiquement d’un système de fusées d’ensemencement. Les Émirats arabes unis pratiquent cette technique depuis plus de vingt ans sur leur propre territoire.
Huit mois sans pluie et 44,9 degrés
Le Turkestan est la première région agricole du Kazakhstan. En 2025, elle a enregistré huit mois consécutifs sans précipitations et un record de chaleur à 44,9 °C. Le pays, vaste comme cinq fois la France, s’assèche par le sud pendant que ses réserves d’eau de montagne se réduisent.
Kazbek Bedebaïev, responsable agricole régional, rappelle que le déficit hydrique doit être traité globalement. La formule vaut avertissement : les fusées ne remplacent ni les canalisations, ni les cultures adaptées, ni les accords de partage de l’eau avec les voisins d’Asie centrale.
Ce que la science autorise à espérer
Les études disponibles créditent l’ensemencement d’une hausse maximale de 15 à 20 % des précipitations, et seulement quand des nuages exploitables sont présents. On ne fabrique pas un nuage, on le pousse à rendre ce qu’il contient. L’Organisation météorologique mondiale souligne que les résultats restent aléatoires et que le procédé devient coûteux dès qu’on veut le généraliser.
Les autorités kazakhes avancent un chiffre de retour attendu : 35 milliards de tenge par an, environ 65 millions d’euros de récoltes préservées. Le calcul suppose que la pluie tombe où il faut et quand il faut. Il suppose aussi que la pluie provoquée en un point ne manque pas ailleurs, question que les hydrologues posent régulièrement sans réponse tranchée.
L’eau d’Asie centrale, un dossier régional
Le Turkestan dépend du Syr-Daria, l’un des deux grands fleuves d’Asie centrale, dont les eaux se partagent entre Kirghizistan, Ouzbékistan, Tadjikistan et Kazakhstan. Le second, l’Amou-Daria, alimente la même région. Les prélèvements massifs opérés à l’époque soviétique pour la culture du coton ont vidé la mer d’Aral, passée en soixante ans de quatrième lac du monde à quelques bassins résiduels.
Les Émirats arabes unis, qui pilotent la partie technique du projet kazakh, pratiquent l’ensemencement des nuages depuis le début des années 2000 et y consacrent chaque année plusieurs dizaines de missions aériennes. Le transfert de technologie s’accompagne d’un transfert d’influence : Abou Dhabi multiplie depuis dix ans les accords agricoles, énergétiques et logistiques en Asie centrale.
L’irrigation goutte-à-goutte, l’autre chantier
Les experts cités par l’AFP renvoient systématiquement aux mesures dites complémentaires : irrigation goutte-à-goutte, modernisation des canaux hérités de la période soviétique, choix de variétés moins gourmandes en eau. Ces chantiers sont lents, peu spectaculaires et rarement filmés.
Un avion qui tire dans un nuage se photographie bien. Une conduite d’irrigation rénovée, beaucoup moins.
Le Kazakhstan tente ce que les Émirats arabes unis pratiquent depuis vingt ans, avec la même incertitude sur les résultats. La pluie artificielle achète du temps. Elle ne rend pas l’eau qui manque.